Il y a dix ans, le cirque metal le plus déjanté de Suède investissait le Trabendo. Aujourd’hui, fort d’un succès qui ne cesse de croître, Avatar s’empare de la scène voisine du Zénith pour un show plus grandiose que jamais. Épaulés par Witch Club Satan et Alien Weaponry, les Suédois ont livré un concert-événement qui a retourné la capitale. RockUrLife vous plonge au cœur de ce freakshow monumental.
Witch Club Satan
Il est 19h00. Trois silhouettes étranges, parées de coiffes en crochet, de longues robes immaculées et de corpse paint, s’approprient la scène du Zénith. L’ambiance est au rituel : un chant de gorge hypnotique s’élève avant de basculer vers un black metal qui fusionne tradition et avant-garde. Le trio féminin norvégien ne se contente pas de jouer, il propose une version féministe et viscérale de ce genre extrême. Face à un public entre fascination et perplexité, WITCH CLUB SATAN déploie un set incisif et volontairement provocateur.
Dans une scénographie minimaliste, les trois sorcières instaurent un véritable sabbat, porté par leur black metal brut. À mi-set, elles réapparaissent enveloppées d’immenses chevelures noires dissimulant leurs corps, accentuant l’atmosphère occulte et pesante qui gagne la salle. Lorsque retentit “Black Metal Is Krig”, la bassiste saisit une épée qu’elle utilise comme un archet, tirant de l’instrument des sonorités encore plus dissonantes et tranchantes. Witch Club Satan n’est pas là pour plaire, mais pour faire réagir et éveiller les consciences sur le féminisme à travers une musique crue, nue et sans compromis.
Alien Weaponry
Après ce premier acte assez singulier, la tension monte d’un cran avec l’entrée en scène d’ALIEN WEAPONRY. Mené par les frères Henry (batterie) et Lewis de Jong (guitare), le trio néo-zélandais déploie un thrash metal moderne scandé en maori, la langue de leurs ancêtres. Nouveau rituel, autre puissance : le groupe ouvre son set avec un véritable haka qui pose les bases d’un set détonnant. Les premières notes de “Rū Ana Te Whenua” résonnent, portées par une basse vrombissante et une énergie authentique. Les premiers pogos éclatent alors au cœur d’une fosse déjà bouillante.
L’alchimie avec le public parisien est instantanée. Déjà familière de leur répertoire, la foule offre un accueil triomphal au groupe. Le set, court mais intense, alterne entre classiques et nouveautés, à l’image du titre “Mau moko” issu de leur dernier opus Te Rā sorti en 2025. En trente minutes, Alien Weaponry crée une parenthèse hors du temps où la culture maorie percute de plein fouet l’asphalte parisien. C’est un succès total : la pression ne cesse de grimper et le Zénith est fin prêt à accueillir le quintette suédois.
Avatar
Le Zénith retient son souffle : ce soir est un concert particulier, intégralement filmé. Dans la fosse, les visages grimés en clowns, à l’image de Johannes Eckerström, témoignent d’une chose : le cirque metal a définitivement conquis la capitale.
Soudain, le décor bascule. Le bruit du vent et des vagues envahit la salle. Les premières notes de “Captain Goat” retentissent et la batterie se scinde en deux blocs, révélant les musiciens à bord d’un bateau qui fend littéralement la scène. Les yeux des Parisiens brillent, mais l’accalmie est de courte durée. L’introduction théâtrale cède brutalement la place à la furie de “Silence In The Age Of Apes”. La machine à laver démarre : la fosse explose dans un mosh pit immédiat.
Tout feu, tout flamme
Alors que la puissance monte d’un cran, le destin s’en mêle. Un problème technique stoppe net la machine pendant une dizaine de minutes. Mais l’audience parisienne ne vacille pas. Au contraire : il porte le groupe à bout de bras, redoublant d’acclamations et multipliant les crowdsurfeurs dans un élan de soutien massif. Lorsqu’AVATAR remonte enfin sur la scène, la reconnaissance est mutuelle. Ils lancent alors l’irrésistible “The Eagle Has Landed”, véritable hymne qui transforme l’incident technique en un lointain souvenir.
Si Avatar cultive une esthétique circassienne, le groupe propose un metal alternatif redoutablement groovy et dansant. Le Zénith alterne entre pogos et pas de danse disco sur le nouveau titre “Death And Glitz”. Pour pousser la blague jusqu’au bout, la batterie est accompagnée d’un improbable “homme-cymbale“, ajoutant une touche burlesque à cette mécanique parfaitement huilée.
Le concert prend ensuite des airs de rétrospective. Avatar fouille dans son catalogue et aligne les morceaux comme autant de souvenirs partagés avec son auditoire. Dans la fosse, les fans de la première heure explosent de joie lorsque retentissent “Blod” et “Torn Apart”, deux titres devenus rares sur scène. Puis, dans une ambiance électrique, les cinq membres s’alignent en bord de scène et rendent hommage à l’album Hunter Gatherer avec le rythme martial et robotique de “Colossus”, qui se répand comme une onde de choc dans la salle.
La tornade suédoise s’accorde tout de même une respiration. Un piano glisse vers l’avant de la scène. Johannes, arborant sa “piano jacket“, s’installe pour la ballade “Howling At The Waves”. Dans ce moment de partage intense, il confie avec émotion que le Zénith est la plus grande salle européenne où ils aient jamais joué en tête d’affiche. Il exprime une gratitude immense envers le public français, dont le soutien indéfectible a porté le groupe jusqu’à ce sommet.
The circus has come to town
Entre confettis, flammes et cascades d’étincelles, le Zénith en prend plein les yeux tandis que la température grimpe encore d’un cran. La scénographie, d’une précision chirurgicale, semble tout droit sortie de leurs clips. À chaque changement d’ère musicale correspond une nouvelle identité visuelle, avec costumes et décors spécifiques, transformant la scène en tableau vivant.
Le spectacle franchit un nouveau cap lors du couronnement du “roi du shred“, Kungen. Le guitariste trône fièrement sur son siège royal, flanqué de drapeaux à son effigie, et entame l’époustouflante “Legend Of The King” : huit minutes de démonstration technique pure, de mélodies épiques et de riffs acérés. Un moment de maîtrise qui rappelle que ce n’est pas le roi pour rien.
Dans un élan de communion totale, le groupe enchaîne avec son nouvel hymne, “Tonight We Must Be Warriors”. Après avoir bravé les caprices techniques du début de soirée, les musiciens s’imposent comme de véritables guerriers, menant la foule parisienne avec une maîtrise absolue. Un rideau d’étincelles s’abat alors sur le devant de la scène, plongeant le Zénith dans une ambiance féerique : le spectacle est total.
Alors que la fin approche, l’assemblée refuse de laisser partir la troupe suédoise. Une standing ovation monumentale fait trembler les murs; les mains claquent, les pieds martèlent le sol dans un tonnerre d’applaudissements. Le quintette revient pour un rappel explosif avec “Don’t Go in the Forest”, tube dansant repris à l’unisson par une fosse qui ne veut plus s’arrêter de bouger et qui en redemande.
Pour refermer ce chapitre parisien, Avatar sort l’artillerie lourde. Johannes taquine la foule, évoquant avec humour “l’odeur de freakshow” qui flotte dans la salle, avant de déclencher l’inévitable “Smells Like A Freakshow”. Enfin, c’est l’iconique “Hail The Apocalypse” qui porte le coup de grâce avec son riff hypnotique. Le Zénith est en furie, ne faisant plus qu’un avec le groupe dans un ultime chaos libérateur.
Lorsque les lumières se rallument, une chose est évidente : ce concert marquera les esprits. Malgré l’incident technique du début, le groupe a déroulé un spectacle d’une précision redoutable, mêlant puissance musicale et sens du show. Plus qu’un simple concert, Avatar vient de livrer un concert titanesque à la hauteur de sa légende.







































































