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Cover Story #42 : Limp Bizkit – Chocolate Starfish And The Hot Dog Flavored Water


Limp Bizkit a de nouveau le vent en poupe ! Depuis plusieurs années, le groupe retrouve sa place parmi les têtes d’affiche des grands festivals et transforme ses concerts en karaoké géant. L’album qui a fait basculer le groupe dans une autre dimension n’est autre que Chocolate Starfish And The Hot Dog Flavored Water : un disque aussi emblématique que controversé, qui continue, plus de 20 ans après sa sortie, de diviser autant qu’il fascine. RockUrLife revient sur l’histoire derrière l’une des pochettes les plus étranges et iconiques du nu metal.

L’album

Chocolate Starfish And The Hot Dog Flavored Water sort le 17 octobre 2000, une semaine à peine avant Hybrid Theory de Linkin Park… la belle époque du règne du nu metal. C’est le troisième album studio du groupe, et probablement celui qui cristallise le mieux toutes les contradictions de son époque. Adulé par le public, décrié par la critique, il devient un véritable rouleau compresseur commercial. Plus d’un million d’exemplaires sont vendus dès la première semaine aux États-Unis, un record pour un album metal à l’époque.

Mais la presse n’est pas la seule à lever les yeux au ciel. Face à ce succès démesuré, Limp Bizkit incarne tout ce que certains détestent dans le nu metal : trop gros, trop vulgaire, trop commercial, allant même jusqu’à les qualifier de “McDonald’s du rock“. Pourtant, difficile de nier l’impact du disque. Entre “Hot Dog”, “My Generation”, “My Way”, “Rollin’”, “Livin’ It Up” ou encore “Take A Look Around” (qui figure sur la B.O. de Mission: Impossible 2), l’album enchaîne les hits qui continuent d’alimenter les setlists du groupe.

L’artiste

Si Chocolate Starfish And The Hot Dog Flavored Water marque les esprits avec ses refrains entêtants et ses riffs de guitare lancinants, sa pochette ne laisse pas non plus indifférent. Derrière cette cover se cache Wes Borland, guitariste charismatique du groupe. Son univers, sombre, surréaliste et dérangeant, est indissociable de l’identité visuelle de Limp Bizkit. Une esthétique qu’il met également en scène à travers ses costumes extravagants, qui flirtent avec la transformation corporelle.

Borland ne réserve pas son art à Limp Bizkit, il le prolonge dans ses projets parallèles, comme Black Light Burns ou Big Dumb Face, où il plonge encore plus profondément dans les méandres de son esprit tortueux.


Le point commun à toutes ses créations reste leur ton provocateur assumé. Ces images dérangent, interrogent, elles sont peuplées de figures déformées aux allures de créatures grotesques, repoussantes ou kitsch mais paradoxalement familières. Borland est le maître d’un imaginaire qui ne cherche pas à plaire, mais à s’imprimer durablement dans nos esprits.

La cover 


Qualifiée par certains comme étant l’une des pochettes les plus hideuses du genre, la cover de Chocolate Starfish And The Hot Dog Flavored Water fait évidemment réagir par son absurdité. On y découvre cinq créatures humanoïdes, représentant les membres du groupe, qui prennent un bain de saucisses à hot-dog. Deux d’entre elles tendent des étoiles de mer en chocolat vers le spectateur, le tout surplombé d’un épais nuage de fumée, sur fond noir, rendant la scène surréaliste impossible à situer dans l’espace ou dans le temps. Une vision tout droit sortie d’un esprit tordu et pourtant, tout trouve un sens.

Derrière cette image provocatrice se cachent plusieurs références liées aux tensions qui entourent le groupe au début des années 2000. Leur mélange de metal et de hip hop déclenche une vague de rejet. Pour une partie de la scène, la musique de Limp Bizkit n’est “pas du vrai metal” et n’a pas sa place dans le paysage. Fred Durst devient une cible récurrente, souvent insulté de “asshole” et perçu comme l’ennemi public numéro 1 du genre. 

C’est dans ce contexte qu’il s’auto-attribue le surnom de “Chocolate Starfish“, une expression en argot qui fait de manière peu subtile référence à l’anus. Fred Durst s’empare avec humour de ce surnom, jusqu’à en faire un élément central du projet. Les deux créatures tendant des étoiles de mer en chocolat affichent une réponse directe au haters, un “kiss my ass” plutôt explicite.

Reste la question du “Hot Dog Flavored Water“. À l’origine, il s’agirait d’une blague interne au groupe, moquant les boissons aromatisées en imaginant une eau goût hot-dog. Mais là encore il y a une logique de provocation. Fred Durst lui-même résume l’état d’esprit de l’époque en déclarant : “I was the asshole, and the other guys could be the dicks” “J’étais le trou du cul, les autres pouvaient être les teub“). Le rapprochement est vite fait. Des symboles d’une grande délicatesse qui leur permettent de retourner la situation à leur avantage, avec un solide sens de l’autodérision.

Au fond, le titre et la pochette répondent directement au rejet subi par le groupe de la part d’une scène metal encore fermée à l’hybridation des genres. Et pourtant, ce disque deviendra un succès planétaire qui fait encore trembler les salles aujourd’hui.

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Lucie Allet
Tombée dans la marmite dès mon plus jeune âge, j'explore les mille et une facettes du metal : du glam au death, en passant par le stoner et le thrash, rien ne m'échappe !