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SOLSTAFIR @ Divan Du Monde (15/05/16)

A défaut d’avoir pu participer à l’Eurovision cette année, l’Islande s’offre une séance de rattrapage avec Sólstafir, habitués des salles parisiennes puisqu’en novembre dernier, les Islandais avaient partagé un concert avec les Japonais de Mono au Trabendo. Mais sur cette “mini tournée” de neuf dates – dont ce Divan Du Monde à Paris est la deuxième – le groupe va doubler et voit ses effectifs passer de quatre à neuf, pianiste additionnel et quatuor à cordes oblige (deux violons, un alto, un violoncelle).

C’est tout naturellement que le Divan Du Monde affiche ultra sold out, l’accès aux balcons ayant même été débloqué pour l’occasion. Les gens se pressent les uns contre les autres pour ne rien louper des Islandais qui, à l’occasion de ce set spécial, ne se sont pas embarrassés d’une première partie. Après une courte intro, les premières notes de “Lágnætti” retentissent et c’est “Ótta” – dernier album en date – qui y passe en entier, et dans l’ordre. Les musiciens sont bien en place et ce même si l’on se rend vite compte que l’utilité du quatuor à cordes est limité puisque l’on en profite uniquement sur les passages les plus calmes de l’opus, comme sur “Rismál” ou l’ultra touchante “Miðdegi” ou les quelques notes de pianos donnent le ton. Comme à son habitude, Aðalbjörn Tryggvason est très taquin et échange quelques blagues, tout en revenant brièvement sur les attentats (la formation avait joué une semaine avant à Paris) : “ce soir, nous allons célébrer la vie et la musique”.

 

 

Les chansons ne sont pas réellement revisitées puisqu’elles restent globalement très électriques et ne perdent pas de leur fougue (la conclusion “Náttmál” dont les sonorités sont complètement hypnotiques) mais le quatuor à cordes ajoute, ici et là, une émotion supplémentaire, qui se voit elle-même augmentée par la projection de magnifiques paysages islandais. Les musiciens quittent ensuite la scène pour un entracte durant lequel vingt minutes du film “Hrafninn Flýgur (When The Raven Flies)” seront projetées. Si une majorité du public semble surpris par ce choix, certains s’en amusent. Sorti en 1984, cette œuvre fait en fait partie d’une trilogie de films viking cultes.

 

 

Puis Sólstafir réinvestit la scène sans le quatuor à cordes et entame cette deuxième partie du set par la sublime “Djákninn” dont le crescendo donne des frissons à toute l’assemblée. Nous remontons encore plus loin dans le répertoire du combo qui joue deux titres issus de “Köld” (2009). Tout d’abord la très punk “She Destroys Again” dont les fans de la première heure ne semblent pas se plaindre puis le rythme se ralentit sur “Necrologue”, interprété pour la première fois de sa carrière sur cette tournée. Aðalbjörn Tryggvason explique que cette chanson a été écrite en cinq heures suite au décès d’un de leur ami. Il la dédie à tous ceux qui ont perdu un être cher. L’émotion est palpable sur cette ballade, à la fois éthérée et plus lourde au niveau des mélodies, parfois tortueuses. Mais l’Anglais n’est pas ce que préfèrent les Islandais et c’est pourquoi le chanteur demande à l’audience qui est déjà allé en Islande. Aðalbjörn Tryggvason demande alors la traduction de la chanson titre ‘Svartir Sandar’ et quand quelqu’un de l’assemblée lui répond “sable noir”, le frontman s’amuse à répéter le nom du morceau, évidemment joué sur le champ.

 

 

 

Après deux heures de set, le groupe, rejoint à nouveau par le quatuor à cordes, semble complètement épuisé et cela se comprend. Mais Sólstafir rassemble ses dernières forces pour interpréter “Fjara”, titre revisité par les violons et le piano, dont les chœurs féminins seront pour la première fois magnifiquement interprétés par les deux violonistes. Ce véritable moment d’émotion est accompagné du clip vidéo en fond. S’en suit “Goddess Of The Ages” qui vient, une fois n’est pas coutume, annoncer la traditionnelle fin du concert. Sur cette chanson, le frontman arbore sa fameuse casquette, s’amuse à faire des baise-mains aux personnes du premier rang et descend même faire un câlin à quelqu’un dans le public ! L’hypnotisant mur de son à la fin de cet hymne ne semble jamais vouloir prendre fin, à l’image d’un concert de 2h30 dont l’énergie et l’émotion n’aura manqué à aucun instant.

 

 

Ce soir, entre humour et émotion, Sólstafir a prouvé à ses fans que même après vingt ans de carrière, il est toujours possible pour un groupe de surprendre son auditoire avec un show spécial, le premier de ce type. Et même si le quatuor à cordes déçoit un peu, car finalement pas légitime pour tout le répertoire du de la formation, l’émotion et le professionnalisme étaient eux bien au rendez-vous. La France donne ses douze points à l’Islande !

Setlist :

Lágnætti
Ótta
Rismál
Dagmál
Miðdegi
Nón
Miðaftann
Náttmál
—-
Djákninn
She Destroys Again
Necrologue
Svartir Sandar
Fjara Play Video
Goddess Of The Ages