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Cover Story #30 : Ozzy Osbourne – The Ultimate Sin


Après deux années de désintox, Ozzy Osbourne revient plus sombre que jamais en 1986 avec The Ultimate Sin, son quatrième album studio. Péché ultime ou simple mise en scène blasphématoire ? La question se pose dès le premier regard posé sur sa pochette, dominée par une imagerie du mal spectaculaire signée Boris Vallejo. RockUrLife décrypte cette cover aussi provocante qu’amusante.

L’album

The Ultimate Sin divise encore aujourd’hui : encensé par certains, décrié par d’autres, il n’en demeure pas moins l’un des albums d’Ozzy les mieux classés dans les charts. En grande partie composé par Jake E. Lee et Bob Daisley, l’album porte toutefois la marque d’un contexte tendu : Daisley est évincé du groupe avant la finalisation du projet et ne sera jamais officiellement crédité sur le disque.

Malgré les tensions internes, The Ultimate Sin s’impose comme un album majeur. Ozzy y affiche une voix plus maîtrisée que jamais, tandis que Jake E. Lee enchaîne des solos épiques et hypnotiques, portés par des compositions d’une efficacité redoutable.

En 41 minutes intenses, The Ultimate Sin nous entraîne dans un univers de fantasy noire où Ozzy endosse le rôle de conteur. “Killer Of Giants” se déploie comme une épopée héroïque à part entière, tandis que “Shot In The Dark” cristallise à lui seul l’esthétique flamboyante des eighties. The Ultimate Sin propose un voyage dans les méandres de l’esprit sombre de notre Prince Of Darkness, une vision qu’Ozzy choisit d’illustrer en faisant appel à l’un des maîtres de la fantasy héroïque : Boris Vallejo.

L’artiste

Né en 1941 au Pérou, Boris Vallejo devient rapidement un nom incontournable de l’heroic fantasy américaine. Héritier de Frank Frazetta, il façonne un style reconnaissable entre tous, mêlant puissance, sensualité et dynamisme. Ses travaux vont des affiches de cinéma aux couvertures de livres de science-fiction, mais ce sont ses illustrations de Tarzan et de Conan le Barbare qui le propulsent au rang de maître du genre dans les années 1970 et 1980.


En dehors de ses figures héroïques emblématiques, Vallejo affine son style en créant des créatures hybrides, mi-humaines, mi-monstres, mais également en représentant des figures féminines à la plastique surréaliste et sensuelle. Ses œuvres explorent souvent des thématiques guerrières, où les femmes, peu vêtues, occupent une place centrale, incarnant à la fois force, pouvoir et esthétisme dramatique.


Vallejo se distingue également par sa technique innovante. S’il privilégie la peinture à l’huile, il enrichit souvent ses compositions d’éléments photographiques, donnant naissance à des images à la fois fantastiques et étonnamment réalistes, où la puissance du mythe rencontre la précision du réel.

Boris Vallejo collabore régulièrement avec sa femme, Julie Bell, peintre elle aussi spécialisée en fantasy et science-fiction. Modèle et partenaire artistique, elle complète les œuvres de Vallejo, enrichissant son univers de figures mythiques et puissantes, à la fois épiques et iconiques.

La cover


La cover de The Ultimate Sin est une synthèse parfaite de l’art de Vallejo. Derrière son côté kitsch, elle met en scène un univers fantastique et menaçant : un volcan en éruption, un ciel rouge vif, un sol mélangeant roche et lave en fusion. Dans ce paysage infernal, aucune trace de vie ne semble subsister, et pourtant, les deux protagonistes restent impassibles, incarnant la puissance caractéristiques des héros de l’heroic fantasy.

Commençons par observer cette créature mi-dragon, mi-Ozzy. Si l’idée d’un dragon arborant la coupe iconique d’Ozzy dans les années 80 peut faire sourire, la bête conserve une présence menaçante et incroyablement réaliste. La griffe de Vallejo se reconnaît dans les détails : la musculature puissante, les écailles finement modelées, et la lumière qui se reflète sur le corps de la créature. Cette version maléfique d’Ozzy fixe le spectateur de son regard perçant, la bouche grande ouverte, crocs acérés, et langue reptilienne bifide, affichant une expression plus démoniaque que jamais.

Quant à la figure féminine, plus humaine que le dragon-Ozzy, elle dégage tout de même une aura mystérieuse et inquiétante. Directement sortie de l’imaginaire de Vallejo, elle inspire la crainte par son regard rouge vif, reflet du décor apocalyptique qui l’entoure. Fixant le spectateur comme une Méduse moderne, elle semble capable de pétrifier quiconque oserait croiser son regard. Cet effet est renforcé par sa chevelure serpentine, immense et ondulante, qui s’élève au-dessus de sa tête comme une couronne dangereuse.

Malgré la présence menaçante du dragon, la femme apparaît étrangement sereine. Ensemble, ils forment un duo apocalyptique à la fois fascinant et inquiétant. On pourrait presque les imaginer comme une Esmeralda fantastique accompagnée de son Quasimodo des ténèbres.

Derrière son côté spectaculaire et fantastique, cette cover évoque par ses tons rouges flamboyants, sa mise en scène dramatique et ses thématiques infernales une imagerie médiévale, comparable à Le Diable présentant à Saint Augustin le livre des vices de Michael Pacher (1455-1498). 

Michael PacherLe Diable présentant à Saint Augustin le livre des vices, (1455-1498).

Cette œuvre du XVe siècle illustre un épisode symbolique de la vie de Saint Augustin, théologien chrétien célèbre pour son passé de pécheur. On y voit Augustin confronté à ses démons et repoussant les péchés représentés par le diable.

En comparant cette peinture à la cover de The Ultimate Sin, plusieurs similitudes apparaissent. La couleur rouge, omniprésente dans les deux œuvres, joue un rôle clé : symbolique et religieuse chez Pacher, synonyme de chaos et de violence chez Vallejo. Le dragon-Ozzy partage également des traits avec le diable vert de Pacher : sa carnation surnaturelle, sa musculature exagérée, et ses crocs acérés et menaçants. 

Aucune source ne fait directement le lien entre ces deux œuvres, mais mises côte à côte, on ne peut s’empêcher de percevoir une filiation symbolique. On pourrait presque voir en Boris Vallejo l’héritier moderne de Pacher, transposant l’intensité dramatique et le symbolisme médiéval dans un univers heroic fantasy du XXe siècle, avec pour muse… Ozzy Osbourne.

The Ultimate Sin reste l’un des albums marquant d’Ozzy, autant pour sa musique épique et entêtante que pour sa pochette, à la fois kitsch et énigmatique. Même si l’album divise, un consensus se dégage : cette cover marque les esprits, suscite la réaction et reste inoubliable.

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Lucie Allet
Tombée dans la marmite du metal dès mon plus jeune âge, je l’aime sous toutes ses formes et j’essaie de transmettre sa passion, sa force et sa sincérité dans mes chroniques.