
En août 2009, Oasis implose dans les coulisses du festival Rock E Seine à Paris. Quelques minutes avant de monter sur scène, une énième dispute entre Liam et Noel Gallagher met définitivement fin à l’un des plus grands groupes britanniques de ces trente dernières années. C’est précisément ici que Oasis: Don’t Look Back In Anger choisit de reprendre l’histoire, là où elle s’était arrêtée. Seize ans plus tard, les frères ennemis sont pourtant de nouveau réunis. La tournée Oasis Live ’25 devient alors bien plus qu’une tournée de reformation. Pour des millions de fans elle représente un événement que beaucoup pensaient ne jamais pouvoir vivre.
Because we need each other
Réalisé par Dylan Southern et Will Lovelace, le documentaire revient sur cette tournée historique sans chercher à raconter une nouvelle fois l’ascension d’Oasis. Quelques images suffisent à rappeler les années de gloire et les tensions qui ont accompagné le groupe jusqu’à cette fameuse soirée parisienne. Très vite, le film nous transporte en 2024 dans une salle de répétition où Noel Gallagher s’apprête à remettre Oasis sur pied. C’est aussi là que réside la principale frustration de Don’t Look Back In Anger. Que s’est-il réellement passé entre les Gallagher pendant toutes ces années ? Comment deux frères qui semblaient incapables de se trouver dans la même pièce ont-ils fini par décider de repartir ensemble sur les routes ? Pourquoi reformer Oasis alors que Noel et Liam ont tous les deux construit des carrières solo solides ? Le documentaire ne répond pratiquement jamais à ces questions. Il passe rapidement sur la séparation et ne cherche pas davantage à identifier celui qui aurait fait le premier pas. Ce choix laisse forcément un sentiment d’inachevé. Le point de départ choisi par les réalisateurs crée lui-même cette attente car en revenant sur Rock En Seine, le film ouvre une parenthèse de seize années dont il choisit ensuite de ne jamais véritablement raconter l’histoire. Cette omission (volontaire ?) est toutefois pas complètement vide, car en sous texte on comprend aussi que pendant que Liam et Noel ne se parlaient plus, Oasis a continué d’exister. Pas le groupe à proprement parler mais ses chansons. Elles ont continué à circuler. Elles ont accompagné ceux qui ont vécu les années 1990 et sont arrivées jusqu’à une génération qui n’ont jamais connu Oasis en activité. C’est peut-être finalement là que Don’t Look Back In Anger raconte le mieux ces seize années qu’il laisse hors champ, par le pouvoir des chansons.
We believe in one another
Les premières répétitions comptent parmi les séquences les plus fortes du documentaire. Filmées par des caméras volontairement discrètes, elles captent surtout l’étrange facilité avec laquelle Oasis reprend vie après seize années d’absence. Pas de retrouvailles spectaculaires ni de grandes explications entre les Gallagher. La musique semble suffire à rétablir une mécanique que le temps n’a finalement pas complètement altérée. Liam retrouve immédiatement sa place derrière le micro tandis que Noel reprend naturellement son rôle de chef d’orchestre. Ces répétitions permettent aussi au documentaire de remettre en lumière une autre figure essentielle de l’histoire du groupe. Paul “Bonehead” Arthurs, guitariste de la formation originelle, retrouve naturellement sa place aux côtés des Gallagher. Parti en 1999, il avait laissé derrière lui une empreinte bien plus importante que son rôle de guitariste rythmique pourrait le laisser penser. Noel le reconnaît lui-même dans le film, le son d’Oasis, c’est Bonehead. Le voir occuper une place aussi importante dans Don’t Look Back In Anger ressemble donc à une forme de réhabilitation.
À mesure que la tournée prend forme à l’écran, Don’t Look Back In Anger délaisse les coulisses pour se tourner vers son public qui constitue finalement le véritable cœur de cette reformation. Il est important de comprendre qu’en 2025 Oasis ne retrouve pas le public qu’il avait laissé en 2009. Plusieurs générations cohabitent désormais devant la scène. Ceux qui ont grandi avec le groupe côtoient ceux qui n’ont jamais eu la possibilité de le voir en activité, et cette transmission semble avoir largement échappé aux Gallagher eux-mêmes. Noel reconnaît lui-même ne pas avoir anticipé une telle ferveur et ne peut plus nier qu’Oasis est désormais un objet culturel à part entière. Cette émotion constitue le véritable moteur du film. Don’t Look Back In Anger capte moins l’excitation d’une reformation que la catharsis collective qu’elle provoque. Elle se lit partout dans la foule, sur les visages baignés de larmes, dans les regards levés vers la scène et dans les fans qui se prennent dans les bras pour se consoler tant certains semblent dépassés par ce qu’ils sont en train de vivre. Le documentaire saisit avec beaucoup de justesse cette émotion sincère qui contamine sans nul doute chaque spectateur. Les nombreux témoignages de fans présent tout le long du film prennent alors tout leur sens. Ils interrompent parfois l’énergie des séquences live mais restent indispensables pour ce que le documentaire cherche à saisir.
Welcome home
La ferveur qui accompagne Oasis Live ’25 prend une autre dimension lorsque le groupe se produit à Manchester. À Cardiff, la main tendue par Liam à Noel lors de leur première entrée en scène symbolisait déjà les retrouvailles des deux frères (le geste est d’ailleurs devenu l’affiche du documentaire), mais à Manchester, le récit dépasse cette réconciliation pour replacer Oasis dans quelque chose de plus vaste, car Oasis et Manchester sont indissociables. La vision de la foule réunie autour de Heaton Park jusque sur les hauteurs et dans les arbres pour espérer apercevoir un bout de scène traduit moins la démesure d’un concert que le lien qui unit encore le groupe à sa ville. L’accent des Gallagher et leur attitude ont toujours revendiqué une identité mancunienne profondément working class. Leur trajectoire a transformé deux gamins de cette ville ouvrière en rock stars mondiales sans jamais effacer cette origine sociale. Don’t Look Back In Anger inscrit aussi cette appartenance dans une histoire musicale mancunienne plus large. L’hommage rendu au bassiste du groupe mancunien The Stone Roses, Gary “Mani” Mounfield, disparu à 63 ans durant l’année 2025 en est l’un des moments les plus émouvants. Avant Oasis, The Stone Roses ont incarné cette possibilité pour des musiciens de Manchester de dépasser les frontières de leur ville. Alors lorsque Liam dédie “Live Forever” à Mani sur la scène de São Paulo, c’est deux morceaux de cette histoire mancunienne qui semblent se rejoindre. Rarement le morceau aura aussi bien porté son nom.
Le pardon, fil rouge
Don’t Look Back In Anger raconte quelque chose sur le pardon. Une séquence tournée à Manchester vient mettre des mots sur ce que le film explore depuis le début. Les réalisateurs se rendent à St Bernard’s Church, située face à l’ancienne école primaire des Gallagher, simplement pour y filmer un office. Ce jour-là, le prêtre commente justement le passage de l’Évangile dans lequel Pierre demande combien de fois il doit pardonner à son frère. Difficile d’imaginer sermon plus à propos. Le prêtre lui-même fait le rapprochement avec Liam et Noel et inscrit leur réconciliation dans cette réflexion plus universelle sur le pardon. Les réalisateurs parlent d’ailleurs de cette scène comme de l’un de ces cadeaux inattendus offerts par le tournage.
Don’t Look Back In Anger ne raconte donc jamais vraiment comment Liam et Noel se sont pardonné. Il montre plutôt ce que ce pardon rend possible. C’est sans doute là que le documentaire trouve finalement sa réponse au silence qu’il entretient autour de leur réconciliation. Le dernier mot revient d’ailleurs à Noel. Lui qui a longtemps entretenu une relation faite de rancœur avec son frère reconnaît désormais l’importance de savoir pardonner. Après deux heures de film, d’images live monumentales et de ferveur collective, Don’t Look Back In Anger se referme ainsi sur ce message universel. Derrière le retour de l’un des plus grands groupes britanniques se dessine finalement l’histoire de deux frères qui, laissant leur égo de côté, ont choisi de ne plus laisser le passé décider de la suite.
Si vous l’avez manqué en salles, Oasis: Don’t Look Back In Anger arrivera d’ici la fin de l’année 2026 sur Disney+. Une belle occasion de (re)vivre Oasis Live ’25 et de saisir un peu de cette ferveur qui caractérise la tournée. Mais surtout, l’expérience ne sera bientôt plus réservée à l’écran car Oasis vient d’annoncer Oasis Live ’27, une nouvelle tournée de 38 dates qui passera cette fois par l’Europe continentale. Et bonne nouvelle pour le public français puisque les frères Gallagher feront enfin leur retour à Paris avec deux concerts au Stade de France les 23 et 24 juillet 2027.






