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Le metal s’invite à la Sorbonne 


Le 20 mars dernier, une journée un peu particulière s’est tenue à la Sorbonne Nouvelle. Contrairement aux idées reçues, le metal n’est pas qu’une affaire de riffs lourds et de pogos : il constitue aussi un véritable objet d’étude universitaire. Depuis les années 1990, il est au cœur d’un champ de recherche appelé metal studies. C’est dans ce contexte que le GREMSS (Groupe de Recherche en Metal Studies de la Sorbonne Nouvelle) organisait sa toute première journée de conférences, intitulée Images et imaginaires de la musique metal. L’objectif : explorer la richesse visuelle, graphique, cinématographique et littéraire des cultures metal. RockUrLife y était et on vous raconte.

Les metal studies, c’est quoi ?

Avant de plonger dans le détail de cette journée, un détour s’impose : que recouvrent exactement les metal studies ? Il s’agit d’un champ de recherche académique consacré à l’étude des musiques metal et des cultures qui les entourent. Loin de se limiter à une seule discipline, ce domaine mobilise des approches variées, allant de la sociologie à la musicologie, en passant par les études culturelles, la littérature ou encore le cinéma. Autrement dit, ce champ propose d’analyser le metal dans toute sa complexité, en s’intéressant autant à ses sonorités qu’à ses codes, ses publics et ses représentations.

Les metal studies émergent véritablement au début des années 1990 avec la publication de deux ouvrages aujourd’hui considérés comme fondateurs : Heavy Metal: A Cultural Sociology (1991) de Deena Weinstein, et Running With The Devil: Power, Gender And Madness In Heavy Metal Music (1993) de Robert Walser. Ces travaux ont posé les bases d’une réflexion académique structurée, ouvrant la voie à une reconnaissance du metal comme un objet d’étude légitime. Depuis, le champ n’a cessé de s’élargir, intégrant de nouvelles perspectives et de nouveaux terrains d’analyse.


Initialement centrées sur des approches sociologiques et musicologiques, les recherches en metal studies se sont progressivement diversifiées. Aujourd’hui, elles s’intéressent à des enjeux aussi variés que les questions de genre, les problématiques écologiques, les constructions identitaires ou encore les dimensions politiques du metal. Loin de se limiter à son intensité sonore, le metal s’impose comme un espace culturel riche, complexe et profondément conscient des problématiques sociales contemporaines.

Les metal studies sont reconnues à une échelle internationale. Des chercheurs et chercheuses du monde entier contribuent à faire évoluer ce champ, en explorant la diversité des scènes locales, les phénomènes d’hybridation ou encore l’impact du metal dans différents contextes culturels. Pour structurer cette communauté, l’organisation International Society For Metal Music Studies (ISMMS) joue un rôle central. Elle œuvre à la fois à la promotion des recherches sur le metal, à la mise en réseau des chercheurs et à la diffusion des savoirs, notamment à travers l’organisation de colloques internationaux qui rassemblent la communauté académique autour de nouvelles problématiques.

Le GREMSS et la journée d’étude

Dans la continuité de ce mouvement, le GREMSS voit le jour. Né dans un climat marqué par les crises contemporaines, ce collectif académique vise à analyser les dimensions esthétiques, sociales et culturelles du metal. L’enjeu : créer un espace de réflexion permettant de mettre en perspective l’actualité et d’analyser les problématiques contemporaines qui traversent la culture metal.


Intitulée Images et imaginaires de la musique metal, cette journée d’étude proposait une série d’interventions articulées autour de différents objets : clips, pochettes d’albums, films, albums conceptuels ou encore motifs mythologiques. À travers ces études de cas, les intervenants ont montré comment le metal s’inscrit dans des héritages culturels multiples pour produire de nouvelles formes visuelles et enrichir ses imaginaires.

Pour ouvrir la journée, Élise Girard-Despraulex, chercheuse en études cinématographiques et en musicologie, s’est penchée sur les héritages du cinéma expressionniste allemand dans les clips de metal. En s’appuyant notamment sur “Living Dead Girl” de Rob Zombie ou “From the Pinnacle To The Pit” de Ghost, elle a mis en évidence la manière dont certains codes esthétiques (jeux d’ombres, mise en scène du grotesque, atmosphères inquiétantes ) sont réinvestis dans ces productions.

Puis, Jason Julliot, docteur en musicologie, a ensuite proposé une étude croisée entre musique de film et heavy metal. Son intervention s’est concentrée sur la représentation du metal à l’écran, en mettant en lumière les déformations engendrées par des stéréotypes persistants, mais aussi les tensions entre perception extérieure et réalité des pratiques culturelles. 

Dans la continuité, Camille Migeon-Lambert, doctorante en littérature comparée, a exploré la présence du conte dans le metal, tant dans les textes que dans les visuels. À travers des exemples comme “Enter Sandman” de Metallica ou certaines réinterprétations du mythe de “La Belle et la Bête” chez Nightwish, elle a montré comment ces récits traditionnels sont réadaptés pour nourrir de nouveaux imaginaires.

Enfin, Baptiste Pilo, docteur en musicologie et spécialiste du black metal norvégien, s’est intéressé aux motifs pagano-vikings dans cette scène spécifique. En prenant l’exemple de l’album Eld (1997) d’Enslaved, il a analysé la manière dont ces références participent à la construction d’identités culturelles et esthétiques propres au black metal norvégien.

La journée s’est ensuite conclue par plusieurs temps d’échanges avec des artistes visuels et des professionnels de l’image. L’artiste plasticienne Élodie Lesourd, la peintre Sophie Turbé, ainsi que Jesse Daubertes et Adrien Havet (Førtifem) ont partagé leur approche de la création visuelle dans le metal, questionnant notamment la place des artistes graphiques au sein de cet écosystème. 

Puis, un dernier échange réunissant le photographe et réalisateur Corentin Schieb, ainsi que Teddy Masson et Julien Josselin, réalisateurs, est venu prolonger la réflexion autour des liens entre musique et image, et des différentes manières de mettre en scène les imaginaires metal.

Si ce type d’événement reste encore relativement rare en France, il témoigne d’une dynamique bien réelle. Ce vendredi 20 mars a permis de mettre en lumière des acteurs souvent invisibilisés (artistes visuels, réalisateurs, graphistes) tout en célébrant le travail des chercheurs en metal studies. Une manière, aussi, de rappeler que le metal ne se vit pas seulement sur scène, mais qu’il se pense, se construit et se réinvente en permanence.

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Lucie Allet
Tombée dans la marmite du metal dès mon plus jeune âge, je l’aime sous toutes ses formes et j’essaie de transmettre sa passion, sa force et sa sincérité dans mes chroniques.