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Big Thief – U.F.O.F.

Le nom de Big Thief était encore peu connu il y a trois ans, à la sortie de “Masterpiece”. Les Américains ont depuis été propulsés par les critiques et un public croissant au statut d’étoile montante dans la galaxie indé. Ils ont trouvé leur voie en associant songwriting folk original et interprétation profondément personnelle. Ce nouvel album, déjà le troisième, a vu le jour au cours d’une période particulièrement féconde. L’année dernière, en plus de tourner et d’enregistrer ensemble avec Big Thief, Adrianne Lenker a sorti le sublime “Abysskiss, Buck Meek est parti explorer les territoires de l’americana en solo et James Krivchenia a livré un disque de musique expérimentale. Aujourd’hui, les New Yorkais d’adoption signent leur retour sur le mythique label 4AD. Avec “U.F.O.F.”, ils prouvent que leur belle ascension n’est pas près de s’arrêter.

La musique de Big Thief évoque bien ce sentiment d’embrasser et d’accepter l’inconnu et l’immuable, à défaut de les ignorer ou de prétendre les maîtriser. “U.F.O.F.” (pour “Unidentified Flying Object Friend”) est probablement l’album le plus représentatif de cela. On ne retrouve pas ici les émotions brutes et plus rock qui étaient surtout présentes dans “Masterpiece” (2016). Le groupe réduit les contrastes et fait évoluer les douze morceaux dans une même dynamique, plus lente, entre le pesant et l’aérien. Le passage de la lourde mélancolie de “Contact” à la sensation de flottement qu’inspirent les arpèges délicats et les frappes de batterie légères de “U.F.O.F.” en est l’un des moments les plus prenants de l’ensemble.

La formation a, une nouvelle fois, collaboré avec Andrew Sarlo en studio. Pour les amateurs de production propre et soignée, le rendu est remarquable. Très en avant, les instruments sont presque palpables tant les sons se distinguent les uns des autres. La voix d’Adrianne Lenker se fait plus que jamais expressive avec la vulnérabilité et la forte charge émotionnelle qui la caractérise. Elle résonne dans une proximité réconfortante tout au long de l’album, de “Orange” à “Magic Dealer”. Accompagnée par des chœurs sur les titres lourds et traînants comme “Jenni”, elle se fait parfois plus lointaine et irréelle.

Certains morceaux assez dépouillés comme “Cattails” et “Century” rappellent que Big Thief a bien ses racines dans la musique folk. D’autres vont fouiller un peu plus loin, grâce aux expérimentations de Buck Meek et Max Oleartchik sur leurs instruments. Utilisant le studio comme un terrain de jeu, les musiciens ont joué sur les effets pour enrichir l’ambiance de ce “U.F.O.F.”. Le final de “Strange” frôle la voûte céleste, avec des chœurs et un timbre de basse totalement éthérés, tandis que les nappes ambient de guitare sur “Open Desert” accentuent le côté contemplatif du morceau.

Le groupe a également retravaillé “From” et “Terminal Paradise”, extraits du dernier album de Lenker. L’ajout d’une instrumentation plus variée, avec notamment une batterie et des chœurs, donne plus d’épaisseur par rapport aux originaux. En définitive, il n’y a pas un titre qui ne prenne pas une tournure inattendue et stimulante pour l’auditeur. C’est bien ce qui rend chaque écoute passionnante et différente de la précédente.

Plus encore que ses prédécesseurs, “U.F.O.F.” conjugue intimité, beauté et une certaine étrangeté de manière fascinante. Les Américains empruntent des chemins singuliers pour chaque titre, sans jamais rompre la cohésion de l’ensemble. Big Thief poursuit donc tranquillement sa courte carrière sans faute, pour laquelle l’horizon semble décidément bien dégagé.

Informations

Label : 4AD
Date de sortie : 03/05/19
Site web : www.bigthief.net

Notre sélection

  • Jenni
  • Strange
  • UFOF

Note RUL

 4.5/5

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Gabrielle de Saint Leger
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