
Au tournant du millénaire, Machine Head joue avec le feu et finit par se brûler. Après l’ascension fulgurante des années 90, l’échec commercial de Supercharger (2001) place le groupe au pied du mur. Mais la bande à Robb Flynn a su puiser dans ses ressources pour accoucher d’un chef-d’œuvre incontesté : Through The Ashes Of Empires. Une renaissance plus sulfureuse que jamais, portée par une imagerie aussi sombre que rédemptrice. RockUrLife revient sur l’histoire de cette pochette iconique et du disque qui a sauvé Machine Head.
L’album
Sorti fin 2003, Through The Ashes Of Empires n’est pas simplement son cinquième album : c’est celui qui a permis au groupe de reprendre son élan. Après des expérimentations nu-metal, Machine Head revient à ses fondamentaux : un thrash groovy, massif et viscéral.
L’album s’ouvre sur la légendaire “Imperium”. Véritable tornade de riffs de 6 min 40, ce morceau s’impose comme l’une des introductions les plus marquantes des années 2000 et reste, aujourd’hui encore, l’ouverture emblématique de leurs concerts. Entre ambiances inquiétantes, changements de tempo et envolées mélodiques sublimées par l’arrivée de Phil Demmel, le groupe retrouve une fougue que l’on n’avait plus entendue depuis Burn My Eyes.
Pourtant, cette pépite a failli ne jamais voir le jour. À l’époque, le groupe est au plus bas : il essuie le refus de plus de 35 labels après avoir été remercié par Roadrunner Records aux États-Unis. Contraints à l’autofinancement et plongés dans une grande précarité, c’est cette instabilité qui nourrit l’album. Résultat : un disque introspectif et honnête, où la hargne n’a jamais semblé aussi authentique. En transformant leurs doutes en force, Machine Head ne signe pas seulement un classique, mais ils prouvent qu’ils sont capables de renaître.
L’artiste
L’homme qui a su cristalliser visuellement la renaissance du groupe n’est autre que Paul R. Brown, de l’agence Bau-Da Design. Ce n’est pas sa première collaboration avec Machine Head, puisqu’il avait déjà réalisé les visuels de Supercharger et de l’album live Hellalive.


Paul R. Brown est une figure majeure de l’imagerie rock et metal des années 90–2000. Son esthétique, à la croisée du gothique et de l’industriel, a profondément marqué le genre. On lui doit notamment la pochette iconique et controversée de Mechanical Animals de Marilyn Manson, ainsi que celle de DevilDriver de DevilDriver.


La cover

À première vue, la pochette de Through The Ashes Of Empires semble être une photographie capturée dans un instant de solitude. En réalité, il s’agit d’un collage méticuleux de plusieurs clichés pris dans des lieux chargés d’histoire.
L’élément central, un ange semblant veiller sur le destin du groupe, provient d’une statue du Cimetière du Père-Lachaise à Paris. Pour renforcer cette atmosphère gothique, Paul R. Brown a fusionné cette figure avec ses propres photographies de pierres tombales capturées au Cimetière de Bonaventure, en Géorgie, un lieu réputé pour sa beauté mélancolique.
L’impact de cette image ne repose pas uniquement sur son décor funéraire, mais aussi sur un travail de texture particulièrement marquant. Le grain évoque une photographie argentique altérée par le temps, comme si l’humidité et l’oubli en avaient progressivement effacé les contours. Ce que Robb Flynn surnomme “l’album bleu” se pare ainsi d’une teinte froide et intemporelle, renforçant l’idée d’une œuvre qui traverse les époques.
Si l’imagerie peut sembler funéraire au premier regard, elle symbolise avant tout la fin d’un cycle de souffrance après l’échec de Supercharger. Alors que l’industrie semblait leur promettre une disparition certaine, le groupe a su renaître de ses cendres, plus fort que jamais. Dans cette lecture, l’ange devient un symbole de transition : non plus une figure de deuil, mais un gardien guidant Machine Head hors des ténèbres vers une nouvelle ascension.






