
Deuxième rencontre pour RockUrLife avec Carpenter Brut. L’occasion de parler du nouvel album Leather Temple qui sort le 27 février, en abordant son enregistrement, ses visuels et les différentes influences musicales. Sans oublier un petit clin d’œil à Johnny Hallyday.
On se retrouve 3 ans après notre première interview (pour la sortie de Leather Terror) pour la fin de la trilogie avec Leather Temple, prévu le 27 février 2026. On avait discuté à l’époque du fait que tu avais déjà en tête que ce soit quelque chose d’hyper futuriste et que tu savais que ça se passerait en 2077. Est-ce que durant ces 3 années pendant lesquelles tu as préparé, enregistré et composé l’album, ton idée a évolué ? Ou est-ce que tu es resté sur ta ligne directrice ?
Carpenter Brut : Non, c’est resté le point de départ. Ce qui a changé et ce qui s’est étoffé, ce sont les noms des persos par exemple. On en avait déjà 2-3 en tête. En fait, le seul truc qui me manquait finalement, c’était les morceaux.
Je savais que ça serait plus électro de toute façon. Finalement, un peu décevant, j’étais déjà dans ce délire-là depuis le début. (rires)
Quand j’ai une idée qui me plaît, généralement, je m’y tiens. Ça évite de tout remettre en question tout le temps parce qu’il y a de la production, il y a du graphisme, il y a des clips… Pour parler des clips, on en a un qui a été commencé il y a un an et demi, il est à peine fini. Donc, si tu changes d’idée en permanence, les mecs vont faire : “mais on fait quoi en fait ?“. Grosso modo, il manquait juste les scènes à faire, mais l’histoire, on l’avait déjà.
La dernière fois, on avait discuté du fait que tu t’inspirais aussi beaucoup de tout ce qui était films d’horreur. Là, on arrive sur un album qui est rétro-futuriste avec un personnage appelé Lita Connor. Tu t’es refait les films Terminator pour préparer l’album ?
Carpenter Brut : Souvent, quasiment à chaque fois, c’est ma femme qui trouve tous ces trucs-là. Elle est très littéraire. Mais comme on avait sur les précédents albums Bret Halford qui est un mélange de Bret Michaels et Rob Halford, on a refait pareil avec Lita Ford et Sarah Connor.
Sarah Connor, surtout dans le truc post-apocalyptique, c’est un peu la patronne. Et puis tu as Sigourney Weaver avec le personnage de Ripley. Comme pour les personnages précédents, j’aime mélanger les noms et les univers.
Il y a un côté très post-apocalyptique aussi, avec des influences de Mad Max.
Carpenter Brut : En fait, les pauvres, les gueux, tout ça, ils vivent un peu dans une ville qui est faite de bric et de broc. Mad Max, c’est ça. C’est les mecs qui vivent là où ils peuvent, là où il y a un filet d’eau. C’est un mélange de Blade Runner, Mad Max, du jeu Cyberpunk 2077, tout ce qui me plaît en fait.
Je crée vraiment un monde avec les références que j’aime. Tu sais, quand tu es petit, tu te dis : “putain, j’aimerais bien vivre dans ce monde-là“. Malheureusement, on ne peut pas.
Ça dépend.
Carpenter Brut : Si c’est Soylent Green (le film Soleil Vert) par exemple, on y viendra.
En fait, t’essaies de te mettre dans une safe space qui te plaît. Même Mad Max, c’est un monde qui me plaît. En tout cas, ça me rappelle des bons trucs.

Revenons à l’album. Parlons du clip de “Leather Temple” fait par Dehn Sora qui illustre tout ce que tu disais : le côté ville de ferrailleurs mais également hyper moderne et rétro-futuriste.
On imagine que c’est toi qui as amené tes idées. Après, tu as laissé l’artiste mettre ça en image, tout simplement ?
Carpenter Brut : Oui, on est parti du… Je dis “on” parce que c’est vraiment une collaboration avec ma femme, mais on est parti de l’histoire de l’humanité, les pauvres contre les riches.
Visuellement, tu peux jouer sur quelque chose de très excitant pour l’œil. C’est à la fois le monde de Mad Max et le monde de Ready Player One, avec les gens qui vivent tous dans des containers.
Ça nous y a fait penser aussi. Avec les néons qu’on retrouve aussi dans la course de voitures.
Carpenter Brut : Exactement. Pour revenir à ta question sur l’image de l’album et du clip, on peut parler du design de la tour qui a été fait par les Fortifem. On avait déjà dessiné les affiches à l’époque, représentant le temple. J’avais en tête le temple dans Blade Runner. Finalement ils ont dessiné un immeuble et je trouve que ça s’intègre très bien.
On a tous quasi les mêmes références. Je les laisse faire. On leur donne un maximum d’infos, on leur donne des photos et ça se fait tout seul finalement. On a tous vu les mêmes films.
Parles-nous de la pochette d’album qui a été faite par Fortifem. Comment s’est passée la collab avec eux ?
Carpenter Brut : Comme à chaque fois, parfaitement.
Depuis le Day One, c’est les meilleurs. Tous les gens avec qui je travaille sont les meilleurs (rires).
Quand tu mets les 3 pochettes de la trilogie, ça fait le corps de Bret Halford.
Avec la dernière pochette on voulait faire comme un rideau de théâtre qui s’ouvre sur le dernier acte. Il y avait des espèces de câbles sur tous les côtés de la pochette, et ça rejoint l’idée d’un personnage qui est coupé avec le bas de la colonne vertébrale.

Avec Leather Temple tu signes la fin de la trilogie entamée avec Leather Teeth. Comment tu envisages la suite ?
Carpenter Brut : En tant qu’artiste, quand tu restes pendant 8 ans sur le même univers, l’idée, c’est de ne pas se tromper dès le début. Tu sais que pendant 8 ans tu vas te taper le même personnage. (rires)
On avait quand même bien choisi la trame globale. Là, on a joué un peu un tour de passe-passe pour arriver dans le futur. Sinon, on allait arriver en 2000. Qu’est-ce que je fais en 2010 ?
Il y a le nu metal.
Carpenter Brut : Ça veut dire qu’il fallait que je fasse un album de Limp Bizkit. J’aime bien, mais je ne sais pas faire, je laisse Limp Bizkit faire ça (rires).
Donc on va dans le futur, ce sera beaucoup plus simple. Ça me permettait d’utiliser de l’électro comme trame musicale. Un peu à la Chemical Brothers, Prodigy. Ça me rappelait aussi Wipe Out sur PS1.
C’est vrai que l’album est plus électro vis-à-vis du précédent. Mais il y a aussi un côté plus joyeux. Il y a une nuance d’espoir jusqu’au dernier titre.
Carpenter Brut : C’est la rébellion. C’est un peu comme A New Hope dans Star Wars. Je ne me compare pas à ça, mais instinctivement, le 2 était censé être sombre.
Celui-là n’a pas vocation à être sombre. C’est un peu comme le 3ème épisode Star Wars. Il y a les Ewoks, c’est mignon. (rires) C’est la fin, on sait qu’ils vont gagner. C’est beaucoup plus combatif. Comme toute histoire, soit tu la finis bien, soit tu la finis mal. C’est mieux que les histoires finissent bien, puisque dans la vie, elles finissent toujours mal.
Autant raconter un truc positif.
Même si ça ne se termine pas bien ?
Carpenter Brut : Ça ne se termine pas bien pour Bret Halford. Ça se termine bien pour tous les gens. Jusqu’à la prochaine guerre. C’est un peu comme la révolution française. L’épisode se finit bien. Il y a une bataille gagnée, c’est la fin d’un cycle.

Avant un nouveau cycle ?
Carpenter Brut : Non, là, c’est bon. Il y a d’autres trucs que j’ai envie de tester. J’ai envie de repartir dans un truc un peu plus horrifique. Fin 19e siècle, un peu gothique. Un peu dans le style des photos de Joel-Peter Witkin. Ce photographe fait des natures mortes avec des morts. C’est fascinant. Un truc un peu gothique, victorien.
Je ne sais pas comment musicalement ça devrait sonner. En tout cas, l’environnement me plairait bien.
En attendant tout ça, il va falloir défendre ce nouvel album ! La tournée s’est très vite remplie.
Carpenter Brut : Paris et Lyon sont complets. Le but n’est pas de faire des sold out partout. Mais l’idée c’est d’y arriver. Tout ce qui est Allemagne, Belgique, ça vient petit à petit.
On est surpris à la fois de la vitesse en France et de la lenteur à l’étranger. On est surpris parce qu’on a en tête la dernière tournée de 2022 où c’était comme si, comme ça… Là ça nous surprend car c’est complètement différent.
On a quelques dates en Europe pour l’instant. Après, on part aux Etats-Unis.
Je pense que les morceaux vont bien passer en live. Ils sont faits pour aussi.

C’est hyper dynamique et c’est fait pour danser.
Carpenter Brut : Parfois en concert je jouais un morceau et je me disais que ça manquait de morceaux un peu plus directs.
Quand j’ai composé le dernier album, j’étais dans cette idée de remplir les moments plus creux des concerts, où on a besoin d’un morceau efficace et “in the face“. Un morceau qui trace. Couplet-refrain, break-refrain, terminé, salut.
Je pense que je les ai maintenant. L’intro de l’album, c’est aussi l’intro du concert.
Elle a un côté très gothique.
Carpenter Brut : L’orgue est très funèbre. Je voulais que ce soit solennel, comme un temple. Comment ça sonne un temple ? J’ai demandé à mon pote Gérald Villain qui est organiste. C’est un génie technique, musical, et c’est lui m’a aidé sur cet album. J’avais envie de mettre de l’orgue mais c’est un instrument complexe. Lui, c’était son métier. C’est lui qui m’a aidé à retravailler ce que j’avais composé pour l’introduction. Je voulais partir du Don Giovanni de Mozart, quelque chose qui te donne la pêche, qui te saisit au niveau des émotions dès les premières notes. Quand je commence mon concert, je veux que ce soit pareil : que les gens s’arrêtent et se disent “ça démarre“.
Hormis ça, et le dernier morceau, tous les autres, je peux les jouer en live car les tempos sont rapides et énergiques.
C’est ce qui diffère avec l’album précédent. C’est plus enlevé, plus pêchu.
Carpenter Brut : L’album d’avant, c’était la B.O. de films type Ghostbusters, avec les musiques de film et les morceaux plus pop de l’époque. Là, j’ai fait une musique instrumentale, type B.O. de Daft Punk avec le film Tron.
D’ailleurs tu n’as pas du tout de duo sur cet album.
Carpenter Brut : C’était une volonté dès le départ. C’est beaucoup d’énergie. Tu ne sais jamais ce que l’artiste va te renvoyer. C’est beaucoup d’allers-retours avec le chanteur (ou la chanteuse), en sachant que je ne suis pas leur priorité alors que c’est la mienne. Je l’ai fait, mais cette fois j’avais envie de faire mon album dans mon coin, de tripper tout seul et ne déranger personne. Ça s’est bien passé, à part quand je suis en panne d’inspiration. (rires)
J’ai une cinquantaine de morceaux commencés pour cet album quand même.
Il y a beaucoup beaucoup de merdes. J’ai dû te dire ça déjà à l’époque de la première interview : tu commences un morceau que tu laisses tomber. Tu le reprends deux ans plus tard, l’idée de base était sympa mais le reste était nul. Maintenant deux ans plus tard, tu as du recul pour isoler ce qui est bien de ce qui est mauvais. C’est le regard que tu as quand tu produis un autre artiste, tu arrives à identifier ce qu’il faut dégager. Ce recul là, tu ne l’as pas forcément quand tu es seul.
Quand tu n’as pas ce gars-là, c’est toi, mais deux ans après. Tu deviens ce gars, ce producteur, quand tu reviens sur tes morceaux après les avoir laissé maturer dans leur coin pendant deux ans.
Tu as repris des choses que tu avais laissées de côté pour ce nouvel album ?
Carpenter Brut : Celui que j’avais laissé de côté, c’était “Start Your Engines”.
A écouter en voiture c’est un super morceau.
Carpenter Brut : Il est fait pour rouler vite. (rires) C’est un morceau qui était assez ancien. Sur le reste de l’album ce sont des morceaux assez récents. Le dernier en date, c’est “Iron Sanctuary”. Celui-là, je l’ai fait un peu comme j’ai fait “Turbo Killer” : je l’ai fait en 3 semaines.
Avant “Iron Sanctuary”, on était à 9 morceaux. Je me suis dit qu’il manquait un truc.
J’ai dû reprendre un truc dans la liste des 50 morceaux. J’ai gardé le son, mais j’ai changé la mélodie. Ce n’est pas du remplissage, mais je trouvais que c’était plus logique d’avoir un album à 10 morceaux qu’à 9. Entre l’intro et l’outro, tu te retrouves avec 7 morceaux.
Il en manque un huitième. C’est un peu bancal.
Ça fait penser au vinyle. Il faut qu’il y ait un shift.
Carpenter Brut : Nous, on a eu de la chance car c’est “Iron Sanctuary” qui commence la phase B. On finit par “Neon Requiem”.
Je me souviens de cette phrase du chanteur Fishbone. “Si je te fais un morceau de metal, ce sera le meilleur morceau de metal de la planète. Si je te fais un morceau de funk, ce sera le meilleur morceau de funk.” Ça me fait marrer parce que ça n’a jamais été le cas. (rires) Je me suis dit que si je devais faire le meilleur morceau de synthwave. D’autant plus que je n’en fais pas de synthwave. Mais c’est mon morceau de synthwave à moi.
Tu peux poser un couplet dessus, un refrain. Ça s’y prête parfaitement.
Carpenter Brut : Tu veux dire chanter ? Oui, c’est parfait. Tout le monde peut chanter dessus. C’est le but.
Parlons de ta prochaine date de concert : le 21 mars à l’Olympia.
Carpenter Brut : J’aime bien cette salle, elle est de bonne taille et c’est un vrai plaisir d’y jouer. Le Zénith, c’est cool, mais c’est un autre métier et un autre concert. Si tu veux vraiment faire la salle en sold out, c’est 6000. La dernière fois, on avait fait 4007 spectateurs au Zénith. Mais l’Olympia je trouve que c’est pas mal pour commencer une tournée. Johnny Hallyday y a joué, donc ça me suffit.
Ce sera donc pour nos lecteurs fans de Johnny Hallyday.
Carpenter Brut : D’ailleurs ça me fait penser à une anecdote : à Cannes on lui avait demandé quel était son film préféré et il avait répondu Massacre A La Tronçonneuse. C’est aussi mon film d’horreur préféré. C’est le film le plus parfait, horrifique. La folie pure.
Johnny Hallyday lui aussi kiffe ça ! Même dans les films d’horreur, il y en a un million d’autres que tu peux citer. Il est génial. Jojo forever.
Un point commun avec Johnny ! Dernière question : Qu’est-ce qui rock ta life ?
Carpenter Brut : Je déteste la question car j’ai peur que ma réponse ne soit pas intelligente. (rires) Qu’est-ce qui rock ma life ? Le temps. Il ne faut pas perdre trop de temps. Sinon, les pâtes carbo et les sushis ! (rires)

Site web : carpenterbrut.co




