Chroniques

Bleeker – Erase You

Le Canada cache décidément de nombreux talents. Venu d’Orillia, en Ontario, Bleeker insuffle un vent de fraîcheur sur le rock, à mi-chemin entre The Black Keys, Royal Blood et Jet. “Erase You”, premier album sous son nouveau nom, se révèle énergique, entêtant et teinté d’une certaine mélancolie.

Les frères Perkins, Taylor au chant et Cole à la guitare, n’en sont pas à leur premier disque. De 2003 à 2016, ils formaient avec leurs amis d’enfance, les frères Steinke, le groupe de rock Bleeker Ridge. Un nom inspiré de celui des rues où ils habitaient à Orillia. Mais en 2016, après quatre opus et des tournées avec Airbourne et Papa Roach, Dustin Steinke rejoint Sixx:A.M. et quitte Bleeker Ridge, suivi peu de temps après par son frère Dan. Taylor et Cole décident alors de poursuivre l’aventure avec Mike Van Dyk (basse), qui avait rejoint la formation en 2011. Bleeker renaît, et après un premier EP et une nomination aux Juno Awards, les Canadiens sortent leur premier effort et traversent l’Atlantique pour se produire en Europe.

Taylor et Cole jouent depuis qu’ils ont douze ans et le résultat de ce disque s’en ressent : l’ensemble est maîtrisé, l’ordre des morceaux, ingénieux, les inspirations, évidentes, le tout imprégné d’une patte bien à eux.

Ainsi, le tube “Highway”, qui introduit “Erase You”, est d’une efficacité redoutable avec son rythme entraînant, son côté “El Camino” des Black Keys, son groove stonien et son rock garage savoureux. “Getting Out” ou encore “Where’s Your Money?” ont elles aussi de quoi tenir des Black Keys. Cette dernière fait partie des plus catchy de l’effort, un vrai bon morceau de rock avec des riffs bien sentis et une voix qui s’aventure dans les aigus sans s’y perdre. L’énergique “Free” rappelle Royal Blood et fait la part belle à la batterie et à la belle voix de Taylor tandis que la reprise de “Radio Radio” d’Elvis Costello apporte son lot d’ondes positives, nous replongeant dans un esprit 70’s.

On apprécie aussi la pause qu’offre la ballade “I’m Not Laughing Now”, somme toute convenue mais agréable. “Close My Eyes”, la plus belle chanson de l’ensemble, affirme franchement sa mélancolie; une mélancolie latente dans pratiquement chaque chanson, façon R.E.M., que ce soit dans les paroles, souvent tournées vers le passé, ou dans les arrangements.

Petit bémol pour “Emergency”, facile, qui ressemble plus à l’une des premières chansons d’un groupe de rock débutant qu’à celle d’un trio qui montre pourtant une grande maturité sur le reste de l’essai. Tout n’est pas parfait dans ce “Erase You”, tantôt impétueux et pourtant parfois trop sage. Mais la perfection est ennuyeuse de toute façon. Et une chose est sûre, Bleeker ne l’est pas.

“Every Time You Call” conclut près de quarante minutes de rock n’roll ébouriffantes avec un pont réussi et la voix assurée et touchante de Taylor Perkins.

Le revigorant et prometteur “Erase You” va faire des émules chez les fans des Black Keys ! Entre morceaux énervés, refrains catchy et mélodies efficaces, Bleeker signe un album imparfait mais éclatant, dans un pur esprit rock n’roll. À retrouver en live aux Étoiles ce vendredi 24 mars.

Informations

Label : Five Seven Music / Warner
Date de sortie : 10/03/2017
Site web : www.bleekerofficial.com

Notre sélection

  • Highway
  • Where’s Your Money?
  • Close My Eyes

Note RUL

4/5

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