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ROCK EN SEINE 2026 – Jour 4 (29/08/26) – Samedi pluvieux, samedi metalleux

Nick Cave la veille, The Cure le lendemain, et entre ces deux monuments, un poids lourd du metal pour cette tête d’affiche du samedi : Deftones. Et du metal, il va y en avoir à toutes les sauces pour cette quatrième journée à Rock En Seine. L’affiche du jour pourrait-elle réconcilier les métalleux avec Rock En Seine ?

C’est sous un léger crachin que l’on se fraie un chemin jusqu’au verdoyant Domaine National de Saint-Cloud. Les pluies des jours précédents ont détrempé les pelouses, maculées de boue et parsemées de flaques d’eau. Premier constat : les T-shirts, casquettes et autres accessoires estampillés Hellfest sont nombreux. Et si nous ne sommes pas à Clisson, beaucoup de groupes programmés aujourd’hui ont déjà foulé les scènes du Hellfest.

Novelists

C’est justement le cas de NOVELISTS, fer de lance du metalcore français. Mené depuis 2023 par Camille Contreras, le set des Parisiens s’articule autour de CODA, dernier album en date. Le quintette a gagné au change : la polyvalence de la chanteuse, qui oscille entre chant clair et chant guttural, est impressionnante.

Si les gros breaks et les effets pyrotechniques mettent l’ambiance, le son inégal et la pluie dressent une dernière marche qu’il sera dur de franchir pour profiter pleinement de ce moment. Le feat sur “Heretic” avec Flo (LANDMVRKS) et la joie communicative du groupe sauvent la mise. Le groupe jouera les prolongations le 23 avril 2027, au sec, à l’Olympia.

AFI

Pas question d’évacuer, car c’est un autre groupe que l’on ne s’attendait pas à voir à Rock En Seine qui s’apprête à fouler la scène Boursobank. Et pour cause, AFI n’a pas joué en France depuis… 2007 ! Même si le fond de scène est aux couleurs de Silver Bleeds The Black Sun, sorti l’an dernier, les vétérans du punk hardcore proposent une setlist best of. Du punk hardcore des débuts aux hymnes émo gothiques de Sing The Sorrow (2003) et DECEMBERUNDERGROUND (2006), en passant par les textures rock alternatif de Burials (2013), les Californiens revisitent leurs différentes époques sans temps mort.

On songe parfois à Depeche Mode, avant de penser à blink-182 sur le titre suivant : l’expérience est aussi kitsch que jubilatoire ! Et si le gap générationnel se fait sentir dans le public, cela n’entache pas le plaisir de Davey Havok (chant) et de ses compères, qui bouclent cinquante minutes de set vibrant sur la très attendue “Miss Murder”.


LANDMVRKS

Le metal a-t-il sa place sur la Mainstage de Rock En Seine ? Si Deftones apporte un début de réponse, la présence de LANDMVRKS clôt le débat. C’est sur le phrasé rap de “Creature” que les Marseillais attaquent en grande pompe leur heure de set. À chaque extrémité de la scène, une grande caryatide enserre les musiciens dont le metalcore teinté de hardcore et de rap a dépassé nos frontières depuis longtemps.

Si le son est massif, la basse déborde un peu du mix. Mais ce détail semble vite anecdotique face à l’énergie que Flo (chant) et sa bande mettent dans le set pour embarquer un public déjà conquis, que ce soit pour chanter à l’unisson “Death” ou pour participer au plus gros braveheart de cette édition (voire de l’histoire du festival ?) sur la remuante “Sulfur”.

Si LANDMVRKS est souvent acclamé pour ses prestations, c’est aussi parce que le combo sait marcher sur un fil ténu avec des amplitudes qui prennent tout leur sens en live. L’enchaînement “Suffocate” et “La Valse du Temps”, lors duquel Flo alterne entre chant clair parfaitement maîtrisé et growls d’une profondeur inouïe, en est certainement le meilleur exemple. Peut-être la meilleure prestation de ce samedi.

Grandma’s Ashes & Amyl And The Sniffers

Avec quatre scènes, les dilemmes sont forcément nombreux à Rock En Seine. Et avec près de 40 000 festivaliers ce samedi, passer d’une scène à l’autre est un périple dont l’arrivée est incertaine. Après avoir assisté au début du set du trio féminin GRANDMA’S ASHES – dont le heavy rock nous avait fait forte impression lors de la cérémonie Les Foudres –, notre devoir nous rappelle qu’à l’opposé, un autre groupe a pris possession de la Mainstage.

Depuis sa prestation très remarquée à Rock En Seine 2023, l’ascension d’AMYL AND THE SNIFFERS semble ne connaître aucune limite. Fidèles à leur réputation, ils livrent un set furieux, sans temps mort et dans un esprit garage punk qui contraste avec la relative jeunesse du groupe. Il faut dire qu’Amy Taylor est aussi magnétique que charismatique dans son rôle de leadeuse : elle multiplie les sauts et les déhanchés sans jamais s’essouffler. Jamais deux sans trois ?

Turnstile

S’il y a bien un phénomène aujourd’hui, c’est TURNSTILE : deux Grammy Awards, un Zénith quasi complet et, la veille, la sortie de NEVER ENOUGH: VERSIONS, relecture intégrale de leur dernier album par des artistes allant de… Elton John à Dying Fetus. Quelle plus belle illustration que de rassembler les artistes et les gens ? C’est justement ce qui se passe ce soir devant la scène Boursobank, qui déborde sur les côtés et peine à contenir l’armada de fans venus en nombre pour assister à ce concert tant attendu.

Avec quelques minutes de retard, le chant des oiseaux résonne et “Birds” explose au vol. Le rouleau compresseur de Baltimore débarque, mené par un Brendan Yates surexcité au chant. Malgré un succès récent plus mainstream, Turnstile n’oublie pas son passé plus hardcore et distille habilement des morceaux de GLOW ON entre des titres plus fédérateurs (“Never Enough”, “SOLE”). À tel point qu’on ne sait plus vraiment sur quel pied danser, et à vrai dire, ni sur quelle danse bouger : les slams, pogos et circle pits ne se font pas prier. Malheureusement, le set subit quelques temps morts entre les chansons qui cassent un peu le rythme et la magie.

Comme à son habitude, Turnstile met en lumière ceux qui font vivre la Turnstile Love Connection : les fans. Derrière les Américains sont diffusés en direct les visages heureux, jeunes et moins jeunes, des fans, captés au plus près par des caméramans plongés au cœur du public. Un joli message de communion et d’amour universel qui, en plus d’une prestation intense mais toujours bienveillante, fait beaucoup de bien en ces temps troublés. La prochaine fois, gageons que Turnstile sera sur la scène qu’il mérite : la Mainstage.

Deftones

Pour assister à DEFTONES, il nous a malheureusement fallu écourter le set de Turnstile. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que grand bien nous en a pris puisque les gars de Sacramento débarquent en jouant l’intro saturée de “Be Quiet (and Drive)”. Chino Moreno saute partout, monte et descend les marches d’un petit escalier au centre, tandis que ses compères restent statiques, vissés à leur instrument, tout du long.

Le mouvement, il faudra aller le chercher du côté du son et des animations diffusées sur chaque écran latéral de la scène. Tour à tour, la scénographie projette la silhouette hypnotique d’une ballerine, un ouragan analogique, des effets de distorsion visuelle (datamoshing) et des images surréalistes tirées du film La Montagne Sacrée de Jodorowsky. Deftones n’est pas un énième groupe de neo metal qui veut plaire au métalleux moyen : les Californiens invitent plutôt le spectateur à une forme de rêverie contemplative. C’est en tout cas sous ce prisme qu’il faut aborder le concert de ce soir.

La setlist va dans ce sens : des pétales de cerisier sur “Cherry Waves” aux vagues hypnotiques de l’océan sur “Sextape”, Deftones livre une performance puissante mais toujours sensible et aérienne. Et c’est sur scène que l’on comprend véritablement que leur neo metal teinté de shoegaze, genre dont Chino est un grand fan, prend son sens et gagne en ampleur. Car si le groupe n’oublie pas de sortir les muscles (“My Own Summer”, “Rocket Skates”) pour faire bouger les foules, c’est dans cet équilibre fragile que Deftones puise sa force et tire sa singularité.

Après une heure dix de show, les Américains quittent la scène pour revenir asséner le coup de grâce de la journée sur le classique “7 Words”. Si le concert de Deftones reste une réussite sur de nombreux points, reste que le set a manqué un peu de générosité et de spontanéité. La machine est certes toujours aussi bien huilée, mais on était certainement en droit d’attendre un peu plus de la part d’une telle tête d’affiche.

Du metal à Rock En Seine ? Oui !

Alors, Rock En Seine et les métalleux sont-ils réconciliés ? Difficile de répondre autrement que par l’affirmative. Entre l’ascension irrésistible de LANDMVRKS, la communion signée Turnstile et les rêveries saturées de Deftones, cette quatrième journée aura prouvé que les musiques lourdes ont toute leur place à Saint-Cloud. Malgré la pluie et quelques problèmes de son, ce samedi aura tenu toutes ses promesses. Allez, on décrasse les chaussures, car demain on regagne la piste pour une dernière valse avec The Cure !

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