BMTH Amo
Chroniques

Bring Me The Horizon – amo

Ce qu’il y a d’excitant lorsque l’on parle d’art au XXIème siècle, c’est que grâce notamment aux nouvelles technologies, l’accès aux diverses formes artistiques s’en retrouve simplifié pour la plupart. La conséquence est qu’il en devient difficile de faire le tri au sein des innombrables sollicitations que notre cerveau reçoit chaque seconde. Nos goûts s’affinent et s’élargissent en même temps, il est possible d’être touché par des oeuvres radicalement différentes sans que le lien logique ne soit immédiatement visible. Tandis que, ce qui répond habituellement à nos standards identifiés, nous laisse parfois de marbre. Quel choix faire quand on est artiste aujourd’hui ? Suivre le chemin établi ou s’aventurer ? Pour ce qui est de Bring Me The Horizon, l’aventure ne semble que commencer.

Les oeuvres ayant bouleversé l’art sont souvent radicaux dans leur démarches. Par essence, s’affranchir des attentes, des modes et des carcans permet une expression libérée et jusqu’au-boutiste amenant parfois à l’innovation. Si BMTH avait joué la carte de l’efficacité sur “That’s The Spirit” (2015), album ne contenant que des tubes, tous plus “parfaits” les uns que les autres, “amo” est amené à changer la donne. Le groupe cherche à déstabiliser son auditeur en permanence. Si les singles lancés par le groupe assurent la transition avec “That’s The Spirit” (une habitude chez BMTH qui dévoile toujours ses titres les moins novateurs en premier lieu), chaque autre chanson de ce disque laissera l’auditeur “le cul entre deux chaises”. Et ça commence brillamment avec “Nihilist Blues”. Le titre est une collaboration avec l’artiste canadienne Grimes. Prenez de la techno dark allemande, mélangez-là à des voix trafiquées, une ambiance presque chamanique et la transe opère durant les cinq minutes du morceau. Certain crieront au blasphème, mais une telle composition relève du génie tant sa structure chaotique, son ambiance abyssale et son grand écart stylistique avec tout ce qu’à pu créer la bande d’Oli Sykes se révèlent pertinents sur cet essai.

Si l’effort tient une cohérence, elle va sûrement prendre un bon nombre d’écoutes pour apparaitre clairement. Chaque titre possède sa propre ambiance et c’en est presque du troll tant il semble que le quintette tente de nous perdre à chaque chanson. Chaque ovni est contrebalancé par une piste bien plus accessible (“In The Dark”, “Mother Tongue”). L’ambiance de l’ensemble a beau être sombre et étrange, il ressort tout de même un discours bien plus nuancé qu’à l’accoutumée chez BMTH (“Why You Gotta Kick Me When I’m Down?”). Les chansons sont toutes très denses, regorgeant de détails bien sentis qui se dévoilent écoute après écoute. On prend même le temps de respirer avec des interludes quasi-instrumentales où des influences electronica, chill et même UK garage trahissent le pays d’origine du groupe.

“amo” se clôture sur l’émouvant “I Don’t Know What To Say”. Encore un ovni dans la discographie de Bring Me The Horizon, le titre évoque le combat perdu face au cancer d’un ami d’enfance d’Oli Sykes. D’abord minimaliste avec sa guitare acoustique et ses légers arrangements électroniques, le morceau s’envole vers des sommets pop britannique avec de magnifiques cordes. Le titre, et donc l’album, se clôturent sur près d’une minute d’une progression instrumentale émouvante sans être trop grandiloquente.

Merci à Bring Me The Horizon de sortir un album de cette trempe aujourd’hui. Nul doute que “amo” suscitera une levée de bouclier historique tant l’écart stylistique ne plaira pas à tout le monde, mais il est nécessaire qu’aujourd’hui des groupes influents prennent d’aussi grands risques artistiques pour ouvrir les frontières.

Informations

Label : Sony Music / Columbia
Date de sortie : 25/01/2019
Site web : www.bmthofficial.com

Notre sélection

  • Nihilist Blues
  • I Don’t Know What To Say
  • Why Gotta Kick Me When I’m Down?

Note RUL

4/5

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Nathan Le Solliec
LE MONDE OU RIEN