Après dix-sept années portées par la puissance brute de Rival Sons, Jay Buchanan surprend en opérant un virage radical. Avec Weapons Of Beauty, son premier album solo composé en isolement dans le désert du Mojave, il choisit la retenue plutôt que l’ampleur, l’émotion plutôt que le décibel. Et le résultat, loin d’être un simple contre-pied, s’impose comme l’une des œuvres les plus sincères de sa carrière.
Un reset plutôt qu’un prolongement
Habitué à la déflagration rock, Buchanan laisse derrière lui les riffs massifs de Scott Holiday et les frappes martiales de Mike Miley. Ici, la force réside dans la voix, dans la respiration des arrangements country, blues et folk. Enregistré presque en conditions live avec le producteur Dave Cobb, Weapons Of Beauty adopte un langage dépouillé, volontairement fragile. La batterie n’écrase plus, les guitares ne saturent plus : tout sert l’histoire et l’émotion de chaque titre.
La solitude comme moteur
Buchanan l’a expliqué : la solitude du désert du Mojave n’a pas seulement inspiré l’ensemble, elle en est devenue un véritable collaborateur. Ce sentiment traverse l’ensemble du disque, tant dans son écriture que dans ses atmosphères planantes.
Les chansons parlent de perte, de foi, de responsabilité, mais toujours avec une délicatesse désarmante, comme si Buchanan refusait la démesure pour mieux laisser l’émotion respirer. Loin de la confession brute, l’album propose une introspection patiente, presque romanesque.
L’ouverture avec “Caroline” donne tout de suite la couleur : une ballade lente et implacable, où la voix de Buchanan raconte le quotidien de la douleur avec une élégance rare.
Puis viennent d’autres moments forts : “True Black” : gospel discret et lumineux qui a tendance à passer un peu inaperçu vis à vis des autres titres; “Sway”, l’un des grands moments vocaux de l’album, un crescendo magnifique où Buchanan passe du murmure au rugissement bouleversant; “The Great Divide”, titre mid‑tempo irrésistible, porté par une basse souple et des touches bluesy de J.D. Simo. Peut‑être le morceau le plus “pop” du disque et le meilleur.
Une fin qui refuse la clôture
Le morceau titre “Weapons Of Beauty” clôt l’album en affirmant une intention plus large : l’art comme moyen de tenir, de persister, de faire face au monde qui nous entoure.
Jay Buchanan ne prouve pas qu’il peut faire aussi bien sans Rival Sons. Il prouve qu’il peut faire autrement, en revenant à des racines americana qu’il arrive à parfaitement incarner. Sans démonstration, sans surcharge, sans vouloir impressionner, il signe un disque d’une maturité rare, porté par une écriture fine et sensible, une voix qui n’a jamais sonné aussi humaine (loin des démonstrations vocales de Rival Sons) et
une production qui laisse chaque respiration compter.
C’est un album qui écoute autant qu’il parle et qui est porteur d’une puissance évocatrice et émotionnelle indéniable.
Informations
Label : Sacred Tongue Recordings
Date de sortie : 06/02/2026
Site web : www.weaponsofbeauty.com
Notre sélection
- The Great Divide
- Caroline
- Tumbleweeds
Note RUL
4/5







