Chroniques

Mogwai – Rave Tapes

Trois ans après leur dernier album, les écossais de Mogwai sortent leur huitième opus, baptisé “Rave Tapes”. Paru le 20 janvier et produit par Paul Savage, comme le précédent “Hardcore Will Never Die, But You Will” (2011), mais aussi “Young Team” (1997), “Rave Tapes” marque une envolée particulièrement électro pour le groupe de post rock.

Compositions atmosphériques et délicatesse instrumentale se confrontent avec un déchainement créatif, une projection et une collision sonore, qui sont décidément bien les marques du quintette de Glasgow en marche depuis 1997. Introduit par “Heard About You Last Night”, où les échos se déploient dans une pureté lunaire atteignant une hauteur cosmique en devenant de plus en plus synthétique, l’effort prône une véritable présence électronique. “Simon Ferocious”, deuxième titre de l’essai, est la véritable entrée en matière électro du groupe. Avec un morceau sans doute en référence au surnom donné par Freddie Mercury à Sid Vicious lors d’une certaine journée d’enregistrement au studio Wessex en 1977, la formation joue de manière hybride entre l’aspect rock d’une guitare tiraillée et un fond électro formé de l’ajout successif de plusieurs éléments sonores. D’ailleurs, Mogwai se sert de ce procédé tout du long du disque, ce qui permet de texturer judicieusement les compositions. Avec des titres comme “Simon Ferocious” et “Remurdered”, les écossais procèdent par couches, ce qui crée une montée en intensité jusqu’à l’explosion, avant de revenir à un calme planant. Un schéma constructif classique que Mogwai arrive pourtant toujours à faire fonctionner avec perspicacité et élégance. La puissance rock de l’album est affirmée dans “Master Card” et “Hexon Bogon”. La guitare complètement trash destroy de “Hexon Bogon” et son schéma simple de batterie qui afflue de roulements, nous donne des envolées célestes de guitares, qui ne manquent pas de rappeler celles du hardcore mélodique. Le combo rock progressif va jusqu’à flirter avec des profondeurs stoners, voire dooms, avec sa guitare grave et la reverb qui englobent “Deesh”. La dimension électro devient pesante dans “Remurdered” avec un beat house, heureusement structuré par une guitare qui amène un peu plus d’âme à la composition. L’instant expérimental se trouve dans le surprenant “Repelish”, véritable expansion de “You’re Lionel Richie” (“Hardcore Will Never Die, But You Will”, 2011), où la voix off met en scène un titre narratif sur un fond sonore entrecroisé de rythmiques électro. Morceau de paradis perdu, “Blues Hour” place le piano au premier plan et nous berce avec une voix suave aux teintes Sigur Ros et au goût “Take Me Somewhere Nice” (“Rock Action”, 2001). “Rave Tapes” semble être un combat entre humanité et électronique. Le chant fait son apparition à plusieurs reprises dans l’ensemble (“Repelish”, “Blues Hour” et “The Lord Is Out Of Control”), phénomène exceptionnel pour un groupe dont la majeure partie des créations sont instrumentales et où le chant fait souvent plutôt office d’accessoire. Il finit d’ailleurs par devenir complètement robotisé dans le dernier titre, “The Lord Is Out Of Control” avec une voix sous vocoder, qui se termine engloutie par le couple basse-guitare.

S’il n’est pas à la hauteur de leur dernier opus “Hardcore Will Never Die, But You Will” qui signait la majesté instrumentale de Mogwaï, “Rave Tapes” continue à suivre la ligne directrice de la formation, mais s’émancipant par sa dynamique électro. Le groupe sera de passage par la capitale ce lundi 3 février à l’Olympia pour défendre sa nouvelle sortie, avant de repartir pour d’autres destinations européennes.

Informations

Label : Rock Action Records
Date de sortie : 20/01/2014
Site web : www.mogwai.co.uk

Notre sélection

  • Heard About You Last Night
  • Repelish
  • Deesh

Note RUL

4/5

Ecouter l’album