Violence
Editors

Par Cléa Jouanneau le 11 mars 2018

"Cold", "Darkness At The Door", "Nothingness", "No Sound But The Wind", "Counting Spooks"... À première vue, l'écriture mystérieuse de Tom Smith et ses acolytes d'Editors semble vouloir nous attirer dans un manoir hanté ténébreux sur ce sixième album, tout aussi joyeusement intitulé "Violence". Mais, dans un retournement inattendu, c'est sous son visage le plus lumineux que la bande de Birmingham revient sous les projecteurs. Habitué à dérouter critiques et fans en prenant moult directions durant sa carrière et particulièrement sur ses deux derniers albums "In Dream" (2015) et "The Weight Of Your Love" (2013), Editors est toujours aussi audacieux, mais avec une détermination et une ampleur fraîchement acquise.


Sur "Violence", le groupe assume pleinement son identité synth pop/dark wave en s'entourant du producteur Leo Abrahams et de Benjamin John Power (Fuck Buttons, Blanck Mass) et sa musique électronique énervée. Rien de nouveau sous le ciel nuageux d'Editors, habitué à enrober ses guitares par des nappes de synthés depuis "In This Light And On This Evening" (2009). Échappant fort heureusement à l'aseptisation qui advient trop souvent quand les groupes à guitares s'essayent aux sonorités électro, Editors s'en sert ici pour faire gagner ses sonorités en profondeur et en fraîcheur.


Ainsi, les six minutes de pure tension qu'est le très électronique morceau éponyme "Violence" gardent l'auditeur en haleine via une pulsation obsédante, s'enfonçant peu à peu dans la noirceur. Dans la même énergie, "Hallelujah (So Low)" et ses accents industriels est l'un des titres les plus intéressants de la formation, et sans doute le plus brutal. Écrit par Tom Smith à la suite d'une visite dans des camps de réfugiés en Grèce, le morceau se construit entre puissance et urgence autour du contraste guitare acoustique/boîte à rythmes montant graduellement, avant d'être balayé par un riff ravageur de Justin Lockey.


Le travail de composition réalisé sur l'album est remarquable à travers les neuf titres par des progressions intéressantes au sein des morceaux. Les atmosphériques "Nothingness" et "Counting Spooks" se muent peu à peu en ballade dansante avec un penchant Depeche Mode pour la première, The Cure pour la deuxième. Des mélodies qui hantent par leur synthés froids et la voix caverneuse de Tom Smith, mais qui donnent pourtant terriblement envie de danser, l'ensemble en regorge. À la sympathique mais étonnamment plate pour une piste d'ouverture "Cold", on préfère le puissant single "Magazine" et ses refrains énormes, chambrant avec ironie les personnes au pouvoir. De manière plus radicale, "Darkness At The Door" laisse l'obscurité dehors pour laisser entrer la lumière et montre Editors sous son profil le plus pop, malgré une dose de noirceur toujours injectée par la voix ténébreuse de Tom Smith.


Mais, sans ballade déchirante portée par le chanteur et sa voix si spécifique, "Violence" ne serait pas complet. "No Sound But The Wind" (élevée au rang de fan favourite depuis sa parution sur la soundtrack de "Twilight" dix ans plus tôt et posée sur disque au sein d'une compilations de face-B dans une version boostée à l'électronique) est finalement intégré à un disque dans une version piano-voix plus travaillée. Même trop travaillée, le morceau s'avérant au final curieusement moins poignant et spontané que les versions démo et live déjà disponibles. C'est la piste de fermeture "Belong", troublante par sa atmosphère pesante et son chant habité q'’on imagine très bien en générique d'un thriller lugubre, qui vient vraiment toucher la corde sensible.


Au bout de treize ans de carrière et six efforts studio, le quintette d'outre-Manche met fin à sa crise d'identité et publie son essai le plus cohérent à ce jour. "Violence" nous fait danser dans les ténèbres, teintant sa noirceur innée de mélodies puissantes et ambitieuses sans laisser place à un seul temps mort. Assumant des ambitions soniques en mesure de dépasser l'enceinte du Trianon et autres Olympia pour conquérir de plus larges horizons, la bande de Tom Smith transpire la témérité et se fait plus captivante que jamais, sans jamais jeter son identité par-dessus bord.

Informations

Notre sélection

  • Hallelujah (So Low)
  • Violence
  • Belong

Note RUL

4 / 5

Ecouter l'album

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