Seekers And Finders
Gogol Bordello

Par Nico Praz le 10 septembre 2017

Malgré la disparition de Joe Strummer il y a quinze ans, sa sagesse et son influence vivent en plein cœur d'une mouvance présente depuis les années 90, le gypsy punk. Peu avant que le mescalero passe l'arme à gauche, Gogol Bordello en est devenu le porte-étendard. Traversant le temps avec enthousiasme sans prendre une ride, Eugene Hütz et sa bande nous invitent pour une nouvelle danse avec ce septième opus, "Seekers And Finders".


Les arrangements du violoniste Sergey Ryabtsev et les riffs cinglants de Boris Pelekh donnent la réplique à "Did It All", qui ouvre l'album en ne laissant planer aucun doute sur ses intentions. Vous allez vous trémousser et taper du pied pendant trente neuf minutes, avec de légers temps de récupération. L'ambiance cabaret ajoute à cette démente chevauchée un côté intemporel, Hütz jouant avec ses réminiscences du Clash. L'organisation des onze titres fait preuve d'homogénéité au sein de ce chambardement festif, ovni entraînant au milieu du paysage musical actuel.


Entre ballades suaves ("Clearvoyance") et cavalcades frénétiques ("Saboteur Blues", dans la langue de Molière), il est admirable de faire preuve d'une telle générosité en terme de compositions. Le mariage entre la musique traditionnelle tzigane et la distorsion des accords punk fait toujours mouche. Le talent de parolier de Hütz au service de textes engagés et imagés laisse place à l'étonnement. Quand il entonne "firehose in your ear, blowtorch in your face, we live behind a kingdom of disgrace" sur fond de rythme endiablant avec "You Know Who We Are (Uprooted Funk)", ses états d'âmes sont proches de la rhapsodie bohémienne de Queen, avec une touche plus colorée. Poésie désabusée sur des sujets évoquant la richesse que nous apporte l'amitié et les voyages, les mots se mêlent aux notes d'accordéon en nous dépeignant des décors de plus en plus variés. L'intensité atteint son comble avec le crescendo de "If I Ever Get Home Before Dark", qui se mue rapidement en frisson derrière la nuque. "Still That Way" ferme la marche sur un hymne pub rock accompagnée au piano et aux chœurs fleurant bon la franche camaraderie et les célébrations aux saveurs d'hydromel.


Bien conscient de ne pas réinventer la roue, le challenge peut être tout autre en ce qui concerne l'ensemble new-yorkais. Steve Albini, Rick Rubin, et Andrew Scheps sont sur la liste du Bordello en tant qu'anciens collaborateurs prestigieux à la production. Il manque la touche d'un esprit avisé sur la réalisation artistique sonore pour insuffler le semblant d'énergie brute qui peut faire une plus grande différence sur un disque de cette envergure. Cette absence n'entraîne pourtant pas une baisse de qualité, les musiciens délivrant une performance magistrale et passionnée. Comme le suggère la piste éponyme, il n'est pas nécessaire de chercher la petite bête. Nul besoin de rénover une formule gagnante si cette dernière ne cesse de nous faire bourlinguer avec plaisir en empruntant des sentiers peu communs.


Il est difficile de ne pas terminer "Seekers And Finders" avec un sourire jusqu'aux oreilles. L'envie de l'écouter de nouveau dans un pub avec vos amis autour d'une bière se fait même irrésistible. Et si vous n'avez pas la bourse suffisante pour une poignée de pintes, que cela ne tienne ! La musique reste le meilleur plan pour s'enivrer et voyager.

Informations

Notre sélection

  • Saboteur Blues
  • If I Ever Get Home Before Dark
  • Still That Way

Note RUL

4 / 5

Ecouter l'album

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