Merrie Land
The Good, The Bad And The Queen

Par Nico Praz le 19 novembre 2018

Pouvons nous encore ignorer le caractère politique d'une oeuvre à une époque où nous sommes exposés à un flot d'information continue soumis à des avis constants ? Près de douze ans après un premier album éponyme, le deuxième supergroupe mené par Damon Albarn revient pour nous dresser un postulat sur sa terre. Sous l'appellation "Merrie Land", The Good, The Bad And The Queen apporte une vision mélancolique de l'Angleterre après le vote du Brexit. Chronique de la crise anglo-saxostentialiste, le leader de Blur ainsi que ses trois compagnons s'ouvrent à nous.


Le choix de la pochette est un indice de la prise de position des quatre musiciens sur ce qu'il va se tramer sur les onze pistes de cet effort studio. Ayant sélectionné l'air inquiet de Michael Redgrave réduisant au silence sa poupée dans le segment "Ventriloquist's Dummy" du film "Dead Of Night", la brève introduction continue dans la veine britannique avec des vers issus des "Canterbury's Tales". "Merrie Land" succède en prenant le soin d'instaurer une atmosphère de fête foraine en friche, avec des airs de piano de music hall s'essayant à une symphonie pastorale. "If you're leaving, please still say goodbye" sont les premières paroles qui résonnent à travers ce parc à thème géant délabré. Albarn reprend les traits de la poupée du ventriloque lors du clip de ce single, indiquant qu'il est inutile d'essayer de le faire taire. Néanmoins, l'ambiance est moins corrosive que celle du premier single "Kingdom Of Doom", qui n'épargnera pas Londres une seule seconde.


Au delà d'un regard inquiet persiste le groove tranquille de l'ancien bassiste de The Clash, Paul Simonon, qui complète les percussions de Tony Allen là où Simon Tong se fait plus discret sur cet opus. L'absence de rage électrique est liée à la position des musiciens, laissant la place d'élément perturbateur pour occuper celle de narrateur. "Gun To The Head", deuxième titre dévoilé sur les internets, est teintée d'une légère atmosphère pessimiste détonnant avec le faux air guilleret du refrain. TGTBTQ joue avec les codes dans le plus simple des appareils, de la guitare onirique de "Lady Boston" à la douceur folk de "Ribbons". L'incompréhension et la déception laissent place à l'amour pour un pays et ses compatriotes, et vice-versa dans une ritournelle de poésie désabusée à la beauté ébranlée. Albarn l'aventurier dépose ses bagages, de retour dans sa patrie pour traiter de ses attaches sentimentales à bord du climat actuel.


Avec l'aide du producteur Tony Visconti (David Bowie, le dernier album de The Damned), il engage ses trois comparses dans ce qui ressemble plus à un sublime chant du cygne plutôt qu'à une complainte dénuée de subtilité. La voix du chanteur ne cesse de tendre depuis ses débuts vers la mélancolie, mais il est ici hors de question de se voiler la face malgré l'étonnement face à cette dérive. Ayant vécu, Damon n'est pas un enfant qui regarde impuissant le divorce de ses parents, il se souvient et laisse son expérience parler. Des mélodies aux arrangements, rien n'est négligé pour sublimer les talents du parolier et de ses troubadours. Cet album n'aurait pas pu naître au sein de Blur ou de Gorillaz, chacun ayant sa manière d'étudier le monde qui nous entoure. Du titre évocateur "Modern Life Is Rubbish" au mystique "Fire Coming Out Of The Monkey's Head" subsiste toujours des éléments louables dans l'industrie musicale, une franchise à toute épreuve dans un somptueux écrin.


Vingt-cinq ans nous séparent de l'avertissement lancé avec Blur sur la chanson "The Universal". The Good, The Bad And The Queen délivre un message fort avec "Merrie Land" qui se trouve être loin du simple divertissement expérimental. Il est important de s'exprimer sans portée récréative, ce qui ne nous prive pas de compositions d'excellente facture. Un disque ancré dans le présent susceptible de marquer les esprits, si on y prête l'attention qu'il mérite. Yes, it really, really, really could happen.

Informations

Notre sélection

  • Gun To The Head
  • Nineteen Seventeen
  • Ribbons

Note RUL

4.5 / 5

Ecouter l'album

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