
En 1982, les légendes du heavy metal britannique Judas Priest passent à la vitesse supérieure. Screaming For Vengeance est un cri strident qui propulse le heavy metal traditionnel dans une nouvelle dimension, plus rapide, plus lourd et plus incisif que jamais. Cet album marque également le début de la collaboration avec le graphiste Doug Johnson, à qui l’on doit trois pochettes devenues aujourd’hui iconiques
L’album
Screaming For Vengeance est déjà le huitième album de Judas Priest. Derrière les couleurs vives et brûlantes de sa pochette se cache un son nettement plus aiguisé et tranchant qu’auparavant. L’introduction mythique de “The Hellion” pose immédiatement le cadre : un heavy metal grandiose et épique. Elle ouvre la voie au riff culte de “Electric Eye” et à la voix quasi mécanique de Rob Halford. Devenu incontournable, l’album oscille entre le groove implacable de “You’ve Got Another Thing Comin’” et le son résolument eighties de “Take These Chains”. Un disque charnière qui marque son époque, redéfinit les standards du heavy metal et enrichit durablement son histoire.
L’artiste
L’homme qui se cache derrière l’artwork de Screaming for Vengeance est Dough Johnson. Si son nom reste discret auprès du grand public, il est l’un des graphistes les plus influents des années 1970–80. Artiste canadien, il débute sa carrière en 1968 après s’être installé à New York, où il développe un style immédiatement reconnaissable, principalement basé sur l’aérographie, une technique de projection de peinture offrant un rendu lisse et homogène.
Couleurs vives, formes nettes et accents psychédéliques deviennent sa signature. Johnson se fait connaître à travers ses collaborations avec Time Magazine, ses affiches de concerts et de films, ou encore des packagings emblématiques comme les Cosmic Candy.

Mais ce sont surtout ses pochettes d’albums qui assoient durablement sa réputation. À la croisée du réalisme et du pop art, son travail marque les imaginaires et incarne toute une époque.
La cover

Avant même la première écoute, la pochette de Screaming For Vengeance annonce la couleur (au sens propre comme au figuré). Le fond jaune et rouge, vif et incandescent, capte immédiatement le regard et évoque des notions d’alerte, d’urgence et de tension. Une signalétique visuelle agressive qui prépare l’auditeur à une musique rapide, lourde et heavy.
Cette sensation est renforcée par la figure centrale : un aigle métallique lancé à pleine vitesse vers le sol, prêt à fondre sur sa proie. Grâce à la technique de l’aérographie, l’image dégage une impression de mouvement permanent, de vélocité et de violence maîtrisée. La pochette met en scène une attaque frontale, à l’image du virage musical opéré par Judas Priest sur cet album.
Cet oiseau futuriste, entièrement fait de métal, se distingue par ses serres acérées, son bec effilé et ses dents tranchantes. Il incarne une figure intimidante : une arme vivante, un missile guidé conçu pour frapper sa cible sans détour. À bien des égards, Screaming For Vengeance agit de la même manière au moment de sa sortie. Une déflagration sonore qui marque durablement les esprits et redéfinit les standards du genre.
L’esthétique rétro-futuriste et fantastique de la pochette contribue pleinement à l’immersion. Les couleurs flamboyantes et les formes stylisées transportent l’auditeur dans un univers de science-fiction presque dystopique. Sur les douze titres de l’album, Judas Priest dévoile une autre facette de son monde, le nouveau visage au heavy metal britannique.
Cette pochette ne se contente pas de refléter l’évolution musicale de Judas Priest vers un son plus heavy et plus tranchant : elle marque aussi le début d’une collaboration déterminante avec Doug Johnson. Celle-ci se poursuivra sur Defenders Of The Faith (1984) et Turbo (1986). Ensemble, ces trois visuels forment un véritable triptyque graphique, témoignant de l’évolution du groupe au fil des années 1980.


Si Defenders Of The Faith prolonge une vision du heavy metal brut et combatif, Turbo révèle quant à lui l’entrée du groupe dans l’ère du hair metal, alors à son apogée. Malgré ces orientations différentes, les trois albums restent profondément liés par la griffe de Johnson : couleurs saturées, formes géométriques précises et un dynamisme visuel constant.
Doug Johnson a su capter et traduire l’identité musicale de Judas Priest, donnant corps à son imagerie durant toute une décennie. Plus qu’un simple illustrateur, il est incontestablement l’un des architectes visuels du heavy metal des années 80.






