
Mercredi 18 février nous avons répondu présent au rendez-vous quasiment devenu annuel que nous donne Peter Doherty dans la capitale. À l’Olympia en plein cœur de Paris, le dandy britannique s’est produit avec ses musiciens pour promouvoir son nouvel album Felt Better Alive (2025), mais pas seulement. Un show spécial plein de surprises attend le public parisien, parole de Peter !
Junior Brother
La soirée débute avec JUNIOR BROTHER, que les plus assidus se souviennent avoir déjà découvert en première partie de Peter Doherty au Trianon en avril 2024. Cette fois, le songwriter irlandais ne se présente plus seul. Là où il arpentait la scène accompagné uniquement de sa guitare et de son tambour actionné au pied, il est désormais entouré de deux musiciens : l’un à la mandoline, l’autre au tin whistle (flûte irlandaise).
Originaire de Killarney, Junior Brother puise dans une veine profondément ancrée dans la tradition folklorique irlandaise, qu’il mêle à une intensité proche du mystique. L’ajout de ces deux instruments traditionnels donne une ampleur nouvelle à ses compositions, les arrangements gagnent en relief et en profondeur transportant ainsi l’Olympia dans un univers très singulier entre landes celtiques et incantations contemporaines. Toujours aussi habité, la voix puissante du musicien capte progressivement l’attention d’un public d’abord curieux, puis totalement conquis par l’originalité de ce set. Une entrée en matière immersive, qui installe d’emblée une atmosphère à part.
Real Farmer
Changement radical d’ambiance avec REAL FARMER, la furie rock venue tout droit de Groningen (Pays-Bas). Le quatuor s’est fait un nom sur la scène post punk européenne avec son premier album Compare What’s There sorti en mars 2024 et salué pour son mélange explosif de punk, de riffs acérés et d’énergie sans compromis. Real Farmer livre un rock nerveux et viscéral où guitares tranchantes et batterie tendue se répondent sans temps mort. Ce set agit comme une décharge d’adrénaline bienvenue avant la tête d’affiche. Une performance qui impose le groupe comme un acte fort de cette soirée déjà riche en contrastes.
Peter Doherty
La salle est déjà en ébullition. Les conversations se mêlent aux premières notes diffusées en fond, les regards scrutent la scène encore dans l’ombre et l’attente s’intensifie. Sur scène la simplicité est totale. Aucun artifice, aucun décor sophistiqué, juste une scène nue qui laisse toute la place à la musique, une esthétique qui reflète bien l’esprit dépouillé de l’artiste britannique dans sa version solo. Mais avant que le rideau ne se lève véritablement sur le show de PETER DOHERTY, une ultime parenthèse s’invite sur la scène de l’Olympia. Présentée comme une amie du chanteur, une certaine Rosslyne apparaît seule guitare en main pour interpréter avec délicatesse “Night Of The Hunter” de The Libertines. Sa silhouette discrète contraste avec la profondeur de sa voix. Sans artifice elle capte l’attention du public avant qu’une salve d’applaudissements ne vienne saluer cette prestation simple mais profondément incarnée.
Quand Peter Doherty entre en scène vêtu de son costume caractéristique et de son chapeau emblématique, l’atmosphère explose en applaudissements. Il entame le set avec “Last Of The English Roses” en lançant des pétales de rose sur scène pour ce classique de son répertoire solo qui pose d’emblée une émotion délicate et fidèle à sa riche carrière. Accompagné de cinq musiciens triés sur le volet, Peter Doherty s’entoure d’une formation aussi solide qu’inspirée. À ses côtés, on retrouve Jack Jones guitariste du groupe Trampolene et fidèle compagnon de route de Doherty (avec les Putas Madres), Mike Joyce batteur mythique de The Smiths, Katia deVidas aux claviers et membre des Putas Madres, Mike Moore guitariste passé notamment par les projets de Liam Gallagher et enfin Mark Neary bassiste et collaborateur de Baxter Dury. Sur scène, cette formation incarne un savant mélange d’héritage rock britannique et de fraîcheur contemporaine. Au-delà de ces curriculums vitae prestigieux c’est surtout une véritable cohésion qui s’en dégage donnant l’impression d’une grande famille musicale réunie autour de Doherty.
Sans temps morts, le concert prend immédiatement de l’ampleur avec “Killamangiro” qui vient électrifier l’Olympia après cette ouverture plus feutrée. Véritable hit des Babyshambles, ce titre réveille la fosse et rappelle que Doherty n’a jamais perdu ce sens brut du rock. Car quand on assiste à un concert de Peter Doherty l’éclectisme est au rendez-vous : le poète anglais puise allègrement dans sa discographie foisonnante. Entre reprises de ses projets passés ou actuels (Babyshambles, The Libertines, The Putas Madres), morceaux solo intemporels et extraits choisis de Felt Better Alive, l’auditoire navigue entre deux eaux. Ainsi, le chanteur n’hésite pas à replonger dans son répertoire personnel avec “I Am The Rain” et “Salome” (Grace/Wastelands, 2009) livrées avec une générosité communicative qui rapprochent immédiatement la scène de la salle. À ces classiques répondent des morceaux plus récents comme “Calvados” ou “Stade Océan”, extraits de son dernier album. Ces morceaux insufflent à l’Olympia une émotion de l’ordre de l’intime tant ils témoignent de l’attachement profond de Doherty à la Normandie, sa terre d’adoption depuis plusieurs années. Entre confidence et célébration Peter Doherty et ses musiciens tissent un pont sensible entre les racines britanniques de l’artiste et son ancrage français, comme une évidence artistique et personnelle.
Special night for Paris
Alors que le concert suit son cours Peter Doherty s’avance vers le micro un sourire en coin avec un petit papier froissé à la main (peut-être une antisèche pour ne pas perdre une miette des paroles à venir ?). Il annonce qu’un ami va le rejoindre sur scène. L’Olympia retient son souffle avant d’accueillir Frédéric Lo sous une salve d’applaudissements. Les deux hommes se retrouvent avec une évidente complicité pour interpréter “The Fantasy Life Of Poetry & Crime”, pièce maîtresse de leur album commun sorti en 2022. Le morceau, devenu un incontournable du répertoire de Doherty, prend ici une dimension toute particulière porté par la présence de son co-créateur. Un moment suspendu qui rappelle à quel point cette collaboration franco-britannique a marqué une étape importante dans la renaissance artistique de Doherty.
À peine le temps de savourer cette parenthèse que la soirée reprend de plus belle. Fidèle à sa réputation, un concert de Peter Doherty ne serait pas tout à fait complet sans une incursion dans le répertoire de The Libertines. Alors quand les premières notes de “Time For Heroes” se dessinent, l’Olympia comprend qu’il est temps de replonger dans l’un des hymnes les plus fédérateurs du rock anglais des années 2000. Mais avant d’entamer les premières notes, une sonnerie de téléphone retentit soudain dans les amplis de l’Olympia. Surprise générale et regards interrogateurs, l’auditoire met quelques secondes à saisir la mise en scène : un clin d’œil évident au groupe de rock français Téléphone, avant que n’apparaisse muni de son emblématique Gibson SG le monument du rock français et figure respectée de plusieurs générations, Louis Bertignac (guitariste de Téléphone) en personne ! La rencontre entre le dandy britannique et l’icône hexagonale fonctionne instantanément offrant ainsi une version totalement inédite du titre phare “Time For Heroes”. Peter avait promis une soirée spéciale, il tient parole.
Alors que le set approche de sa conclusion une évidence flotte dans l’air. On connaît l’admiration profonde que Peter Doherty porte à The Smiths, influence majeure de son écriture et de sa sensibilité mélancolique. Depuis des années il ne cache ni son attachement à Morrissey ni son respect pour le son unique façonné par le groupe mancunien. Et ce soir avec Mike Joyce derrière les fûts (le batteur originel de The Smiths) il est difficile de ne pas espérer secrètement qu’un hommage prenne forme. Notre intuition ne tarde pas à être récompensée. Les premières notes de “How Soon Is Now?” résonnent dans l’Olympia adoptant l’allure d’une messe collective. Doherty s’approprie le titre avec respect en y insufflant sa propre fragilité.
La ferveur ne retombe pas lors du rappel. Après le passage incandescent de “Fuck Forever” des Babyshambles qui fait littéralement bondir la fosse dans une euphorie collective et désordonnée, l’Olympia est encore en apnée. C’est alors que “There Is a Light That Never Goes Out” de The Smiths vient sceller la soirée dans une communion totale entre la scène et l’auditoire. Le titre dépasse la simple reprise pour devenir un moment d’émotion pure. Mike Joyce est visiblement touché par l’accueil réservé à ce classique et remercie à plusieurs reprises le public parisien. On espérait tous entendre au moins un morceau de The Smiths ce soir. Nous en aurons deux, et le sentiment d’avoir assisté à quelque chose de rare.
Finalement, on ressort de l’Olympia le cœur conquis part une performance collective qui a mit en scène un Peter Doherty apaisé et pleinement habité par sa musique. Loin des excès qui ont souvent marqué sa légende, ce concert à l’Olympia offre une image d’un artiste renaissant, sincère et merveilleusement bien entouré. Une soirée d’exception à l’image d’un homme pour qui la scène reste plus que jamais une raison de se sentir vivant.
Crédit photo : Izabela Yalin



















































