Spirit
Depeche Mode

Par Justine Jude le 20 mars 2017

Depuis "Speak & Spell" (1981), soit trente-six ans et cent million d'albums vendus plus tard, Depeche Mode est de nouveau sur le devant de la scène, continuant à chercher à se renouveler, tout en conservant une identité musicale profondément révolutionnaire.


Ils le prouvent une fois de plus en sortant "Spirit", un disque pétrie d'une soif de rébellion, où ces garnements de la première heure - rappelons-nous les jeunes garçons de bonne famille arborant soudain blousons noirs de cuirs cloutés, piercings et cheveux décolorés dans leurs clips scandaleusement mauvais genre et avant-gardistes pour l'époque (80's) en affichant des prises de position franchement anti-système : un marteau à la main ("Stripped"), Dave Gahan Enchaîné ("Master And Servant") ou encore les images subliminales d'engrenages sociétaux ("People Are People"). - tentent d'inspirer à nouveau leur auditoire.


C'est très clair dans le single paru en amont de l'opus, ("Where's The Revolution"), où Martin L. Gore, Dave Gahan et Andrew Fletcher se prennent pour les papas de l'Europe et semblent inciter leurs fans à plus de discernement politique.


L'esprit revanchard du trio est certes toujours là, on ne peut lui enlever en écoutant les paroles de "Poorman" ou encore les injonctions de soulèvement dans "Going Backwards". Mais la formation, bien que toujours debout malgré les excès que permettent trente-six ans d'une carrière aussi infernale que sensationnelle, s'essouffle. Les Britanniques tombent peu à peu dans la redite, la parodie inconsciente de leur propre identité, visuelle, sonore et morale. Car on peut bien parler de valeurs chez Depeche Mode. Les textes de Martin L. Gore, autrefois éminemment avant-gardistes, sonnent aujourd'hui comme il y a vingt ans. Mais si le groupe n'a pas bougé, les mentalités, elles, ont évolués, et un "Cover Me" d'aujourd'hui ne sonne plus aussi fort dans les esprits, les choeurs et les oreilles que sonnait "Never Let Me Down Again" à l'époque.


Il en va de même pour les chansons d'amour finalement très désabusées et sombres ("Poison Heart", "So Much Love", "No More (This Is The Last Time") où le trio apparaît presque blasé, si ce n'est franchement désabusé par les relations amoureuses, tombant dans la caricature de la femme venimeuse et impie. Aussi compréhensible que cela soit au vue des proportions phénoménales qu'ont prises les destinées de chacun des membres, ces morceaux sont bien loin d'évoquer un "I Feel You", un "Personal Jesus", ni même un "Strangelove". C'est un peu comme si la structure musicale, les thèmes étaient resté intacts, mais que l'essence, la ferveur inhérente et caractéristique de Depeche Mode en particulier, s'était changé en conscience politique plutôt pessimiste, en tout cas moins farouche et plus systématique.  


Musicalement, l'ensemble est moins bon que ses prédécesseurs mais il faut reconnaître que Depeche Mode est, comme toujours, à la pointe au niveau de l'utilisation des machines et des nouvelles technologies; passant peu à peu à un mélange de musique industrielle et de synthpop à de l'électro pop très sombre, (un brin conventionnel). Le groupe ayant d'ailleurs clairement fait son apanage lors de ses campagnes de communication.


"Spirit" reflète bien l'esprit et la posture de Depeche Mode, mais en a perdu la substance. Proposant du neuf avec du vieux, peut-être par sécurité voire une certaine lassitude.

Informations

Notre sélection

  • Where's The Revolution
  • Going Backwards
  • Scum

Note RUL

3 / 5

Ecouter l'album

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des remontées de contenus de plateformes sociales. En savoir plus. OK