
Après 20 ans de carrière, BlackRain poursuit son combat pour maintenir vivants le glam et le sleaze sur la scène française. À l’occasion de la sortie de son septième album, Franky Costanza nous a reçus avec une énergie et une sincérité contagieuses, partageant avec enthousiasme la genèse de ce nouveau disque : direction artistique, tournages ambitieux, anecdotes de studio et regard lucide sur la place grandissante de l’IA dans la création musicale.
Depuis 2019, avec Dying Breed, le motif des goules revient régulièrement. Ces personnages sont devenus vos alter ego, en quelque sorte. Sur cette nouvelle pochette, vous êtes embarqués sur un radeau de fortune sur une mer agitée, qui fait penser au Radeau de la Méduse. D’où vient cette idée du revival metal pirate ?
Franky Costanza (batterie) : Ça fait plusieurs albums qu’on travaille avec le même graphiste, un Indonésien. Swan, le chanteur, qui fait aussi du tattoo, a découvert son travail sur internet un peu par hasard et avait aimé son coup de crayon. Derrière Orphans Of The Light, il y a la symbolique de quatre musiciens qui n’ont pas choisi la facilité en faisant du hard rock et du glam en France, et qui essaient de sortir de l’obscurité pour trouver un peu de lumière. On ne part pas avec les meilleures armes possibles pour faire du rock n’roll dans le monde.
Swan avait pensé à ce clin d’œil au Radeau De La Méduse, mais en version plus crade, avec des squelettes, pour rappeler le style de la pochette de l’album précédent. Ça nous a plu : on aime bien ce côté dessiné, un peu à la manière des pochettes de Maiden avec leurs mascottes comme Eddie.
Puis le look pirate, avec nos bandanas, ça nous correspond bien. Mais c’est vrai qu’en ce moment, pas mal de groupes utilisent cette imagerie. Je pense notamment à Visions Of Atlantis ou à Doro, qui a sorti un clip de pirates à la même période que nous. C’est la mode des pirates ! Nous, on assume complètement et ça nous plaît énormément.

Pour rebondir sur ce que tu dis, est-ce que c’est la musique qui a inspiré cet univers pirate, ou vous vous êtes inspirés de cet univers pour créer la musique ?
Franky : Comme c’est Swan qui compose 90% de la musique, je pense qu’il voulait quelque chose de très fédérateur, avec des chants un peu pirates, façon Maiden, j’y reviens ! (rires) Il voulait une chanson très heavy metal, un peu à l’ancienne. Il y a pas mal de groupes qui ont remis ça au goût du jour, je pense notamment à Powerwolf ou Sabaton, une sorte de revival heavy metal.
“Orphans Of The Light” est le morceau le plus dur de l’album : il y a un peu plus de grosses caisses, il est un peu plus chargé. Je pense que Swan est d’abord parti de la musique, puis y a ajouté une imagerie et des paroles pirates. D’ailleurs, c’est le seul clip qui a été réalisé sur fond vert, et ça a été assez bien fait, je trouve.
Pour continuer à parler clips, vous avez pour projet de sortir 9 vidéos, à raison d’une par mois depuis le mois de juin. Avec tous ces clips, y a-t-il une volonté de raconter une histoire ou s’agit-il plutôt de capsules indépendantes ?
Franky : Ce sont plutôt des capsules indépendantes. En fait, on s’est rendu compte que lorsqu’on sortait un album de façon classique, avec un ou deux clips, beaucoup de titres passaient à la trappe, voire étaient invisibilisés par les deux ou trois singles que les gens consomment à la chaîne. Pour Orphans Of The Light, on a voulu défendre toutes nos chansons en les sortant à un mois d’intervalle, chacune accompagnée d’une belle vidéo. C’est une manière de faire patienter les gens, et ainsi les morceaux ne passent pas inaperçus. Jusqu’à présent, ça a l’air d’être payant, puisqu’on se rapproche souvent des 100 000 vues sur YouTube.
On se rend compte aussi, en concert, que les gens connaissent les paroles. Ça veut dire que les morceaux sont beaucoup écoutés, mieux assimilés, et qu’ils ne passent pas inaperçus. Je ne sais pas si on poussera le bouchon jusqu’à faire quatorze vidéos, mais c’est la première fois qu’on en défend dix sur quatorze titres. C’est énorme ! Aujourd’hui, on sent que c’est important de miser sur YouTube, et pour cet album, c’est un pari réussi.
De notre côté, on a un petit penchant pour le clip des “Méandres de l’instinct”, où l’on retrouve des références cinématographiques au Dracula de Coppola ou à Entretien avec un vampire.
Franky : Oui ! Il y a de gros clins d’œil, plus qu’assumés, au cinéma de genre. On se rapproche parfois de certaines scènes, comme les passages accélérés avec les deux jolies vampires !
Ce qui nous a particulièrement marqués dans ce morceau, c’est que c’est la première fois que vous proposez un refrain en français. Est-ce un cap pour le groupe, une volonté de se renouveler, de tester de nouvelles choses ?
Franky : Ça faisait longtemps que Swan y pensait. Pour être honnête, dans le groupe, on n’est pas très fans du chant en français dans le hard rock ou le heavy metal. Mais là, Swan trouvait que ça s’y prêtait bien et il a voulu tenter le coup. Ça a été assez instinctif. Il avait ces paroles en tête, et la façon de les chanter en français n’est ni kitsch ni ridicule. On a trouvé ça sympa, et les gens retiennent le refrain.
Lors du premier concert qu’on a fait en Suisse, on a vu que le public connaissait tout par cœur, sans trop de gêne (rires), donc c’est que les paroles fonctionnent. Je trouve que c’est mission accomplie, avec ce petit côté gothique romantique.
Vous abordez pas mal de sujets dans l’album. Par exemple, dans “Disagree” et “Farewell”, vous évoquez le ras-le-bol du quotidien, le fait d’être brimé, de ne pas avoir assez de liberté d’expression. Est-ce un sentiment général ou quelque chose que vous ressentez particulièrement dans la musique ?
Franky : C’est exactement ça ! Avec ces chansons, on parle vraiment de notre ressenti global. Aujourd’hui, quand tu dévies légèrement, tu te fais blacklister; si tu sors un peu du rang, on te montre du doigt; si tu dis que tu n’es pas d’accord, c’est pareil. Avec les réseaux sociaux et les médias, c’est compliqué d’être différent. Ce sont des thèmes importants pour Swan, et il y exprime une partie de son ressenti.
En plus de ça, on n’est pas dans le meilleur pays pour faire du glam ! Mais moi, c’est mon style de musique favori : j’ai grandi avec Guns, Mötley, j’ai commencé avec ça et ça restera mon premier amour musical. Ce que je constate avec ce style, c’est que soit les gens adorent à 2000 %, soit ils détestent; il n’y a pas vraiment d’entre-deux.
Pour revenir un peu sur “Disagree”, vous avez l’air de vous être bien amusés pendant le tournage du clip. Mais quel clip a été le plus fun à tourner, ou celui qui vous a posé le plus de défis ?
Franky : Celui sur lequel il y a eu le plus de challenges et de galères, c’est “Crack The Sky”. On l’a tourné en décembre, entre Noël et le Nouvel An, en Haute-Savoie et en extérieur ! Je n’arrivais pas à tenir mes baguettes tellement j’étais gelé. Il fallait jouer par -10 °C, et j’étais complètement congelé. J’étais très content quand il y avait un lance-flammes, ça me réchauffait un peu. (rires) Heureusement, ça ne se voit pas trop sur la vidéo !
Et celui sur lequel j’ai pris le plus de plaisir, c’est aussi ma chanson préférée : “Dreams”, le premier morceau de l’album. C’est un titre ambitieux; je trouve qu’il y a un côté Queen, un peu théâtral, presque opéra rock, avec des lignes de piano et des chœurs. On a tourné le clip au théâtre d’Aix-les-Bains. C’est à la fois gothique et romantique, et j’ai beaucoup aimé.
Question plus pratique : comment se sont passés l’enregistrement et la production de l’album ?
Franky : Ça s’est fait assez naturellement ! On travaille beaucoup à distance puisque Swan habite en Suède, moi à Marseille, et les autres viennent tous de Haute-Savoie, donc on ne peut pas répéter tous les quatre matins. On s’envoie beaucoup d’enregistrements, et c’est Swan le compositeur principal du groupe. Il est extrêmement productif, je n’ai jamais vu ça ! C’est vraiment une machine à composer. L’année dernière, on essayait de terminer un morceau toutes les trois semaines, en avançant de façon progressive.
Si on sentait que le morceau ne prenait pas trop, on le laissait de côté et on avançait sur les morceaux les plus accrocheurs. Quand ils étaient terminés, on les envoyait à mixer à Ness, le chanteur de Kissing Dynamite. Puis on s’est retrouvés avec quatorze titres, un gros pavé ! Mais on estime que les quatorze sont de qualité.
Moi, je suis un membre assez récent du groupe ! Les autres ont un peu d’appréhension, car ça sort un peu de leurs habitudes. Ils appréhendent la réaction du public. Mais je trouve que l’album est contrasté tout en restant cohérent avec les précédents. On n’a pas fait un titre de death metal non plus ! (rires)
Ça reste un album très mélodique. On passe facilement d’un titre heavy comme “Dreams” à des morceaux glam et festifs comme “Madhouse” ou “Come On”, qui peuvent rappeler Poison ou Mötley. J’adore ce mélange !
C’est vrai que l’album est très riche ! Par exemple, tu apportes énormément de breaks plus lourds. Il y a aussi des passages plus punk. Est-ce une volonté de se renouveler pour les 20 ans de BlackRain ?
Franky : Je pense que c’est l’album où ils ne s’interdisent plus les petits interdits. Ils s’autorisent un refrain en français, une orchestration avec du piano, un peu de double pédale, une ballade, un morceau festif, un gros solo de guitare façon Van Halen. Je pense qu’ils se sont dit que c’était le moment de réaliser toutes leurs envies : pourquoi se freiner ? Des fois, il faut juste se lancer !
Question qui s’éloigne cette fois un peu du cœur de l’album : en ce moment, l’intelligence artificielle est partout, et on a l’impression que vous faites partie des résistants. En tout cas, vous n’y avez pas recours, mais comment voyez-vous la chose ?
Franky : J’avoue que je commence à m’y intéresser pour comprendre comment ça marche. Jusqu’à présent, promis, on n’a jamais utilisé d’IA dans les compos de BlackRain ! C’est Swan qui est derrière tout ça. Par contre, on s’en est servi en vidéo : sur la ballade “If This Is Love?”, la demoiselle n’existe pas et ça se voit un peu quand même.
Moi, je suis un peu à l’ancienne école; je découvre les nouveaux systèmes d’écoute. C’est dur de dire “non, je n’utiliserai jamais ça“. Il y a des choses qui nous font peur, par exemple les morceaux 100 % IA qui cartonnent sur YouTube. On espère que le live sauvera les groupes.
Dans le genre de musique dans lequel on évolue, on a besoin d’acoustique, de musiciens et d’authenticité. Heureusement, je vois que la SACEM se bat pour préserver les droits des artistes. Je suis assez partagé sur cet outil, mais je ne veux pas non plus passer pour un réac. De toute façon, une fois que c’est lancé, on ne peut plus l’arrêter.
Merci pour cette réponse authentique et nuancée ! Revenons maintenant sur l’album. Tu es un membre plutôt récent de BlackRain, mais il y a un membre encore plus récent que toi, Jerem G. C’est le premier album sur lequel il compose vraiment. Comment ça s’est passé ?
Franky : C’est un tueur ! Un jeune prodige, vraiment ! Il est très jeune, et c’est incroyable d’avoir ce niveau à son âge. Il est d’une gentillesse égale à son talent, plein d’idées, plein de fougue, et sur scène il défonce tout ! C’est une chance de l’avoir trouvé, surtout qu’il vient aussi de Haute-Savoie. C’est le loup blanc de la région (rires), connu pour son talent, et il est vraiment impressionnant !
C’est vrai qu’il a un jeu très influencé par les années 80 ! Ça correspond très bien à l’univers de BlackRain. Vous reprenez vraiment tous les codes de cette période : le son, l’esthétique, les fringues, les clips. C’est un phénomène qu’on voit revenir au galop dans la pop culture en général. Qu’est-ce que vous pensez de ce revival Eighties ?
Franky : Nous, on aimerait bien que ça revienne encore plus ! J’aime beaucoup le slogan de Ness de Kissing Dynamite, qui dit “Bring Back Stadium Rock“, tous les groupes qui étaient sur les toits du monde à un moment : Guns, Scorpions, ça marchait à fond !
J’avoue que je ne serais pas contre le fait que ce soit plus médiatisé, que ça passe à la télé et que ça regagne en popularité. Ça me plaît beaucoup qu’il y ait des séries dans cette esthétique. Je regarde souvent Wayne’s World, je suis très nostalgique de cette période et je suis un gros consommateur de tout ce qui touche à ces années !
Toujours dans la catégorie Eighties, vous avez sorti une merveilleuse ballade, “If This Is Love”. C’est presque un acte militant de faire une ballade aujourd’hui. Comment, en 2026, écrit-on une bonne ballade ?
Franky : C’est la dernière chanson qui a été composée pour l’album. Pour la petite anecdote, les autres me charrient tout le temps en disant que je suis un romantique, mais j’adore les ballades rock ! (rires) Et Swan est très fort dans ce domaine. “Nobody But You” est une de mes chansons préférées de BlackRain. Pour “If This Is Love”, on a un peu galéré, on sentait qu’on ne l’avait pas tout de suite. Elle a été composée un peu dans l’urgence, mais elle nous plaisait à tous.
Maintenant, la recette pour composer une ballade… il faut demander à Swan ! (rires) Mais je pense qu’il y a de la passion, du talent, et probablement un peu d’expérience personnelle. Je ne suis pas le mieux placé pour en parler à sa place… mais ça a dû être une jolie histoire d’amour ! (rires)
On approche de la fin, mais à quoi peut-on s’attendre pour le live événement qui arrive au Trianon ?
Franky : On veut vraiment célébrer notre dernier album, Orphans Of The Light. Ça va être une sorte de release party. On veut vraiment mettre ce nouvel opus à l’honneur. J’aimerais qu’on joue “Dreams” ! On va proposer une scénographie spéciale, avec des idées très Eighties, comme de gros ventilos à l’ancienne devant ma batterie ! Jusqu’à présent, on jouait dans des salles plus petites. Le Trianon, c’est un gros challenge, et on va donner le meilleur de nous-mêmes pour faire plaisir à notre public.
Dernière question : nous sommes RockUrLife, donc qu’est-ce qui rock ta life en ce moment ?
Franky : Qu’est-ce qui rock ma life en ce moment ?… Je dirais que c’est d’accompagner ma fille au cours de chant. C’est émouvant de la voir chanter et sortir de sa timidité. C’est aussi excitant pour elle que pour moi, et c’est le bon rendez-vous du lundi soir après l’école ! Et je suis sûr que ce sera une future super chanteuse !
Site web : blackrain.fr












