Chroniques

Depeche Mode – Delta Machine

Treize morceaux pour un treizième album en 2013 : est-ce auspicieux pour “Delta Machine” ? Près de quatre ans après “Sounds Of The Universe”, c’est la refonte chez Depeche Mode : nouveau logo, nouvelle police de caractère et nouveau son.

Si la pochette est restée dans le ton de l’imagerie traditionnelle du trio britannique pour son côté indus (un grand bâtiment désert avec des silos en monochromie), le reste ne manquera pas de nous surprendre. Enregistré à Santa Barbara en Californie et à New York, le disque est produit par Ben Hillier (comme le précédent “Sound Of The Universe” et le costaud “Playing The Angel” (2005)) et mixé par le vénérable Flood (U2, Nine Inch Nails). Flood avait déjà travaillé avec Depeche Mode, en particulier sur “Violator” (1990), qui remporte généralement tous les suffrages, cela a peut-être poussé Martin Gore à déclarer que “Delta Machine” serait dans la même veine, bien qu’il ne le soit pas. Une équipe habituelle est aux commandes, sauf que la production a considérablement éclairci le mix et, dans l’ensemble, l’opus n’a rien à voir avec tout ce que la formation a pu sortir depuis trente ans. Comme le déclarait David Gahan dans une interview, il s’agissait de ne pas s’encombrer de petits détails, l’idée derrière ce nouvel essai était de faire du blues (du “delta” du Mississippi) avec des “machines”. Le son est très direct et effectivement “débarrassé” de tous ces sons organiques qui donnent aux morceaux une dimension humaine et une personnalité qui accrochent l’oreille pour des années. Car les gars de Basildon savent agencer des éléments bricolés comme le chuintement énigmatique au début de “I Feel You”, la roue en metal qui finit sa course sur le sol sur “Behind The Wheel”, ou la chaleur de la main structurée de façon électronique comme les guitares de “Personal Jesus” : injecter vie et puissance à des titres synthétiques et glacés. DM a le chic pour tout combiner dans une façon presque artisanale de faire une synth pop extrêmement efficace. Mais ici, point de tout cela. Minimaliste est le maitre mot. Devant nous s’étend un ruban de rythmes répétitifs fabriqués au kilomètre. Plus grave que jamais, le chant de Gahan aussi s’est radicalisé. Sur la plupart des pistes, il “croone” leurs grands thèmes (le salut, la rédemption, le sacré) sur des lignes de rythmes minimales. Le voyage commence (mal) avec le son soft et mou de “Welcome To My World” qui aurait mérité plus d’égards, pour se poursuivre avec un “Angel” à deux vitesses comme si nous embarquions en voiture avec la voix de Gahan tandis que défile à toute vitesse un paysage électronique sans grand intérêt. Sur “Broken”, morceau qui pourrait ressembler à du DM récent mais pas inspiré, sa voix descend dans les graves comme jamais (à part peut-être sur la réinterprétation du divin “Stories Of Old”), alors que sur le bancal “Should Be Higher”, elle est par, endroit, tendue comme une arbalète. C’est dommage mais on ne gardera pas le seul titre chanté par Gore, “The Child Inside”, sorte de barque fantôme à la dérive qui emmène les âmes d’enfants morts sur la berge (“the child inside has died”),  et encore moins “My Little Universe”. Sauvons de justesse “Alone” qui campe une ambiance sombre et hantée, et celle sensuelle de “Slow”, sorte de blues gémissant et moite de sueur qui évoquerait The Kills s’il n’était aussi mal accoutré (“I don’t need a race in my bed/When speed’s in my heart”). Hélas, tous ces morceaux n’atteignent pas leur potentiel. En comparaison, “Heaven” a du style et est plutôt réussi dans le genre classique. Terminons par une note positive : sans atteindre le niveau de l’imparable “Personal Jesus”, l’électro blues “Goodbye” remplit correctement le cahier des charges, “Soft Touch/Raw Nerve” est très efficace, et mis à part l’intro qui ne laissait présager rien de bon, le rythmé, martial et sensuel “Soothe My Soul” s’imagine comme une marche militaire qui finirait par prendre son envol comme Peter Pan.

“Qui aime bien châtie bien” : le dernier album de Depeche Mode sonne creux comme un album de techno. Pour un groupe de légende, ils furent bien peu inspirés; pas vraiment de titres forts ni de mélodies imparables comme ils en sont pourtant capables. Accordons leur quand même le bénéfice du doute, peut-être sommes nous en présence du disque le moins accessible de la discographie du groupe… (See you) next time? Signalons qu’en parallèle de la version CD standard, “Delta Machine” est également proposé en édition deluxe incluant quatre titres additionnels et un livre de vingt-huit pages de photos de leur collaborateur artistique historique Anton Corbijn.

Informations

Label : Sony Music / Columbia
Date de sortie : 25/03/2013
Site web : www.depechemode.com

Notre sélection

  • Soothe My Soul 
  • Soft Touch/Raw Nerve  
  • Goodbye  

Note RUL

2/5

Ecouter l’album