And Nothing Hurt
Spiritualized

Par Gabrielle de Saint Leger le 08 septembre 2018

Six années se sont écoulées depuis "Sweet Heart Sweet Light", énième réussite de la galaxie Spiritualized patiemment élaborée par Jason Pierce depuis déjà près de trente ans. L'une des références du space rock, ce style totalement fourre-tout où les aventures soniques entre rock et expérimentations diverses sont légion, est enfin revenu en juin dernier pour annoncer son huitième et ultime album. Même si Pierce a depuis déclaré ne plus être si certain que ce sera le dernier opus publié sous le nom de son groupe, il n'en reste pas moins que finale ou pas, "And Nothing Hurt" est une œuvre touchante et fidèle à celles qui l'ont précédée.


Projet de Jason Pierce autour duquel ont toujours gravité un certain nombre de collaborateurs, Spiritualized a rarement autant été son propre projet qu'avec ce nouveau disque. Loin de la centaine de musiciens qui a été nécessaire pour interpréter "Let It Come Down", il a dû s'engager dans un processus de composition et de production long et éprouvant, faute de financement suffisant. C'est seul chez lui, à Londres, qu'il a tout façonné, parfois épaulé par une poignée de musiciens sur quelques parties, mais surtout à coups de Pro Tools et de manipulations sur ordinateur.


A la sortie, difficile de deviner un tel cheminement, d'autant que le son si caractéristique du groupe est largement au rendez-vous. Dès le titre d'ouverture, "A Perfect Miracle", on se laisse bercer sans peine par la belle et généreuse orchestration au-dessus de laquelle se mêlent plusieurs pistes de la voix traînante et désabusée de Pierce. D'entrée de jeu, il est évident que ce n'est pas avec son ultime album que l'Anglais va changer sa recette miracle à la croisée du rock, du blues et du gospel.


Tous les morceaux de Spiritualized se ressemblent, certes, mais tous portent aussi la capacité à entraîner systématiquement l'auditeur dans leur sillage tourmenté. Les neuf titres de "And Nothing Hurt" ne dérogent pas à la règle. La joie et la naïveté pointent dans le final de "Let's Dance" ou encore dans les refrains de "I'm Your Man", emphatiques à souhait comme Pierce sait si bien le faire. On retrouve quelques morceaux bien vifs, comme l'haletante "On The Sunshine" et "The Morning After" aux dernières minutes euphoriques, mais il y aussi plus de douceur, à l'image de "Damaged", ballade bluesy un poil dramatique.


Le musicien n'a pas cessé d'écrire sur ses sujets de toujours, l'amour et l'auto-réflexion en tête, cette fois-ci sur fond d'acceptation de l'inéluctable et de sérénité acquise au fil des années. Cette façon plus distante et détendue de voir la vie se ressent au plus fort dans le magnifique doublé final. "And maybe you've got no dreams / But rest assured / There's a whole lifetime ahead of you", assure-t-il au milieu du final progressivement grandiose de "The Prize", avant que "Sail On Through" ne prenne le relais et termine l'album avec un superbe chœur gospel sur une note apaisée et mélancolique.


"And Nothing Hurt" reprend donc sans surprise la suite de l'histoire Spiritualized pour la conclure quasiment à l'identique, avec un supplément d'émotion bienvenu. Si Pierce ne revient pas sur sa décision, il aura su donner à l'œuvre principale de sa carrière une fin idéale.

Informations

Notre sélection

  • The Prize
  • Sail on Through
  • A Perfect Miracle

Note RUL

4 / 5

Ecouter l'album

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