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Body Count – Carnivore

Pour son trentième anniversaire, Body Count nous offre l’album “Carnivore”. Un cadeau rempli de violence et de talent.

Depuis 1991, le rappeur Ice-T et le producteur et guitariste Ernie-C ont toujours pas mal de choses à dire. Avec ce septième disque, le groupe californien de rap metal s’inscrit dans la continuité revendicatrice de sa musique.

Bien saignant

Répondant toujours à l’appel, les deux copains de lycée Ice-T et Ernie-C restent les piliers de ce sextuor à l’évolution humainement chaotique (due aux nombreux départs de membres mais également à la mort de certains). “Carnivore” témoigne d’ailleurs de cette rage de vivre et d’exister malgré (ou grâce à ?) la violence du contexte actuel.

L’artwork de l’album impressionne par la minutie des détails de son dessin. C’est tout une ville (aux airs de Los Angeles, d’où sont originaires les deux leaders) et ses travers qui y sont représentés en rouge sang. A l’image de l’ensemble, le personnage de la jaquette hurle, prêt à en découdre à coups de grenade, de pistolet et de poing américain aux initiales de Body Count.

En noir et blanc

Depuis trente ans, le rap d’Ice-T continue de mettre à mal les forces de l’ordre américaine, comme le souligne les sirènes et les cris de fauves de l’intro éponyme hyper puissante. Le maître Ernie-C n’est pas en reste avec un solo en parfaite maîtrise. Après un hommage post mortem, le tourbillon punk “Ace Of Spades” entame l’ensemble avec énergie et détermination.

Le racisme ambiant de l’Amérique blanche et les dérives de sa police restent LE cheval de bataille du groupe qui en dénonce les travers dans la quasi-intégralité de ses titres. Le génial “Point The Finger”, en duo avec Riley Gale de Power Trip, pointe littéralement du doigt ces abus de pouvoir racisés et y donne de la puissance grâce à un refrain à deux dimensions qui rythme le morceau de manière très intéressante.

Sur “Colors-2020″, du titre solo d’Ice-T datant de 1988, trois couleurs émergent clairement des paroles : le rouge sang et les couleurs de peau noires et blanches, évidemment.”The Hate Is Real” et son refrain “I heard that bullshit before” scandé à plusieurs voix rageuses parlent, quant à eux, d’eux-mêmes.

Des collaborations ingénieuses

On l’a compris, Body Count n’en a pas fini avec les titres très engagés en faveur de la justice sociale et contre le racisme. Sans pour autant cesser de nous surprendre ! Comme pour “Bloodlust” en 2017, le disque compte trois collaborations et chacune apporte une vraie valeur ajoutée à l’album.

Le refrain chanté par Jamey Jasta de Hatebreed sur “Another Level” équilibre très justement le titre majoritairement rappé, lorsque la voix de Riley Gale dans “Point The Finger” donne toute la rage nécessaire à l’envergure du morceau. En duo avec Amy Lee d’Evanescence sur le très personnel “When I’m Gone”, l’écho gothique de la chanteuse permet de donner plus de profondeur à cette production dédiée à Nipsey Hussle, rappeur américain tué par balle à Los Angeles au moment de l’enregistrement de ce “Carnivore”.

“Bum-Rush”, premier extrait promotionnel de l’ensemble, est également une bonne (mais petite) surprise avec ses accents rave, toujours conjugués à la rapidité du rap d’Ice-T et aux solos enflammés d’Ernie-C. Tout en efficacité.

Trente ans plus tard, Body Count ne lâche pas le morceau et a toujours faim de justice et de bonne musique. “Carnivore” est un album à déguster bien saignant !

Informations

Label : Century Media Records
Date de sortie : 06/03/2020
Site web : www.bodycountband.com

Notre sélection

  • Bum-Rush
  • Another Level
  • Point The Finger

Note RUL

 3/5

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Mathilde Deau
Inconditionnelle de festivals et ouverte à toute proposition musicale.