
Pour leur deuxième date parisienne, les Guns N’ Roses ont investi une nouvelle fois l’Accor Arena ce 3 juillet. Avec trois heures de concert, une avalanche de classiques et un Slash toujours aussi impérial, le groupe de Los Angeles a prouvé qu’il avait encore de solides arguments à faire valoir.
Mammoth
La soirée débute avec MAMMOTH, projet mené par Wolfgang Van Halen. Le quintette américain n’a aucun mal à trouver sa place dans un univers finalement très compatible avec celui des Guns N’ Roses. Malgré une salle encore clairsemée, le groupe capte rapidement l’attention d’un public déjà impatient. Solidement ancré dans un hard rock moderne nourri d’influences classiques, Mammoth démontre dès les premiers morceaux l’étendue d’un répertoire aussi mélodique que musclé. Une entrée en matière efficace avant l’arrivée des légendes !
Guns N’ Roses
Dans les rangs de Bercy deux camps semblent cohabiter dans la plus parfaite harmonie. D’un côté les adeptes du mythique haut-de-forme de Slash et de l’autre ceux qui arborent le traditionnel foulard rouge d’Axl Rose. Des familles venues partager ce patrimoine musical aux fidèles qui suivent le groupe depuis ses débuts, toutes les générations sont représentées. Quarante ans après leurs débuts, les GUNS N’ ROSES continuent de rassembler bien au-delà de leur auditoire originel.
Le groupe se fait toutefois désirer (on ne change pas les vieilles habitudes !). Les quelques minutes de retard annoncées finissent par se transformer en une bonne demi-heure d’attente. Heureusement, l’inusable “Bohemian Rhapsody”, désormais incontournable dans bien des playlists d’avant-concert, fait parfaitement office de roue de secours. Bercy tout entière reprend le classique de Queen en chœur, transformant l’impatience générale en un immense karaoké collectif qui ne fait qu’accroître l’excitation avant l’arrivée des légendes de Los Angeles. Et quelle entrée.
“Welcome To The Jungle” reste sans doute l’une des meilleures ouvertures d’album de l’histoire du rock. En faire également une ouverture de concert relève de l’évidence tant l’effet est immédiat. Dès les premières notes, l’Accor Arena explose. L’audience s’agite, chante, même si par la suite l’ambiance demeure plus familiale que véritablement explosive. On n’est pas ici dans la configuration la plus propice aux pogos déchaînés. Peu importe, les Guns N’ Roses viennent de planter le décor avec une efficacité redoutable. La suite enchaîne les classiques sans pratiquement laisser respirer l’assemblée. “Mr. Brownstone”, un impeccable “It’s So Easy”, puis l’incontournable “Live And Let Die”, reprise des Wings qui met tout le monde d’accord et transforme l’auditoire en gigantesque chorale. Parmi les nombreuses pépites exhumées ce soir, impossible de ne pas mentionner “Don’t Cry”. Certes, le morceau fait partie des grands classiques du groupe, mais il n’apparaît pas systématiquement dans toutes les setlists ce qui rend sa présence d’autant plus précieuse. Véritable chef-d’œuvre de la discographie des Guns N’ Roses, cette ballade intemporelle suspend littéralement le temps. Portée par un public qui en connaît chaque parole, elle offre l’un des moments les plus émouvants de la soirée.
You know where you are?
Il faut dire qu’avec trois heures de spectacle, les Américains ont largement le temps d’explorer leur patrimoine. Et c’est bien là toute la particularité de cette tournée. Hormis deux morceaux récemment dévoilés en 2025, “Atlas” et “Nothin'”, le groupe n’a aucun nouvel album à défendre. L’occasion rêvée de revisiter quarante années de carrière à travers une succession de titres devenus mythiques. A titre d’exemple, Appetite For Destruction (1987) est pratiquement joué dans son intégralité avec huit titres sur douze. Également, impossible d’échapper à “Knockin’ On Heaven’s Door”, reprise de Bob Dylan désormais indissociable du groupe, ni à “Sweet Child O’ Mine”, qui soulève littéralement l’Arena dès l’introduction légendaire de Slash.
Car s’il y a bien une certitude ce soir, c’est que les musiciens tiennent la baraque avec une maîtrise impressionnante. Duff McKagan demeure d’une solidité exemplaire tandis que Slash, lui, semble totalement hors du temps. Avec son éternel haut-de-forme et ses lunettes noires, le guitar hero paraît figé dans la légende qu’il a lui-même contribué à construire. Son solo constitue d’ailleurs l’un des grands moments du concert. Une démonstration de virtuosité absolument chirurgicale. Rarement un musicien donne autant l’impression de pouvoir captiver une salle entière par la seule force de son instrument. Un véritable moment de grâce, du miel pour les oreilles.
Quant à Axl Rose, l’interrogation demeurait forcément importante. Les critiques sur ses capacités vocales se sont multipliées ces dernières années et l’on pouvait légitimement craindre une prestation en demi-teinte. Pourtant, le chanteur surprend. Toujours aussi mobile, il arpente la scène d’un bout à l’autre avec une présence intacte et assure l’essentiel avec plus d’efficacité qu’attendu. Bien sûr, trois heures de concert représentent un véritable marathon. Quelques signes de fatigue apparaissent inévitablement dans la dernière ligne droite, notamment sur “Paradise City”, qui pâtit quelque peu de l’usure du temps. C’est probablement là que réside la seule réserve que l’on pourrait émettre. Si une telle générosité force le respect et permet aux spectateurs d’en avoir largement pour leur argent, on peut également se demander si un format légèrement plus condensé ne permettrait pas au groupe de conserver toute sa puissance jusqu’au bout.
Enfin, impossible de passer sous silence le soin apporté à l’univers visuel. Sans révolutionner les codes de la scénographie rock en salle, le groupe propose des projections immersives particulièrement réussies qui prolongent l’imaginaire des chansons interprétées. Mention spéciale au long passage consacré à Use Your Illusion I et II. En fond de scène apparaît alors l’architecture monumentale qui accueille les philosophes de L’École d’Athènes du peintre italien Raphaël vidée de ses personnages et transformée en une sorte de squat couvert de graffitis à l’effigie des Guns N’ Roses. Un clin d’œil particulièrement malin lorsque l’on sait que la pochette des deux albums reprend justement l’une des figures de la célèbre fresque de Raphaël. Une preuve supplémentaire que derrière le gigantisme de leur statut les Guns N’ Roses continuent de cultiver avec soin leur identité artistique et l’ensemble des références qui ont façonné leur légende.
Dans une ultime démonstration, “Nightrain” et “Paradise City” sonnent la fin du spectacle. Oui, le temps a laissé quelques traces. Oui, certaines limites apparaissent désormais plus clairement qu’autrefois. Mais voir Guns N’ Roses en 2026, c’est encore assister à la rencontre de musiciens hors normes et à l’interprétation d’un répertoire culte. Et cela reste quoi qu’il arrive un immense plaisir.






