
La Salle Pleyel s’est transformée en théâtre d’émotions brutes, de refrains fédérateurs et de souvenirs partagés. La scène partagée par Taylor Acorn, Mayday Parade et All Time Low promet pour cette date parisienne de la tournée Everyone’s Talking! une soirée placée sous le signe de la transmission, de la générosité et du lien entre générations. Retour sur une soirée où la nostalgie n’est jamais figée, mais bien vivante.
Taylor Acorn
Afin d’ouvrir cette soirée All Time Low confie la scène à TAYLOR ACORN, figure montante du pop punk américain dont la trajectoire récente la place à la croisée d’une nouvelle génération d’artistes nourris par l’héritage emo des années 2000. Accompagnée de seulement deux musiciens, la chanteuse américaine arrive sans artifice sur une scène sans superflu et impose immédiatement un ton direct et frontal au public parisien.
Dès son entrée en scène il est clair que Taylor Acorn ne cherche ni à séduire ni à meubler. Elle enchaîne les titres installant un bloc d’énergie tendu qu’elle maintient tout au long de son set même face à un auditoire encore timide. Elle parle peu (se contente de quelques mercis) et laisse ses chansons faire le travail. Une attitude qui, pouvant créer une distance, renforce l’impact émotionnel de sa prestation.
Sur scène, l’équilibre est minimaliste mais redoutablement efficace. Une voix mise à nu, une guitare tranchante et une batterie qui cogne juste sans basse pour arrondir les angles. Taylor Acorn s’inscrit clairement dans la lignée de ces figures pop punk féminines tels qu’Avril Lavigne ou Hayley Williams période Paramore, capables de porter seules une scène la seule intensité de leur interprétation. Venue défendre son dernier album Poster Child paru en octobre 2025, Taylor Acorn prépare efficacement le terrain laissant une Salle Pleyel désormais prête à accueillir Mayday Parade puis All Time Low.
Mayday Parade
Avec MAYDAY PARADE, la soirée change de texture. Là où Taylor Acorn a tendu la salle, le quintette américain ouvre une brèche émotionnelle. Dès les premiers accords, quelque chose se joue qui dépasse la simple performance live. Dans une Salle Pleyel dont l’architecture intérieure évoque davantage les orchestres symphoniques que les crissements de guitares saturées, le contraste est saisissant.
Le groupe enchaîne les morceaux issus d’une discographie qui a accompagné toute une génération d’adolescents, aujourd’hui adultes, qui semblent être venus combler une part de leur histoire personnelle. Des titres comme “Piece Of Your Heart”, “Jersey” ou “Black Cat” résonnent comme des madeleines de Proust aux oreilles de l’audience parisienne. Reprises en chœur par une assistance qui connaît chaque mot, le chant collectif donne à la salle une dimension presque solennelle, comme si la Salle Pleyel devenait l’espace d’un instant un sanctuaire dédié aux souvenirs partagés. Sur scène, l’énergie est constante. À cinq, Mayday Parade occupe l’espace sans jamais le saturer : ça grouille, ça circule, Derek Sanders saute et vit chaque morceau avec une intensité communicative. Cette agitation contraste avec la retenue naturelle du lieu où ce soir même les gradins par jusqu’à ce que l’on ne distingue plus la fosse du balcon.
En quarante-cinq minutes et dix titres (bien trop courts, tant l’on aurait aimé prolonger le moment), Mayday Parade réussit l’essentiel : faire exister pleinement leur univers et prouver s’il le fallait encore, que ces chansons que l’on écoutait dans nos chambres d’adolescents n’étaient pas qu’une phase. On en tient pour preuve l’interprétation passionnée de l’auditoire pour le titre “Jamie All Over” repris en cœur par une Salle Pleyel maintenant remontée à bloc pour la suite de la soirée. Désolé pour les parents qui pensaient que ça finirait par nous passer !
All Time Low
Quand les lumières se fondent dans le noir et que “Mr. Blue Sky” retentit, la Salle Pleyel se métamorphose en véritable théâtre du pop punk. À l’arrivée fulgurante d’ALL TIME LOW sur “SUCKERPUNCH”, la scénographie emprunte sans détour aux codes du spectacle : lumières ciselées, rideaux rouges, et l’inscription “Everyone’s Talking“, titre du nouvel album que le groupe est venu défendre ce soir à Paris, affichée dans une typographie aux accents cabaret semble être un clin d’œil assumé à l’écrin théâtral qui les accueille. La formation prend possession de la scène comme s’ils étaient chez eux, sourire aux lèvres comme toujours. Dès le second titre, All Time Low dégaine une de ses cartes maitresse “Weightless” issu de son album Nothing Personal (2009) qui met l’auditoire en transe pour la suite du set. Pour rester dans la nostalgie d’une ère déjà bien ancienne (presque 20 ans…) la bande d’Alex Gaskarth enchaîne avec “Poppin’ Champagne”, de quoi ravir les fans de la première heure.
L’épopée pop punk
Avec 22 titres en 1h40, All Time Low ne laisse aucun répit. Ils jouent tant leurs classiques que leurs nouveautés avec l’assurance de ceux qui savent à la fois défendre un nouvel album et célébrer leur héritage. Le public ne se contente pas d’écouter : il connaît les paroles et il s’y abandonne en chantant en cœur. La salle vibre et les corps s’agitent jusque dans les balcons. Et pour ne rien laisser retomber de l’ambiance qui traverse la Salle Pleyel, Alex Gaskarth invite le public à grimper sur les épaules de leurs voisins pendant le titre “Something’s Gotta Give”. La fosse répond immédiatement portée par une énergie débordante et transformant la salle en un joyeux chaos parfaitement maîtrisé.
Dans ce paysage pop punk qui se déroule devant nous, deux moments se démarquent particulièrement. Le retour de Taylor Acorn pour “Remembering Sunday” comme une main tendue entre support et tête d’affiche incarnant ainsi une transition naturelle entre des générations d’artistes. Et puis il y a “The Weather”, interprété sur scène avec le retour de Derek Sanders pour une ultime apparition. C’est cette générosité sur scène qui fait de ce concert concert en véritable moment de partage.
À la sortie, le public parisien repart conquis : il ne s’agit pas simplement d’avoir vu trois groupes mais plutôt d’avoir assisté à la réinvention d’un espace. Taylor Acorn dépoussière les clichés du genre, Mayday Parade infuse une profondeur indispensable pour une soirée sous le prisme d’une nostalgie certaine et All Time Low conclut en apothéose, faisant de cette étape parisienne de la tournée Everyone’s Talking! un moment pop punk vivant, sincère et profondément fédérateur.





















































































