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Bruce Springsteen – Western Stars

Cinq ans après “High Hopes”, le Boss Bruce Springsteen revient avec un “Western Stars”, un album nostalgique et mélancolique.

Bruce Springsteen a toujours eu une image de conteur, racontant l’Amérique des cols bleus et des grands espaces. Ironique de la part d’un homme qui n’a jamais travaillé de sa vie mais qui a su incarner cet esprit prolétaire dans sa carrière.

L’Amérique profonde pleine de contradictions. Le vide du Grand Ouest américain. Les acteurs vieillissants écrasés par Hollywood. La Californie, brûlée par le soleil et les espoirs déçus. C’est un peu comme si Steinbeck avait rencontré Roy Orbison. “Les Raisins de la colère” et le rock ensoleillé des années 1960-1970, décennie chérie du Boss.

C’est la force de Springsteen : nous raconter des épopées de sa voix éraillée (qu’on ne retrouve malheureusement que sur quelques titres, la faute à une production envahissante. Mais nous y reviendrons).

Production VS émotion

Dès “Hitch Hikin'”, premier titre faible pour démarrer l’ensemble, les récits de l’Amérique des espaces vierges et poussiéreux s’imposent à nous.
“Tucson Train” est finalement l’un des morceaux les plus puissants du début du disque, et la jolie pépite douce amère “Western Stars” nous rappelle les meilleurs moments de Bruce. “Nebraska” n’est pas si loin.

Mais cette maîtrise des récits se perd dans une production étouffante. Les cuivres et les cordes sont présents jusqu’à l’indigestion (“There Goes My Miracle” aurait mérité plus de simplicité). La production cinématographique est lourde et pataude. Le Boss nous avait habitué à plus de finesse.

A trop vouloir convoquer les fantômes d’un temps révolu on se perd. Bruce Springsteen a convié tous les styles de musique qui le font vibrer et en a fait un melting pot maladroit. On est loin de la maîtrise rock de “Magic” (2007) et “High Hopes” (2014). Malgré tout, les relents country et rock californien des années 1960-1970, éclairent d’un jour crépusculaire les textes sombres et la voix sourde du Boss.

Ces chansons composées il y a deux ans en pleine période de dépression n’en sont que rehaussées d’un sentiment étrange : des textes lourds avec une musique nostalgique. Entre humeurs noires sur “Stones” et lumière éclatante de “Hello Sunshine”, le coeur et l’âme du chanteur balancent. Le nôtre aussi.

Just drive fast, fall hard

Bémol : les textes sont sirupeux, les orchestrations écrasantes, la voix mécanique.

Parfois la magie revient. Une étincelle de génie, un moment suspendu dans le temps. On retrouve l’artiste maigrichon avec sa guitare en bandoulière, celui qui nous fait pleurer avec ses histoires d’espoir perdu et retrouvé. “Drive Fast (The Stuntman)” est ce moment. Le génie de l’Américain éclate sur ce titre.

Dans ce road trip, chaque personnage cherche sa voie/voix. On va quelque part, on recherche quelque chose. L’éternelle quête d’un idéal qu’on va frôler du doigt sans jamais pouvoir le serrer dans sa main. Comme nous, comme Bruce, les personnages des chansons sont prisonniers de cet espace. Ils errent dans cet endroit où le temps n’a pas de prise. A la recherche d’un peu de lumière dans ce monde doux amer.

Dans l’ensemble, le Boss livre un album inégal et inattendu. Espérons qu’il saura exorciser ses démons intérieurs et qu’il trouvera son chemin dans cette Amérique en perpétuelle mutation.

Informations

Label : Sony Music / Columbia
Date de sortie : 14/06/2019
Site web : brucespringsteen.net

Notre sélection

  • Western Stars
  • Drive Fast (The Stuntman)
  • Hello Sunshine

Note RUL

 3,5/5

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