Il y a des albums qui écrasent. Et d’autres qui pèsent. Engines Of Demolition fait les deux. Black Label Society ne cherche pas à impressionner ici, ni à prouver quoi que ce soit. Le groupe avance, simplement, mais avec ce poids dans la poitrine qui transforme chaque riff en impact réel.
On entre dans ce disque comme on pousse une porte trop lourde, celle d’un esprit fatigué mais incapable de s’arrêter.
Une mécanique brute traversée de fissures
L’album repose sur cette signature si reconnaissable : des riffs massifs, presque poussiéreux, qui traînent une âme blues au fond de leur lourdeur. Mais cette fois, il y a quelque chose de plus fragile qui s’infiltre partout.
Zakk Wylde ne hurle pas seulement. Il laisse entendre ce qu’il y a entre les cris.
Les morceaux donnent l’impression d’être construits comme des machines : solides, répétitives, inarrêtables. Et pourtant, à l’intérieur, tout grince. Tout semble prêt à céder. C’est là que l’album devient intéressant – dans cet équilibre entre contrôle et effondrement.
Les textes parlent moins de combattre que de tenir. Tenir face à soi-même, face au temps, face à ce qu’on a perdu. Il y a une forme d’usure assumée, presque digne.
Quand la puissance devient confession
Dès l’ouverture avec “Name In Blood”, le ton est posé. C’est lourd, direct, sans détour. Le morceau avance comme une marche forcée, avec cette idée d’identité gravée à jamais. Pas de place pour le doute ici, juste une affirmation presque brutale d’exister coûte que coûte.
À l’inverse, “Better Days & Wiser Times” ralentit tout. Pas seulement le tempo, mais aussi la respiration. Le morceau semble porter une fatigue qui ne se dit pas vraiment, mais qui se ressent dans chaque note. La guitare devient presque lourde à porter, et la voix, elle, se rapproche, se fissure un peu. Il y a cette sensation étrange d’avancer sans direction claire, de continuer malgré tout, sans vraiment savoir pourquoi.
Puis vient “The Gallows”, et là, tout se referme. L’atmosphère devient plus dense, presque étouffante. On a l’impression que chaque accord pèse plus lourd que le précédent, comme si le morceau lui-même traînait quelque chose qu’il ne peut pas lâcher. Il y a une forme de résignation qui s’installe, pas spectaculaire, pas dramatique – juste là, persistante. Comme si certaines décisions nous suivaient quoi qu’il arrive, sans possibilité de retour en arrière.
Et pour conclure tout ça, “Ozzy’s Song” arrive presque comme un silence. Pas un vrai silence, mais un moment où tout se calme suffisamment pour laisser passer autre chose. Ici, il n’est plus question de puissance ou de tension. Juste de mémoire, de lien, de perte. La musique se fait plus fragile, presque retenue, et le solo ne cherche jamais à impressionner. Il semble plutôt chercher ses mots, hésiter, trembler un peu. Et c’est précisément dans cette retenue qu’il touche le plus.
Rien à prouver, tout à porter
Engines Of Demolition ne cherche pas à être spectaculaire. Il est honnête, parfois brutal, parfois fragile, mais toujours sincère. C’est un album qui ne crie pas pour être entendu – il laisse des traces pour être ressenti.
Informations
Label : Spinefarm Records
Date de sortie : 27/03/2026
Site web : blacklabelsociety.com
Notre sélection
- Ozzy’s Song
- Better Days & Wiser Times
- The Gallows
Note RUL
4/5







