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Cover Story #36 : Korn – Korn


Dans la première moitié des années 90, le metal est en pleine mutation. C’est dans ce contexte que Korn pose les bases d’un genre devenu mythique : le nu metal. Entre son massif, provocation et introspection, Korn, premier album éponyme, marque les esprits au fer rouge, notamment grâce à sa pochette ultra glauque signée Stephen Stickler. RockUrLife décrypte cette cover pour vous !

L’album 

1994 : Korn débarque avec un son inédit et des survêts Adidas. On oublie les clichés habituels du metal (dragons, guerriers ou imagerie gore classique) pour plonger dans le réel, le dur. Derrière cette esthétique qui casse les codes, on découvre les démons de Jonathan Davis : traumatismes d’enfance, drogues, abus et mal-être profond. C’est cru, c’est sale, et ça résonne directement chez une jeunesse en quête de rupture.

Pourtant, au-delà du choc visuel, c’est bien la musique qui a cimenté le culte. Korn, c’est une machine à tubes qui a marqué toute une génération : “Blind” et son cultissime “Are you ready?!“, la ligne de cornemuse de “Shoots And Ladders”, qui crée un contraste saisissant, ou encore l’efficacité brute de “Divine” et son “fuck you” bien senti. Avec ce premier disque, Korn s’impose comme l’une des figures majeures du nu metal, marquant durablement l’histoire du genre.

L’artiste 

Si cet album a marqué les esprits par ses sonorités inédites, son visuel étrange fascine tout autant. L’homme à l’origine de cette image est le photographe Stephen Stickler. Pour lui, la photographie de musiciens constituait le moyen idéal de fusionner ses deux passions : l’art et la musique. Il a notamment tiré le portrait de Bruce Dickinson, Chris Cornell, Dave Grohl ou encore Gene Simmons. Au cours de sa riche carrière, il a également mis son talent au service du magazine Rolling Stone, de campagnes publicitaires et d’affiches de films, avant de disparaître en 2015.

La cover

Si Stickler a capturé ce cliché iconique, le cerveau derrière le concept n’est autre que Jonathan Davis lui-même. Mais penchons-nous sur ce qui se passe.


Une fillette se balance dans une aire de jeux. Face à elle, une silhouette colossale s’étire sur le sable. On n’en distingue pas le visage, mais l’expression de l’enfant ne trompe pas : cette ombre est menaçante, presque prédatrice. Sa posture, avec la tête légèrement penchée, combinée au fer à cheval qu’il tient, crée un malaise immédiat. Le génie du cadrage, c’est que Stickler nous place, nous spectateurs, directement dans les bottes du croquemitaine.

 Pour rendre l’image encore plus dérangeante, l’ombre de la fillette semble pendue au “K” du logo du groupe, un présage annonçant son péril imminent. Avec ses couleurs désaturées et sa lumière de fin de journée, l’image a l’air d’une archive délavée, ou pire, d’un avis de recherche usé par le temps. D’ailleurs, le dos de la pochette donne le fin mot de l’histoire : la balançoire est vide, agitée par un mouvement presque violent, tandis que des traces de pas s’éloignent vers l’obscurité. Visiblement, pas de happy ending. 


Heureusement, la réalité derrière cette mise en scène est bien plus anodine. Sous cette ombre inquiétante se cache en réalité Dante Ariola, l’un des designers de la pochette. Quant à la fillette, Justine Ferrara, elle n’a subi aucun traumatisme. Elle a même raconté plus tard qu’elle était ravie que Dante se trouve là puisqu’il lui cachait le soleil qui l’éblouissait. Ses parents, jugeant l’image finale trop dérangeante, lui ont d’ailleurs caché la pochette jusqu’à ses 14 ans.

Au final, cette cover est le miroir parfait de l’album : une provocation brute qui fait écho aux thématiques de l’enfance brisée et des traumatismes que Korn allait hurler à la face du monde.

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Lucie Allet
Tombée dans la marmite du metal dès mon plus jeune âge, je l’aime sous toutes ses formes et j’essaie de transmettre sa passion, sa force et sa sincérité dans mes chroniques.