Evil Spirits
The Damned

Par Nico Praz le 11 avril 2018

Une décennie ne réussit pas à entamer notre enthousiasme face à une nouvelle production signée The Damned. Un style indétrônable sous le signe d'une énergie à toute épreuve a forgé les quarante années de carrière d'un groupe toujours dans l'ombre de ses contemporains. Bien qu'à l'heure où les Sex Pistols se retrouvent sur un piédestal, il est temps de rendre à César, ou plutôt à la bande de Dave Vanian et Captain Sensible, ce qui lui revient de droit en nous penchant sur "Evil Spirits".


Baigné dans une ambiance de film noir où Orson Welles se tient dans la pénombre, le design de la pochette fait honneur à un titre choisi au préalable avant la production. Ici, aucun lien avec une imagerie fantastique comme l'annonce d'emblée le premier single qui introduit les dix titres du disque.


"Standing On The Edge Of Tomorrow" nous plonge, avec ses guitares de train fantôme sous influence western italien de série B, dans une ambiance profonde toutefois non dénuée d'optimisme. "This time could be the last time, maybe the only time to get it right", chante Dave Vanian alors que la section rythmique appuie son propos sur une dystopie qui ne reproduit pas les erreurs passées. Ce qui peut passer pour du cynisme assumé dans "Devil In Disguise" avec des paroles comme "as you build your walls and empires fall, it seems the truth doesn't matter anymore" n'est qu'une constatation honnête de ce qui nous entoure au quotidien.


Avec une aisance déconcertante en ce qui concerne le sens de la mélodie et du rythme, le quintette britannique enchaîne les ambiances en restant fidèles à lui-même. Aucun temps mort n'est administré durant les dix morceaux qui composent cet album, où chaque détail est soigné. Ce travail de passionné est également l'oeuvre de Tony Visconti, producteur musical ayant collaboré avec David Bowie, T-Rex, et Thin Lizzy pour ne citer qu'eux. Un clash des titans un peu tardif, mais mieux vaux tard que jamais à l'écoute du résultat. On ne se lasse pas de l'éclectisme des morceaux, des riffs ensoleillés de "We're So Nice" à la célébration punkabilly de "Sonar Deceit", où la basse de Paul Gray, revenu parmi les siens, représente le partenaire idéal des martèlements de fûts de Pinch et de l'orgue Farfisa de Monty Oxymoron.


Ceci n'est pas l'énième effort d'un groupe vieillissant qui tente de prouver qu'il peut encore tenir sur ses jambes et composer des hymnes. The Damned est l'une des dernières formations de sa génération encore debout, et ce n'est pas un hasard. Constamment sur les routes, prenant le temps et le soin de faire les choses pour le public et pour lui, voici le vrai visage de la passion.


Au delà des thèmes abordés concernant des situations gouvernementales critiques, l'ensemble est un véritable bol d'air frais nous invitant à réfléchir tout en tapant du pied. Le véritable tour de force consiste à être toujours aussi pertinent qu'en 1976. Avec déjà un coup d'avance sur la bande de Johnny Rotten avec un album qui n'a rien à envier à "Nevermind The Bollocks", The Damned prouve de nouveau avec "Evil Spirits" qu'il ne sert à rien de courir, il faut arriver à point.

Informations

Notre sélection

  • Standing On The Edge Of Tomorrow
  • Devil In Disguise
  • Sonar Deceit

Note RUL

4.5 / 5

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