ChroniquesSlideshow

Blue Öyster Cult – The Symbol Remains

Ce nouvel album de Blue Öyster Cult s’est longuement fait attendre. Quel est le résultat de cette longue maturation ?

Le dernier disque date de 2001, “Curse Of The Hidden Mirror”. Depuis tout ce temps (presque vingt ans !), le quintette s’est contenté de faire quelques tournées tout en s’économisant. Il faut dire qu’avec une si longue carrière, il est facile pour les Américains de continuer de “divertir” leur fanbase, même de loin en loin avec quelques tournées, et sans nouvel album sous le coude.

Un album sous forme de frise chronologique

“The Symbol Remains”. Nom plutôt évocateur pour un disque sous forme d’historique musical retraçant la carrière entamée en 1967 par les natifs de Long Island. C’est tout ce que nous propose cet album. Un parcours dans le temps rythmé mais pas ennuyeux. Inspiré, sans redondance, et avec beaucoup de plaisir qui se ressent tout au long des quatorze titres.

Là où la musique aura évolué au cours de ces quarante ans de carrière, le line up aussi. Ne reste de la formation de départ que les chanteurs et guitaristes Eric Bloom et Donald Roeser alias Buck Dharma. Ils sont accompagnés du guitariste-claviériste-chanteur Richie Castellano depuis 2004, du batteur Jules Radino et du bassiste Danny Miranda, membre entre 1995 et 2004, et qui fait des apparitions occasionnellement depuis.

Même avec une formation changeante, le son du groupe est resté “le même”. Evoluant avec son temps, mais conservant les bases de ce qui fait le hard rock. Des guitares puissantes, des voix magnifiées et des harmonies précises et délicates.

Des influences marquées et marquantes

Et on démarre sur les chapeaux de roue avec “That Was Me”, coup de poing efficace en plein visage. Les riffs sont percutants et la batterie violente : on est dans le dur ! Mais première surprise : À mi-chemin du morceau, le groupe glisse une brève section reggae frôlant le territoire de Rush et des Eagles. Rafraichissant !

Tout l’ensemble contient de jolies petites pépites cachées comme celles ci : “The Return Of St. Cecilia” et ses riffs faisant penser aux premiers albums de Foo Fighters (la même fougue adolescente, le même type de chant); “Nightmare Epiphany”, rythmé comme un rock n’roll des sixties groovy à souhait (cette ligne de basse !). Écoutez attentivement et vous entendrez des harmonies de guitare jumelles de Thin Lizzy, les empreintes sinistres d’Alice Cooper, la brutalité de Metallica et le groove de Deep Purple surgir par instants, comme des fulgurances. L’auditeur prend un véritable plaisir à retrouver ces touches d’inspiration fugaces.

Histoire VS modernité : une anthologie du rock

On navigue sans cesse, au fil des quatorze morceaux, dans la carrière et l’histoire de la musique. “Box In My Head” s’aventure quant à elle sur le terrain d’un pop rock FM très influencé par les années 1980 et portée par des accroches simples. Efficace.

L’hymne rock “Tainted Blood” (chanté par Richie Castellano) semble sortir tout droit de la discographie de Toto. Mais même si l’historie du rock est balayée via tous les morceaux du disque, les Américains savent aussi nous rappeler aux choses sérieuses.

Blue Öyster Cult alourdi aussi son son : “Stand And Fight”, sorte de petit frère grandiloquent du “For Whom The Bell Tolls” de Metallica avec son riff lourd. Une parenthèse particulièrement brutale qui côtoie, étrangement, la douceur rockabilly de “Florida Man”. Son groove de guitare folk douce, sorti tout droit d’un album de Neil Young, est rafraichissant et bienvenu. Pour les puristes fans de Cult horrifique, “The Alchemist” incarne parfaitement cela. Un frère caché à “(Don’t Fear) The Reaper”, théâtral, imaginatif et particulièrement convaincant. Peu de prog ou de rock psyché, les puristes de la première heure resteront sur leur faim. Quelques accords de synthé un peu perchés feront l’affaire, sur “Fight” par exemple.

Un album en forme de conclusion ?

“The Symbol Remains” prend sa place dans la liste des albums pas forcément faciles d’accès, mais qui au fil des écoutes, se dévoilent dans toute leur complexité et leurs facettes. L’écriture, les riffs de guitare entr’aperçus, les harmonies cachées, tout cela fait de cet ensemble un disque qui demande à l’auditeur du temps. Il va grandir au fur et à mesure des écoutes pour se densifier et se complexifier. Et avant même de s’en rendre compte, il tournera en boucle.

C’est une prouesse de la part d’un groupe qui s’est absenté pendant vingt ans des studios. BOC aurait pu être oublié. Cet album aurait pu être oubliable. Mais il a la qualité de communiquer le plaisir qu’ont eu les membres à composer de nouveaux titres. Sans être forcément un retour fracassant, il est discret mais efficace. Intellectuel sans être prise de tête, le rock de Blue Öyster Cult est fluide et varié. Chaque influence y a sa propre place, chaque instrument aussi. On pourra savourer quelques temps cet album d’une très grande richesse musicale.

Informations

Label : Frontiers Records
Date de sortie : 09/10/2020
Site web : www.blueoystercult.com

Notre sélection

  • Edge Of The World
  • Nightmare Epiphany
  • The Return Of St. Cecilia

Note RUL

 4,5/5

Ecouter l’album

1 Commentaire

  1. Bonjour à toutes et à tous.
    Grand fan du BOC je partage complétement l’avis réjouïssant de Laura sur ce tout nouvel album.
    The Symbol remains est aussi nettement meilleur que le dernier en date, on retrouve enfin le son si particulier du groupe, à la fois heavy et raffiné.
    On ne peut qu’être admiratif , Buck Dharma et Bloom (les fondateurs) doivent avoir pas loin de 70 printemps !
    Toutes les chansons sont remarquables (exception faite pour edge of the world un morceau hard rock “old school” trop conventionnel de mon point de vue et flanqué d’un refrain un peu lassant).
    Je ne détaillerai pas chaque morceau car ils sont tous excellents et se découvrent au fil des écoutes.
    Le morceau “Fight” qui clôture l’album en (relative) douceur est sublime et aurait pu se glisser au milieu du disque car il apporte beaucoup de fraicheur. Il faut dire que, bien que bénéficiant d’une bonne production , le son de l’album aurait pu être encore meilleur car parfois il manque un peu de clareté ou de fluidité; c’est hélas récurrent sur le label Frontiers de constater un son (légérement) étouffant….mais bon je chipotte car l’essentiel est là à savoir le son “BOC” et des compositions aux harmonies remarquables et très bien restituées.
    Un album indispensable pour tout amateur de Rock mélodique, puissant et subtile à la fois.
    Il y a un côté cinematographique dans la plupart des compositions , une constante chez ce groupe hors pair.
    Par moment The Symbol remains me rappelle un peu SPECTRES (1977) , qui reste je pense mon album préféré du groupe, notamment depuis que ce dernier bénéficie de la remasterisation , un album que j’invite tout le monde à (re)découvrir, certes beaucoup moins heavy mais terriblement envoûtant par la finesse des chansons et l’atmosphère créé tout au long de l’oeuvre.
    Play it loud !!

Ecrire un commentaire

Laura Navarre
J'ai annoncé à mes parents à 16 ans que mon objectif professionnel était de produire la prochaine tournée de U2. Depuis de l'eau a coulé sous les ponts (et U2 fait de la musique relativement passable). Passionnée de musique depuis son plus jeune âge, je me suis écartée du chemin musical parental (Queen & la chanson française), pour rejoindre celui autrement plus sympathique du ROCK.