POST-
Jeff Rosenstock

Par Nico Praz le 26 janvier 2018

Si vous êtes curieux d'entendre la fusion entre Elvis Costello et Joe Strummer, il peut être intéressant de se pencher sur le cas Jeff Rosenstock. Leader basculant de la guitare au saxophone, sa contribution se trouve être considérable pour la scène new-yorkaise au sein de Bomb The Music Industry! et The Arrogant Sons Of Bitches. Avec la disparition de ces deux formations, Jeff n'est pas mort puisqu'il bouge encore et continue d'alimenter une riche carrière solo depuis maintenant six ans. Avec "Worry" (2016), il signait un album lourd de sens dont les inquiétudes se vérifient un mois après sa publication avec l'élection de Donald Trump. Livré lors du Nouvel An sans promotion, "POST-" dresse le bilan en prenant le soin de ne pas mâcher ses mots.


Véritable feu aux poudres, "USA" dresse le portrait le plus éloquent de la condition des citoyens américains. "Dumbfounded, downtrodden and dejected, crestfallen, grief-stricken and exhausted", le chanteur originaire de Long Island se pose sans prétention comme un cador en ce qui concerne la mise en texte et en musique des démons qui rongent le pays dans lequel il a grandi. Averse de riffs distordus et incisifs, la musique punk invoque ses liens fraternels avec le rock alternatif. La rare accalmie du titre est présente pour souligner l'insouciance du rêve américain avant que la tempête ne débarque en crescendo pour ouvrir les consciences. "We're tired ! We're bored !" scande l'avenir des États-Unis, comme un urgent appel aux armes.


Rosenstock nous balance dix titres en moins de quarante minutes qui font preuve d'une cohérence innée, et d'un questionnement chronique. John DeDomenici à la basse, Kevin Higuchi à la batterie, ainsi que Mike Huguenor à la seconde guitare sont les ingrédients d'un groupe qui a la capacité de vous tenir en haleine de façon constante. "Yr Throat" et ses choeurs remontent le long de votre nuque et s'empare de vos jambes pour vous lancer à cœur perdu dans le premier pogo qui se présente. "All This Useless Energy" rappelle "Doolittle" (1989) des Pixies, influence d'une progéniture qui s'apprête à produire une musique torturée alors que l'onde de choc qui va les plonger dans le gouffre se produira bien des années plus tard. Cet esprit bon enfant qui entoure la génération MTV donne l'aspect de surface des morceaux, qui révèlent leur caractère sous-jacent au fil des écoutes.


Si vous cherchez un disque pour décompresser et passer un moment exceptionnel, alors optez pour cet opus et son "Beating My Head Against A Wall", digne hériter des Ramones. Si vous cherchez un effort studio introspectif qui dissèque parfaitement son époque, la réponse ne changera pas. La force de Jeff Rosenstock réside dans un engagement où la barrière entre espoir et fatalité est plus que fine. Baigné dans un doute permanent, il est possible qu'il reste de l'espoir ou que tout soit fichu. Mais il faut soulever ces doutes. Cynique invétéré ou loser optimiste, ce ne sont pas de vaines étiquettes ou l'absence d'unité qui l'empêcheront de tirer la sonnette d'alarme et de chanter sur ce qui permet de passer outre une journée de merde.


"POST-" succède haut la main à "Worry" avec une facilité déconcertante. Tout paraît si simple, il ne nous reste plus qu'à taper des pieds et chanter à tue tête. La réalité est plus complexe, or rien ne nous prive d'espérer l'espace d'un instant qu'il suffit tout simplement de partager cet album pour arranger les choses. Et si cela fonctionnait ?


Ah, bah ça fonctionne. 10% des recettes sur les ventes numériques de "POST-" reviennent à l'organisation caritative "Defend Puerto Rico" et son aide d'urgence.

Informations

Notre sélection

  • USA
  • Yr Throat
  • All This Useless Energy

Note RUL

4.5 / 5

Ecouter l'album

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