
En 1983, Ronnie James Dio n’a plus rien à prouver. Passé par Elf, Rainbow puis Black Sabbath, le chanteur s’impose déjà comme l’une des voix les plus puissantes du heavy metal. Mais cette fois, il va plus loin : avec son projet solo, il affirme pleinement ses choix artistiques. Holy Diver s’impose rapidement comme un album culte, aussi mémorable pour ses morceaux que pour sa pochette énigmatique. RockUrLife revient sur l’histoire de ce visuel devenu légendaire.
L’album
Holy Diver, un nom de disque que l’on ne peut prononcer sans entendre la voix de Ronnie James Dio. Sorti le 25 mai 1983, ce premier album pose les bases du projet solo de Dio. Pour l’occasion, le frontman s’entoure d’un line up tout aussi culte : Vivian Campbell à la guitare, Vinny Appice à la batterie et Jimmy Bain à la basse et aux claviers.
En neuf titres, Holy Diver impose une identité forte et immédiatement reconnaissable. L’ouverture iconique “Stand Up And Shout” déborde d’énergie et pose les bases du disque, tandis que “Don’t Talk To Strangers” entraîne l’auditeur dans des contrées plus sombres et mystérieuses. Il serait impensable de parler de l’album sans citer le riff de clavier de “Rainbow In The Dark”, qui reste gravé en mémoire.
Malgré son aspect épique, Holy Diver n’a pas été conçu comme un concept album. On y distingue pourtant un fil rouge occulte et fantastique, structuré autour d’une dualité entre le bien et le mal, qui confère une cohérence forte à l’ensemble. Devenu un album historique, Holy Diver doit aussi une part de son succès à sa pochette sombre et mystique, particulièrement marquante à une époque où l’artwork comptait beaucoup.
L’artiste
Le visuel final de cette pochette est l’œuvre de l’artiste Randy Berrett, mais sa création est avant tout le fruit d’un travail collectif. L’idée originale revient à Wendy Dio, compagne et manager de Ronnie James Dio à l’époque, qui imagine un démon noyant un prêtre. Dio souhaite alors donner à cette scène une dimension quasi mythologique, digne d’une peinture classique.
Pour donner forme à cette première vision, Dio sollicite Gene Hunter, musicien de son entourage, reconnu pour ses talents de dessinateur. Il propose une illustration représentant un prêtre enchaîné à une croix, suspendu tête en bas dans l’eau. Cette idée a finalement été écartée car jugée trop caricaturale.
Pour passer du croquis à l’image finale, Dio se tourne vers le photographe Gene Kirkland, icône de la photographie rock des années 1980-1990, ayant collaboré avec Guns N’ Roses, Metallica ou Judas Priest. Une séance photo est alors organisée : un homme, vêtu d’une combinaison de plongée et enchaîné, est immergé dans une étendue d’eau. Kirkland reçoit pour consigne de ne pas intervenir durant la prise de vue. L’anecdote raconte que le modèle se serait réellement retrouvé en difficulté, frôlant la noyade avant d’être secouru.
C’est pourtant à partir de ce cliché que Randy Berrett réalise l’illustration définitive de Holy Diver. S’il signe ici l’une des pochettes les plus sombres et iconiques de l’histoire du metal, Berrett est surtout connu pour son travail au sein du studio Pixar, où il a travaillé sur Toy Story 2 (1999), Le Monde De Nemo (2003) ou encore Ratatouille (2007). Un contraste saisissant avec l’univers ténébreux et menaçant de Holy Diver, qui nous entraîne dans les profondeurs obscures d’un imaginaire aussi fascinant qu’ambigu.
La cover

Revenons à présent plus en détail sur la cover. Dans un décor montagneux aux roches acérées, la nuit s’étend dans une lumière orangée tandis qu’une lune gigantesque se dessine dans un ciel chargé de nuages gris. Ce cadre, digne d’une scène du jugement dernier, met en scène un duel dramatique entre un prêtre et un démon.
Au sommet des montagnes trône la figure imposante du démon Murray qui devient la mascotte du groupe. Mi-homme, mi-félin, Murray est menaçant : ses yeux rouges flamboyants, ses cornes, sa musculature impressionnante et ses griffes acérées accentuent son aura. Sa main droite reproduit le geste des cornes popularisé par Dio dans le metal, tandis que sa main gauche semble lancer une chaîne métallique comme un lasso en direction du prêtre au premier plan.
Le prêtre est enchaîné et semble totalement piégé. Submergé par des vagues agitées, son regard dirigé vers Murray exprime terreur et désespoir. La chaîne qui les relie se brise au centre de l’image, symbolisant une rupture entre les deux personnages.
Mais comment en est-il arrivé là ? Le mérite-t-il ? Et que va-t-il se passer ensuite ? Si, à première vue, la position dominante du démon suggère sa supériorité, certaines interprétations laissent entendre que c’est en réalité le prêtre qui entraîne le démon vers les profondeurs. Cette ambiguïté n’a jamais été clarifiée par Dio ou Berrett, laissant au spectateur la liberté d’interpréter la scène.
Une chose est certaine, cette cover propose une critique crue des abus liés à certaines dérives de la religion chrétienne et condamne sévèrement les prêtres coupables de tels crimes. Mais la double lecture de l’image laisse place au doute et peut-être que l’objectif est de déstabiliser le spectateur. Une maxime souvent répétée par Dio résume bien cette philosophie : “Never judge a book by its cover” (ne jamais juger un livre à sa couverture). Il y sous-entendait que les choses ne sont pas toujours ce qu’elles paraissent et qu’il faut parfois plusieurs lectures pour en saisir la véritable signification.
Holy Diver, le “plongeur sacré“, est un album qui a marqué l’histoire, tant par sa musique que par la voix vibrante de Dio, mais aussi par sa pochette flamboyante. Elle plonge l’auditeur dans une parenthèse infernale où les dérives de l’Église sont sévèrement punies par des créatures démoniaques, dans un cadre digne de L’Enfer de Dante. L’illustration capture l’essence même de l’album, transformant cette cover en une œuvre légendaire qui continue de hanter les esprits et de fasciner les fans.






