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Cover Story #37 : Alice In Chains – Dirt


1992 : le metal se réinvente, se fragmente, mais le grunge divise. Porte-parole d’une génération tourmentée et en quête de renouveau, le mouvement est taxé de mainstream par une partie du public. Dans ce climat de tensions, Alice In Chains frappe fort avec Dirt, son deuxième album devenu culte. Plus sombre, plus lourd, plus abrasif que la concurrence, le disque s’impose comme un acte majeur. Sa pochette emblématique cristallise à elle seule toute l’essence du disque. RockUrLife revient sur cette icône du grunge.

L’album

Peu de temps après le succès historique de Nevermind (1991) de Nirvana, Alice In Chains sort Dirt, le disque qui va faire décoller sa carrière et forger la face plus heavy du son de Seattle. Avec ses riffs bien gras, ses lignes de chant envoûtantes et ses rythmes puissants, le groupe délivre un grunge qui penche presque vers le stoner.

En enchaînant des titres comme “Them Bones”, “Would?” ou la poignante “Down In A Hole”, le groupe brise les tabous de l’Amérique des années 1990. Layne Staley transforme l’album en exutoire viscéral pour évoquer l’addiction sur des morceaux comme “Sickman” ou “Junkhead”, tandis que Jerry Cantrell dénonce les ravages de la guerre du Vietnam à travers l’expérience de son père sur “Rooster”. Malgré cette noirceur assumée, Dirt rencontre un succès immédiat, décroche une nomination aux Grammy Awards et est certifié 5 fois disque de platine aux États-Unis.

L’artiste

Dirt, c’est un nom qui évoque la terre, la fragilité et l’isolement. Ces images deviennent réalité sur la pochette signée Rocky Schenck. Cet artiste texan se démarque par un style sombre et onirique, oscillant entre le cauchemar et le fantasme. Aussi à l’aise en peinture qu’en photographie ou en réalisation, Schenck a immortalisé des icônes comme Ozzy Osbourne, Nick Cave ou B.B. King. C’est donc en toute logique qu’Alice In Chains s’est tourné vers lui pour concevoir une pochette qui a marqué au fer rouge toute une génération.

La cover


Reflet brut des thèmes abordés dans l’album, la cover de Dirt nous plonge dans un désert hostile. Son monochrome brun crée une impression de chaleur assommante. Le paysage est sec, rien ne subsiste : pas une plante, pas un nuage, pas une goutte d’eau. La terre est craquelée et, au milieu de ce néant, une femme gît, à moitié ensevelie. Morte ou vive ? On ne sait pas depuis combien de temps elle est là, mais elle semble laissée pour compte, sans aucune issue. Sa condition résonne directement avec “Down In A Hole“, dont elle semble être la matérialisation visuelle.

Plus qu’un simple personnage, cette figure devient une allégorie de la désolation : une martyre perdue dans un monde où tout s’éteint. Pendant longtemps, certains pensaient qu’il s’agissait de Demri Parrott, la compagne de Layne Staley, mais c’est une légende urbaine. En réalité, il s’agit de l’actrice Mariah O’Brien, connue pour ses rôles dans Buffy Contre Les Vampires ou Dans La Peau De John Malkovich.

Côté réalisation, on est loin d’un shooting en plein désert. Tout est construit en studio. Rocky Schenck crée le décor de toutes pièces en bricolant un sol artificiel à base de carton, de mousse et d’argile. Son travail d’artisan est sublimé par un jeu de lumières et de filtres qui confère à l’image cette texture sèche et cette teinte brûlée, immédiatement reconnaissables.

Avec Dirt, Alice In Chains signe un disque aussi sombre que viscéral. Sa pochette en est l’extension visuelle évidente : une image suffocante, quasi post-apocalyptique, qui capture avec une frontalité rare les tourments d’une époque en perdition.

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Lucie Allet
Tombée dans la marmite du metal dès mon plus jeune âge, je l’aime sous toutes ses formes et j’essaie de transmettre sa passion, sa force et sa sincérité dans mes chroniques.