Dead Silence Billy Talent

Enfin ! C’est ce qu’ont pu se dire tous les fans de l’excellent quatuor punk rock canadien en apprenant la sortie du tant attendu nouvel album en cette date fort symbolique du 11 septembre. Il s’était en effet écoulé pas moins de trois ans depuis la sortie de leur précédent opus, "III" (2009), dont le style plus accessible, moins féroce, avait pu en laisser certains un peu sur leur faim. Qu’en est-il alors de leur petit dernier, le premier à porter un "vrai" titre ?

Si les fans ont dû patienter aussi longtemps pour que cette nouvelle galette voit le jour, c’est notamment parce que cette dernière a vu sa progression perturbée par la nouvelle de l’opération à cœur ouvert du batteur Aaron Solowoniuk, qui a également contraint le groupe à annuler plusieurs de ses apparitions. Et l’on ressent que cet évènement a bouleversé pas mal de choses dans la musique du combo, qui se fait plus personnelle mais aussi plus grave, en particulier dans les thèmes abordés par le frontman Ben Kowalewicz. Le puissant "Surprise Surprise", par exemple, évoque l’influence négative de la publicité et des réseaux sociaux sur nos vies et, plus généralement, de la société de consommation. Un sujet qui sert de fil conducteur à l’album. Le projet de Billy Talent était de livrer un opus avec un début et une fin, se déroulant comme une histoire, et c’est ce qu’il est parvenu à faire, tous les morceaux s’enchainant avec la plus grande cohérence. D’abord, la ballade "Lonely Road To Absolution" constitue une entrée en matière des plus engageantes, son tempo se basant sur une sorte de tic tac qui sonne comme un décompte, le tout sur fond de violons, nous invitant à pénétrer dans l’univers de ce "Dead Silence". Puis le hit "Viking Death March", premier single de l’album, nous frappe de plein fouet, mettant tout de suite en appétit avec son énergie débordante et son refrain impossible à se sortir de la tête. L’occasion de voir que le groupe a choisi de revenir à un son plus agressif, plus brut que sur "III". Une nouvelle qui ravira certainement les fans de la première heure. Qu’il est agréable aussi de retrouver le timbre si particulier de Ben Kowalewicz, les harmonies entre sa voix et celle du guitariste lead Ian D'Sa fonctionnant toujours aussi bien. C’est justement ce dernier qui a produit ce quatrième effort, véritable force directrice dans la composition des nouveaux morceaux, ce qui se ressent très bien dans ses gros riffs structurants, plus heavy que par le passé. Parmi les réussites de cet opus, citons "Runnin’ Across The Tracks", "Crooked Minds", "Hanging By A Thread", "Cure For The Enemy", ou encore “Man Alive”, au rythme et à l’efficacité tout simplement dévastateurs. Si comme nous, vous n’êtes par contre pas très convaincus à la première écoute par les titres "Love Was Still Around" et "Show Me The Way", un poil agaçants au premier abord, accordez-vous quelques écoutes de plus et vous verrez que vous finirez par les apprécier à leur juste valeur. Finalement, le morceau le moins intéressant de l’ensemble est peut-être l’assez monotone "Love Was Still Around", qui part pourtant sur les chapeaux de roue avant de nous asséner un refrain dont on se lasse rapidement. "Don’t Count On The Wicked", l’une des grandes forces de ce disque, rend joliment hommage à la fondation contre la sclérose en plaques crée par Solowoniuk (F.U.M.S.) en reprenant son slogan "Turn Anger Into Hope". Mais c’est à la fin de la galette qu’on retrouve les deux morceaux les plus marquants et les plus émotionnellement chargés de l’ensemble, témoins d’une vraie maturité et d’une volonté d’évolution chez les canadiens. D’abord vient le poignant "Swallowed Up By The Ocean", qui débute au piano pour monter en crescendo de manière dramatique, emportant tout avec lui dans une atmosphère de fin du monde qui renvoie à la sublime pochette de l’album, représentant une ville engloutie. Puis c’est au tour de "Dead Silence", qui conclut cet opus en apportant une touche d’espoir au pessimisme de son prédécesseur, autant dans le texte que dans sa mélodie ascendante.

Surtout ne passez pas à côté de ce "Dead Silence", qui parvient non seulement à prouver que Billy Talent n’a rien perdu de son mordant, mais aussi que, contrairement à ce que certains ont pu dire, les canadiens ont su apporter du renouveau à leur musique, avec des textes plus recherchés et des mélodies plus élaborées, mais toujours aussi efficaces. Tout simplement un must !

Postée par Camille Baroiller le 03 octobre 2012

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