
C’est au Zénith de Paris que Wolf Alice clôture sa tournée européenne, portée par leur dernier album The Clearing. Après avoir enflammé Lyon et Toulouse dans des salles plus intimistes, le groupe franchit un cap ce soir en investissant la plus grande salle parisienne qu’ils aient jamais foulée en tête d’affiche. Une étape symbolique avant de s’attaquer aux arenas britanniques et irlandaises, preuve d’une ambition assumée après plus de dix ans de carrière. Pourtant, si ces mastodontes se remplissent outre-Manche, le pari parisien semble plus audacieux : la salle n’affiche pas complet. Qu’à cela ne tienne, Wolf Alice a promis une soirée mémorable, et on vous raconte tout.
Florence Road
C’est FLORENCE ROAD, quatuor indie rock venu d’Irlande, qui ouvre la soirée. À 20h pile, les quatre musiciennes investissent la scène sans artifices : pas de décor sophistiqué, juste une batterie floquée du logo du groupe. Les premières minutes laissent entrevoir une légère retenue, mais dès que Lily Aron, voix et guitare, prend la parole, la timidité s’efface pour laisser place à une assurance maîtrisée.
Le set reflète parfaitement leur univers : des guitares omniprésentes, des riffs nerveux et des mélodies qui oscillent entre tension et douceur, à mi-chemin entre grunge pop et indie alternatif. Parmi les moments forts, “Caterpillar”, titre introspectif, suspend le temps : la batteuse délaisse ses baguettes pour un clavier, et la salle s’illumine de centaines de téléphones. Plus loin, “Break The Girl”, leur morceau le plus accrocheur, électrise le public avant une conclusion toute en élégance avec “Goodnight”.
Avant de quitter la scène, les Irlandaises annoncent en exclusivité leur retour à Paris l’année prochaine pour leur propre concert, sans révéler ni la date ni le lieu. Une belle promesse pour un groupe qui, ce soir, a su installer une atmosphère chaleureuse et poser les bases d’une soirée réussie, sans pour autant déclencher l’euphorie générale.
Wolf Alice
Pendant l’entracte, on observe la scène et la salle : le Zénith n’affiche pas complet. Capacité réduite, gradins latéraux et du fond masqués, et malgré cela, quelques sièges restent vides. En fosse, en revanche, l’ambiance est plus dense. Sur scène, les instruments attendent alors qu’un rideau argenté à franges, découpé en forme d’étoile, scintille comme une déco de fête. Au plafond, une boule disco promet des éclats de lumière, tandis qu’une petite plateforme surélevée, parée de néons encore éteints, intrigue en fond scène : elle servira à mettre certains moments en relief.
À 21h10, les premières notes de “Thorns”, qui ouvre The Clearing, résonnent. Le groupe prend place et un faisceau central éclaire le rideau, et Ellie Rowsell apparaît, vêtue du body visible sur la pochette de l’album. Tout au long de la tournée, ses tenues ont varié, et le choix du soir avait quelque chose de symbolique pour cette dernière date européenne. Le début du set plonge dans l’univers du nouvel opus : des sonorités 70’s, des textures plus organiques, des harmonies vocales qui contrastent avec les guitares incisives.
Après “Thorns”, Joff Oddie et Theo Ellis invitent le public à taper des mains pour “Bloom Baby Bloom”, morceau surprenant et lumineux. Puis Joel Amey, batteur et voix secondaire, prend le micro sur “White Horses”, avant que “Formidable Cool” n’installe cette tension électrique propre à Wolf Alice. Le set alterne ensuite nouveautés et classiques, avec des mises en scène soignées : jeux d’ombres et de lumières, petites chorégraphies improvisées et chaque membre mis en valeur à tour de rôle.
Parmi les moments forts : “Just Two Girls”, où la salle se pare de rose et la boule disco s’embrase, avant qu’un groupe de fans, gagnants d’un concours Deezer, rejoigne la scène pour danser. Puis “Safe From Heartbreak (If You Never Fall In Love)”, interprété en acoustique (basse et guitare) à trois voix sur la plateforme, suspend le temps. Malgré tout, on perçoit la fatigue : gestes plus mesurés, voix parfois retenue, mais une volonté de tout donner pour ce dernier rendez-vous français.
The Intellectual Beauty Queen & The Wild Thing
À partir de “Bread Butter Tea Sugar”, l’ambiance et la scénographie bascule brutalement : Ellie disparaît derrière le rideau, une sirène retentit, des spots façon lampes torches balayent la salle. Elle réapparaît, cheveux mouillés, mégaphone à la main, et c’est “Yuk Foo”, rage pure, riffs lourds, public en transe. L’énergie grimpe encore avec “Play The Greatest Hits”, un hymne taillé pour la fosse qui en profite pour se déchaîner un peu. Puis contraste saisissant : retour à la douceur et à l’émotion avec “Silk” et “Play It Out”, avant un dernier sursaut rock avec “Giant Peach” et “Smile”. L’impact est moindre, la fatigue se fait sentir, et le public des gradins (composé en partie d’invités) reste plus sage.
Le rappel est bref : “Don’t Delete The Kisses”, leur hit, clôt la soirée dans une communion douce. Les lumières se rallument, la boule disco continue de tourner, et “Bohemian Rhapsody” en fond sonore réussit à faire chanter et danser ceux qui espèrent encore une setlist.
Une chose est sûre, ce n’était pas le concert le plus incandescent de Wolf Alice à Paris : salle trop grande, fatigue palpable. Mais la scénographie, les surprises et la qualité des morceaux live confirment la réussite de la transition vers The Clearing. On repart avec une certitude : on a hâte de les revoir, peut-être dans un cadre plus intime, pour retrouver toute la puissance de ce groupe unique, entre indie rock, grunge et envolées dream pop.






