Can't Wake Up
Shakey Graves

Par Nico Praz le 10 mai 2018

Quel musicien peut se targuer à trente ans d'avoir un jour qui lui est consacré dans sa ville natale ? Cela peut paraître comme un cadeau empoisonné quand on découvre qu'il s'agit d'Austin, capitale de l'état du Texas. Mais assez d'encourager les stéréotypes quand on peut découvrir un artiste qui a tendance à se bonifier avec le temps. Cinquième album en date de Alejandro Rose-Garcia sous le pseudonyme Shakey Graves, "Cant’ Wake Up" a déjà un goût des soirées d'été à contempler le ciel. Mais il ne faut pas s'y tromper.


"Counting Sheep" ouvre la marche des treize titres de l'ensemble sur un ton fantasmagorique ponctué de berceuses à six cordes. L'atmosphère étrange joue sur plusieurs tableaux, alternant la douceur d'une ballade champêtre avec l'aspect de la brume qui pèse sur une impasse bien après le coucher du soleil. Le changement s'opère avec des variations de mélodies subtiles, par exemple sur "Dining Alone" et ses airs empruntés aux Kinks, ou même durant le refrain de "Kids These Days". Tout se joue en un accord. La sonorité moderne du disque fait penser à l'insouciance des grandes vacances, alors que la composition nous situe une nuit où les ombres se permettent de nous divertir et de nous hanter.


Le folk rock s'entremêle à l'indie, dans un style optimiste basé sur les percussions et une basse complice. Le tout est relevé avec des références enfantines, qu'il s'agisse des cartoons des studios Fleischer avec "Aibohphobia" ou du magicien d'Oz avec "Tin Man". Après tout, "Big Bad Wolf" arrive bien après "Counting Sheep" en attendant son heure, révélant une vérité qui en devient supportable à entendre : "But the truth is I am just someone who's hungry, let me eat". La vie est une suite d'ironies, autant s'y faire et la célébrer en musique. Comme le sous-entend "Cops And Robbers", tout cela ne pourrait être qu'un jeu.


Ce qui surprend le plus au delà de ce concept album introspectif, c'est sa cohérence qui renvoie aux derniers mastodontes ayant réussi une telle entreprise il y a déjà bien des années. Shakey Graves rejoint sans même le savoir la cour des grands, trop occupé à peaufiner son art de la thématique et à tout donner durant ses prestations. Cet effort studio s'inscrit comme un beau moment de maîtrise comme il est rare d'en voir ces dernières années.


Que vous rêvez les yeux ouverts ou fermés, "Can't Wake Up" a la carrure d'un conte, et surtout d'un essai culte qui ne laisse personne indifférent. Au fur et à mesure des écoutes, on découvre des détails et des notes sur lesquels nous n'avions pas accordé d'importance la première fois. C'est là que se trouve la force d'un voyage immersif perpétré par un artiste qui mérite à être connu, et surtout écouté.

Informations

Notre sélection

  • Dining Alone
  • Cops And Robbers
  • Tin Man

Note RUL

4.5 / 5

Ecouter l'album

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des remontées de contenus de plateformes sociales. En savoir plus. OK