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THE ODDS @ Le Trianon (31/01/26)

Le 31 janvier 2026, le Trianon vibrait au rythme d’une soirée tournée vers la nouvelle garde de la scène française. À l’affiche, The Odds venus défendre leur EP KIDS (2025) accompagnés en première partie de Diabolo Fraiz pour un plateau où la parité est pleinement respectée (et où ça dépote sévère !). Cette soirée donne à voir l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes qui a parfaitement intégré les codes des réseaux sociaux pour se faire connaître, fédérer et bâtir une communauté solide et engagée. Des fans attachés autant aux morceaux qu’aux personnalités et à l’univers des groupes, preuve que cette scène née ou révélée en ligne n’en oublie pas l’essentiel : l’art du live, loin d’être accessoire qui reste ici central et furieusement vivant.

Diabolo Fraiz

Sélectionné via un concours sur les réseaux sociaux pour assurer la première partie de The Odds, le quatuor 100 % féminin DIABOLO FRAIZ investit la scène du Trianon avec une assurance désarmante : quatre musiciennes derrière leurs micros et une énergie qui flirte avec la colère portée par des textes chocs et revendicatifs. Leur musique hybride et frontale mêle guitares saturées et textures électroniques, jusqu’à leur permettre de lâcher les instruments en cours de set pour venir hurler les paroles à pleins poumons au public parisien.

L’attitude est profondément punk et leur présence scénique terriblement communicative. La fosse répond au quart de tour. Si le groupe est surtout connu pour son premier single “Parées pour la guerre (PPLG)”, un morceau qui “parle à tout le monde, des ados de 14 ans sur TikTok jusqu’à nos grands-mères“. Diabolo Fraiz s’emploie à démontrer qu’il n’est pas qu’un phénomène de réseaux mais bel et bien un projet taillé pour la scène. Entre deux déflagrations, un titre plus posé comme “Lueur” vient offrir une respiration bienvenue, tandis que le groupe cultive un sens du théâtre très singulier, se donnant la réplique pour lancer les morceaux. La reprise de “Banana Split” de la chanteuse Lio et icône féministe prend tout son sens ici face à un public déjà conquis. Le final est à l’image du set : engagé et galvanisant. La bassiste brandit sa basse frappée du slogan “More Women On Stage” symbole d’un combat partagé et d’un plaisir évident à voir un groupe émergent de femmes occuper avec autant d’aisance une scène comme le Trianon sous les applaudissements nourris d’une salle chauffée à bloc.

The Odds

Peu avant l’arrivée de THE ODDS, la fosse du Trianon se densifie à vue d’œil. Ce soir, l’auditoire s’est clairement mis aux couleurs du rock français et surtout à celles du groupe parisien. Partout, des T-shirts frappés du logo des Odds. On comprend vite que ce n’est pas un simple concert mais un rendez-vous entre un groupe et sa communauté forgée autant sur scène que sur les réseaux. The Odds sont issus de cette nouvelle génération qui maîtrise les codes de TikTok et d’Instagram sans jamais perdre de vue l’essentiel : le live. Un petit quart d’heure de retard et quelques sifflets bon enfant puis les lumières s’éteignent. Les silhouettes de Julien, Tarka, Alexis et César débarquent sur scène et “Roi”, tiré de leur dernier EP KIDS ouvre le bal. Premier principe de la recette rock : le son doit être un peu sale. Et ce soir, entre quelques soucis techniques ça grésille. Loin d’handicaper le set, The Odds continue de jouer sans filet. Car en réalité, le rock le vrai n’a jamais été une science exacte.

Rock : Mode d’emploi

Deuxième ingrédient : l’incarnation. “Bastille” enchaîne avec son esprit punk et son texte frontal. Puis arrivent “Trop pour moi” et “Méchant” cette fois ci provenant de leur premier EP Danse Animale (2024) et envoyés comme des uppercuts au public parisien. Mais l’esprit rock, c’est aussi le lâcher-prise, comme un joyeux chaos. Lors du titre “Pourquoi pourquoi” la frontière entre scène et audience s’efface un peu plus. Deux fans montent sur scène pour piquer la guitare de Tarka et la basse d’Alexis, preuve que les chansons sont intégrées par les fans musiciens. Alexis, délesté de son instrument saute ainsi dans la fosse porté par la foule. Car s’il n’a plus de basse, autant faire le show. Héritée de leur passage sur une des scènes du GP Explorer en 2025 (autre passerelle entre culture Internet et scène musicale) cette tradition de faire monter le public sur scène rappelle d’où vient le groupe : une génération qui a appris à fédérer en ligne mais qui n’oublie pas les fondamentaux du live.

Changement de décor avec le titre “Enfant de Lucifer”. Alexis troque l’électrique pour l’acoustique invitant le restant du groupe à s’asseoir au bord de la scène telle une veillée au coin du feu. Le rock sait aussi se faire fragile. “Avant qu’elle ne parte” et “Sans avenir” prolongent cette respiration avant que “Belle histoire” nouveau titre offert en exclusivité au public parisien soit accueilli avec bienveillance par l’auditoire. Dans cette atmosphère encore feutrée, “Parano” s’inscrit naturellement dans la continuité plutôt que dans la rupture. Alexis s’installe seul au piano soutenu par une véritable équipe de supporters qui scandent son nom. Pendant que tous les regards convergent vers lui, César disparaît. Quelques secondes plus tard un faisceau lumineux le trahit, assis au balcon du Trianon chantant au milieu des spectateurs ce single sorti quelques semaines plus tôt. The Odds exploite l’architecture de la salle avec audace transformant chaque recoin du lieu en extension naturelle de la scène.

Et puis il y a l’ingrédient sans lequel la recette rock ne serait jamais complète. Celui qui dépasse le simple cadre du concert pour toucher au réel : la revendication. Après “Drunk on Stage”, César quitte la scène happé par la fosse en ébullition qui le porte à bout de bras tel un porte-voix humain d’où fuse un slogan que toute une génération punk française connaît par cœur, popularisé par les Bérurier Noir dans les années 1980 : “La jeunesse emmerde le Front National” intégré au cœur du titre “Interdit” (morceau qui s’attaque frontalement à la place grandissante du Rassemblement National dans le paysage politique français). En quelques secondes, le Trianon ne ressemble plus à une salle de concert mais à une manifestation improvisée : Voilà le rock dans ce qu’il a de plus essentiel. Bruyant, fédérateur et résolument engagé.

 “Le Détail” annonce la fin du set suivi de près par “Gabriella” leur dernier single révélé au public quelques semaines plus tôt. Les remerciements pleuvent, toute l’équipe rejoint la scène et également des fans des premiers rangs. The Odds cultive ce sentiment de collectif, comme si chacun (technicien, spectateur, ami) avait sa part dans l’aventure. Le vertige du chemin parcouru saute alors aux yeux. Il y a à peine un an, le quatuor jouait devant 500 personnes à La Maroquinerie; ce soir, ils doublent la mise et remplissent le Trianon portés par une ferveur qui ne doit rien au hasard. Plus symbolique encore, leur histoire commune a commencé rue Blanche à quelques rues du Trianon quand ils n’étaient encore que des enfants d’école primaire rêvant de monter un groupe. Boucler la boucle en ces lieux ressemble presque à une évidence. Plus qu’une simple date de tournée, ce concert a des allures de cap franchi pour The Odds qui voit soudain les choses en grand. Une trajectoire d’ailleurs confirmée par son récent sacre de Révélation Pop-Rock RTL2. Difficile de ne pas y voir plus qu’une simple montée en puissance car The Odds prend bel et bien sa place dans le paysage musical français, avec l’assurance d’une relève qui n’attend déjà plus qu’on lui fasse de la place.

The Odds Setlist Le Trianon, Paris, France 2026

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Kaithleen Touplain
Historienne de l'art et passionnée de musique rock à mes heures perdues.