The Circle
Heretoir

Par Aurélien Di Sanzo le 22 mars 2017

En six ans d'absence, Heretoir a continué à écrire son histoire : le one man band représenté par Eklatanz depuis 2006 est devenu un groupe entier et a tourné avec quelques noms importants (Agalloch, Alcest, Dornenreich). Mais ces années ont surtout été consacrées à l'écriture d'un deuxième album qui voit enfin le jour. "The Circle" est une invitation intimiste et introspective à un voyage pourtant universel : celui d'une vie marquée par différentes phases et placée sous le signe de l'astre solaire.


En résulte un opus extrêmement complexe de soixante-cinq minutes pour onze pistes dont trois instrumentales. Là où le disque éponyme de 2011 pêchait avec une production faiblarde mettant peu en avant les atouts de la formation, "The Circle" fourmille de détails : les Allemands n'ont pas été avares en mélodies, au contraire ("The Circle (Omega)" semble faire exploser le soleil) ! Massive (parfois trop), la production sonne très metal dans un style qui ne l'est rarement à l'exception de quelques breaks.


L'introduction planante "Alpha" nous dévoile de somptueux arpèges clean : une caresse douce, une halte idyllique pour l'existence… mais le parcours est semé d'embuches. Car "The Circle" est fait de contrastes : ni la lumière, ni l'obscurité ne prennent tout à fait le dessus et le duo "Inhale" / "Exhale" illustre à merveille cette dichotomie terrible qui tiraille l'auditeur. "The White" résume bien l'ambiance : un voyage aux contours sombres mais dont le cœur mince se veut profondément optimiste et mélodique. "Eclipse" complète le tableau, mélangeant une base post black metal avec tremolo picking et blast beat à des influences metal et même doom ! Plutôt varié, donc.


Mais l'argument fort de cette offrande est la performance vocale phénoménale d'Eklatanz. On retrouve ses vocaux hurlés, toujours si ce n'est plus efficaces que par le passé mais c'est aussi et surtout sa voix claire qui montre l'étendue de sa technique vocale ("Golden Dust"). Plus que par le passé et se moquant bien de ce qu'on pourrait penser de lui, Heretoir vise la corde sensible de son auditoire.


Et il va plus loin en prenant ce risque aux côtés d'un certain Neige d'Alcest sur ce qui est le climax émotionnel de l'ensemble "Laniakea Dances (Soleils Couchants)" : si sur la première partie on retrouve ses vocaux hurlés et emblématiques chantés en français, sur la seconde ce sont des arpèges clean, un piano et une guitare acoustique qui viennent pousser les capacités vocales d'Eklatanz à son maximum : un moment de grâce où le chanteur semble enfin toucher le soleil à bout de bras… pour le décrocher.


Et même lorsque Heretoir tombe dans l'écueil facile de l'instrumentale post rock ("My Dreams Are Lights In The Sky"), il le fait divinement bien et propose une accalmie simple dans sa progression certes, mais dont la beauté vient rompre avec l'agitation de l'opus, tout en renforçant cette identité faite de contrastes.


Raffiné, extrêmement bien structuré, "The Circle" sent le travail de longue haleine, à la fois sincère et authentique. Si l'essai peut paraître hermétique lors des premières écoutes, il est comme le soleil que l'on attend patiemment lorsque l'on se lève un peu trop tôt à l'aube : il finit par se hisser haut dans le ciel, pour nous chatouiller jusqu'à finalement nous rendre aveugle de ses rayons irradiants. L'effort ne prend absolument aucun parti : il n'y a pas de vainqueur entre l'obscurité et la lumière qui le compose. Et la beauté de ce deuxième disque réside dans la simple et pure confrontation perpétuelle entre les deux.

Informations

Notre sélection

  • Laniakea Dances (Soleils Couchants)
  • Golden Dust
  • Eclipse

Note RUL

4.5 / 5

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