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“The Dirt” – La vérité Crüe

Dix-huit ans ! Il aura fallu une majorité (nécessaire pour regarder ce film ?) pour que la biographie des biographies prenne enfin vie sur grand écran, et c’est un euphémisme que de dire que les fans dont nous faisons partie attendaient ce moment avec un mélange d’excitation impatiente et surtout d’appréhension. Evidemment, plus on aime, plus on a peur d’être déçu.

Raconter l’histoire d’un groupe comme MÖTLEY CRÜE, qui incarne probablement le plus les années 80, les excès et la débauche de cette période, n’est pas chose aisée. Ne dis-ton pas “si tu t’en souviens, c’est que tu n’y étais pas…” ? Le groupe, plus connu pour certains pour ses frasques que sa musique, avait d’ailleurs décidé lors de l’écriture du livre éponyme de fractionner les paragraphes, en alternant les prises de parole de chaque membre du groupe donnant leur version parfois d’un même événement. Ce retour à cette période bénie du glam dont les lieux saints étaient le Rainbow, le Troubadour, le Roxy, l’Avalon, le Starwood ou encore le Whisky a Go Go (vivement un pèlerinage), est un pur délice, une sorte de jouissance mélancolique.

Réalisé par Jeff Tremaine (fondateur de Jackass), le film d’une durée de cent-cinq minutes retranscrit le quotidien fait de relatifs exploits (sexe, drogue), mais aussi de passages glauques, de drame (le fameux accident de voiture du 08 décembre 1984 qui a coûté la vie à Razzle Dingley du groupe Hanoi Rocks).

On y bascule même dans l’horreur absolue (les parents comprendront) le tout en essayant d’avoir la cohérence nécessaire à une immersion totale du spectateur : pari réussi surtout dans la première partie du film, la seconde étant plus sombre.


Un biopic à la hauteur ?

Alors bien évidemment, avec le succès interplanétaire de “Bohemian Rhapsody”, le biopic réussi sur Queen et Freddie Mercury, la barre est extrêmement haute, et Nikki Sixx & Co vont être taxés à tort de vouloir surfer sur cette vague. Sauf que comme le bassiste l’a déclaré très récemment : “c’est vraiment dommage car on est sur ce film depuis plus de dix ans maintenant, et les retards et autres paramètres impondérables ont faits que cette sortie ne s’est déroulée qu’en 2019”. Si la bio de Queen a été taxée d’hagiographie et de compter bon nombre d’inexactitudes (peu sont majeures ceci dit), celle du Crüe, si elle en compte également forcément, n’est pas là pour s’auto-glorifier ou faire l’apologie de la drogue ou du sexe à outrance, mais simplement d’être factuelle, et de nous décrire ce qui s’est passé dans une époque qui semble désormais révolue sur bien des points.

En aucun cas le film n’est pas vraiment complaisant vis-à-vis des membres du groupe. D’une part, le public visé n’est absolument pas le même, et d’autre part, l’objectif n’est pas d’obtenir un Oscar ou d’être reconnu, mais simplement de divertir, de choquer parfois aussi, en embarquant le public dans de véritables montagnes russes d’émotions aussi variées que les événements relatés dans le film.


Censure ou pas censure

Si l’on ne peut que féliciter Netflix d’avoir eu les “balls” d’inclure la scène hardcore – qui deviendra légendaire – avec Ozzy Osbourne (sublime Anthony Cavalero !), on avait parié que certaines autres scènes extrêmes n’y seraient pas, comme le “coup de fil interne de Vince Neil”, ou le “presque viol” (les initiés comprendront), et effectivement, on n’en parle pas. Ceci dit, il est dommage de ne pas avoir filmé le délire “Dora L’Exploratrice” de Nikki et Tommy qui courent pour monter dans un train de marchandises qui passait par là -le manager les a retrouvé défoncés dans une autre ville- alors qu’ils étaient en pleine tournée, ou encore Nikki Sixx qui “prend” Linda, la copine de Tom Zutaut, devant lui (!) et qu’elle est en pleine menstruations…
-On imagine que la scène montrant Vince Neil s’occupant de la copine de Tom contient cette référence- Mais Nikki Sixx et Tommy Lee ayant été très présents pendant le tournage, les deux ont sans doute leur raison, hormis celui qui est évident : le rythme d’un film n’est pas celui d’un livre, et on doit forcément faire des choix.

Hormis la durée trop courte, on aurait aimé comme dans le livre, avoir plus d’informations sur l’origine de certaines chansons, sur l’élaboration des batteries volantes de Tommy Lee, réel précurseur sur le sujet.


Des personnalités traitées avec pertinence

Quoiqu’il en soit, le look de l’époque est respecté. Le jeu des acteurs est plutôt bon, que ce soit l’excellent Machine Gun Kelly en Tommy Lee, ou Douglas Booth en Nikki Sixx (Johnny Knoxville était longtemps pressenti et souhaité), qui va même jusqu’à reprendre le flow vocal du leader du Crüe. Daniel Webber (Vince Neil) est convaincant, notamment dans les passages difficiles à regarder (l’accident et surtout Skylar), et Iwan Rheon de Games Of Thrones en Mick Mars, fait certes le taf, mais le personnage à incarner étant déjà spécial et à part, il est comme le vrai, bien différent des autres. D’ailleurs, l’épreuve qu’il subit depuis ses dix-sept ans (il est atteint d’une maladie inflammatoire chronique très grave qui touche les articulations, la spondylarthrite ankylosante), n’est pas assez évoquée également.

La descente aux enfers de Nikki avec la “fille avec les yeux dorés” (l’héroïne) est bien décrite et fait directement référence à l’ouvrage “The Heroin Diaries”, journal très détaillé que tenait Nikki Sixx à l’époque (début le 25 décembre 1986). D’ailleurs, avant son overdose suivi de sa mort clinique, l’on peut apercevoir en caméo (ou plutôt acteurs jouant leurs rôles) quelques membres d’un autre petit groupe nommé Guns N’ Roses…


Un pari réussi

Arrivé à la fin de “The Dirt”, l’un des mottos de Mötley Crüe pourrait être ce passage de “Frantic” de Metallica : “My lifestyle determines my deathstyle”, paroles écrites par Kirk Hammett, c’est à noter.

En conclusion, le pari est complètement réussi dans le rendu de l’ambiance et la débauche qui régnait dans les années 80, même si le film est bien trop court pour rendre justice au livre. Il arrive à rendre attachant des gens qui ne le sont apparemment pas vraiment, et avec qui on n’aurait probablement pas été amis (déjà, si vous n’êtes pas une blonde pulpeuse, oubliez Vince et Tommy). L’autre bémol pourrait être que la deuxième partie du livre est traitée extrêmement rapidement, comme s’ils s’étaient aperçus qu’il ne restait que vingt minutes du film.

Enfin, à ne surtout pas louper le générique de fin qui associe intelligemment scènes réelles d’époque avec les scènes tournées pour le film.

Que ceux qui n’ont pas encore lu le livre se jettent immédiatement dessus pour en savoir plus !


En complément indispensable :

  • “The Heroin Diaries” (livre) de Nikki Sixx
  • “The Heroin Diaries” en bande dessinée Heavy Metal de Hoseley-Zezeli-Delpeche-Dwyer-Shannon-Burdine chez Mack
  • “This Is Gonna Hurt” (livre) de Nikki Sixx
  • “Tommyland” de Tommy Lee
  • “Tattoos & Tequila” de Vince Neil

Enfin, Mick Mars est censé sortir sa propre biographie incessamment sous peu.

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