Chroniques

Satyricon – Satyricon

Il est bien loin le temps de “Dark Medieval Times” (1994) / “Nemesis Divina” (1996), lorsque Satyricon brandissait fièrement l’étendard black metal made in Norway. Satyricon, c’est plus de vingt ans au compteur, pourtant inlassablement le duo Satyr (chant) / Frost (batterie) poursuit son chemin, bien loin des orientations extrêmes de leurs débuts. Depuis les années 2000, et plus particulièrement avec l’album “Now, Diabolical” (2006), le groupe n’a eu de cesse de diviser, contrairement à d’autres formations issues de la même période, à l’instar d’Enslaved et Darkthrone. Mais voilà les Satyricon, n’ont pas su convaincre lorsqu’ils ont pris la décision de délaisser leur black metal traditionnel au profit d’une musique plus heavy, plus thrash et considérablement plus posée. La faute à un chant monotone et des mid-tempo appliqués sans parcimonie, ne laissant place qu’à l’ennui. Probablement conscient de cette lassitude, le duo décide en 2010 de faire une pause afin de se ressourcer, et partir à la recherche d’une inspiration nouvelle. Une ère s’achève, et on soupçonne alors que leur futur opus s’éloignera un peu du black n’roll compact de la dernière décennie. Cinq années se sont écoulées depuis “The Age Of Nero” (2008), et pourtant on constate assez vite que des réminiscences subsistent dans cet essai éponyme.

Si l’intro “Voice Of Shadows” semble initier un retour à un black plus atmosphérique, notre excitation sera de courte durée. Certes, Satyr semble enfin prendre conscience que son phrasé scandé et répétitif n’est plus envisageable, mais Satyricon n’est pas pour autant prêt à bouder la musique qui signe désormais sa personnalité; à savoir un black metal accessible, aux rythmiques minimalistes et aux boucles mélodiques répétitives et lancinantes. Malgré une monotonie certaine qui s’installe au fur et à mesure des titres, l’album transporte plus que ses deux prédécesseurs. Lugubre et malsain, voire mélancolique, le chant est moins monocorde et les tempos plus variés. Après une première moitié assez lente à démarrer, avec quand même quelques bons riffs et atmosphères, vient la seconde partie, plus intéressante, amorcée par “Phoenix”. Chant clair assuré par Sivert Høyem (Madrugada), pop assumée, Satyricon surprend et prend à contre-pied tout le monde. Globalement il se dégage de ce “Satyricon”, plus atmosphérique et mélodique, une composante plus fidèle à un esprit black metal traditionnel que les précédentes œuvres des norvégiens. Parfois surprenant (“Phoenix”, “Natt”), captivant (“Nekrohaven”, “Nocturnal Flare”, “The Infinity Of Time And Space”) ou traditionnel (“Our World, It Rumbles Tonight”, “Ageless Northern Spirit”), l’effort manque pourtant de constance, notamment à cause de morceaux dispensables qui donnent une impression de tourner en rond.

En décidant de ne pas nommer son disque, Satyricon a consciemment écrit la bande son synthétisant leur deux décennies d’existence, avec un album qui semble naviguer entre deux flots… Reste à savoir si la suite leur permettra de prendre un cap plus franc.

Informations

Label : Roadrunner Records
Date de sortie : 09/09/2013
Site web : www.satyricon.no

Notre sélection

  • Nekrohaven
  • The Infinity Of Time And Space
  • Walker Upon The Wind

Note RUL

3/5

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