Abysskiss
Adrianne Lenker

Par Gabrielle de Saint Leger le 08 novembre 2018

Adrianne Lenker crée et joue de la musique comme elle respire. De ses compositions solo à celles de Big Thief, son groupe qui connaît un succès grandissant et mérité dans le monde du rock indépendant américain ces dernières années, elle ne s'arrête jamais. La chanteuse guitariste a rassemblé dans "Abysskiss" une poignée de nouveaux morceaux écrits depuis 2017 qu'elle est allée enregistrer en Californie avec un autre orfèvre de l'indie pop, Luke Temple (Here We Go Magic). Le résultat : un deuxième album solo à la beauté et à la simplicité profondément touchantes.


Remarquée dès le début de sa carrière grâce à ses compositions sensibles et à sa manière intuitive de les interpréter, Lenker poursuit le chemin qu'elle trace à la fois en solo et avec Big Thief depuis la sortie de son premier disque en 2014, "Hours Were The Birds". Elle infuse dans chacun des dix titres ce supplément d'âme qui lui permet de tisser une forme de proximité avec l'auditeur, la rapprochant sur ce point d'artistes comme Elliott Smith. En parfait complément d'un jeu de guitare riche et précis, la musicienne de vingt-sept ans chante des textes poétiques et personnels, certainement même vécus, avec sa voix toujours aussi expressive et sans âge, presque enfantine sur "Out Of Your Mind" et "Blue And Red horses", plus mature et détachée sur d'autres morceaux comme "Abyss Kiss".


La naissance et la mort, l'attachement et la perte, autant de thèmes sur lesquels tout a été certes déjà dit, mais l'Américaine possède ce talent de capturer ces moments étourdissants, où on se rend compte de certaines choses immuables et fascinantes. Elle les traduit naturellement en une phrase, comme dans ce couplet de "Cradle", "Earth is born / To wound and heal / Cradle more / The hours reel", chanté sur une mélodie apaisante, ou bien en de simples lignes de guitare et autres arpèges hypnotisants qui parsèment l'ensemble de l'album, résonnant de manière si familière aux oreilles. Avec seulement son chant, sa six cordes et par moments quelques notes de piano et une boîte à rythme parfaitement dosée, comme dans la magnétique "Symbol", Lenker crée un temps pour faire naître des sensations plutôt que des sentiments, un temps où l'auditeur peut ressentir plutôt que juger, à l'image du nom de l'opus qui peut évoquer tant la douceur et le réconfort que l'immensurable étonnement causé par le fait de vivre.


"Abysskiss" s'écoute comme on se laisse absorber par la contemplation d'un paysage qui défile derrière la vitre du train. Il fait partie de ces albums qui ne cherchent pas à révolutionner les genres ou prétendre apporter des réponses figées à toutes sortes de questions, mais transmettent sans l'imposer l'expérience de leur auteur, avec un charme particulier qui tient autant de leur dépouillement que de leur sincérité.

Informations

Notre sélection

  • Cradle
  • Symbol
  • Blue And Red Horses

Note RUL

4 / 5

Ecouter l'album

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